Sur les traces de la botte italienne

30 Avril 2007 à 0H00

L'Italie n'a pas toujours eu la forme de la fameuse botte que l'on connaît aujourd'hui. La Calabre – où se trouvent les orteils – a longtemps formé une île séparée, comme la Sicile. Elle s'est collée au continent, il y a cinq millions d'années, au gré du mouvement des plaques tectoniques. À ce jour, elle poursuit son périple.

«La plaque tectonique sur laquelle se trouve la Calabre est, en quelque sorte, entrée en collision avec celle où repose l'Italie continentale», explique Michel Lamothe, professeur au Département des sciences de la Terre et de l'atmosphère. «Elle poursuit son chemin à la verticale.» Au cours des 125 000 dernières années, la Calabre aurait monté de quelque 100 mètres par rapport au niveau de la mer, soit de 1 millimètre par année en moyenne.

Le professeur Lamothe collabore depuis un an avec des chercheurs du très réputé Lamont-Doherty Earth Observatory de l'Université Columbia, à New York, et de l'Istituto Nazionale di Geofisica e Vulcanologia, à Rome, pour mieux comprendre le passé géologique de cette portion du globe et tenter d'anticiper son avenir. «À cause du mouvement des plaques, c'est une région très sensible aux tremblements de terre», souligne-t-il. Le gouvernement italien aimerait bien cerner la probabilité que surviennent des séismes dans le futur. Il voudrait aussi prédire leur intensité. Sans que cela soit officiel, un projet de pont reliant la Sicile au continent pourrait motiver son intérêt.

En compagnie de Sébastien Huot, stagiaire post-doctoral, Michel Lamothe s'est rendu sur les côtes de la Calabre pour recueillir des échantillons en septembre dernier. «Au flanc des montagnes, on peut aller chercher des grains de sable qui formaient les plages de la Calabre il y a 100 000 voire 500 000 ans et qui se sont élevés avec le temps à cause du mouvement des plaques.»

Le professeur a rapporté dans son laboratoire de l'UQAM tous les échantillons récoltés. À l'aide de techniques de luminescence, il pourra dater les grains de sable et plus spécifiquement identifier à quelle époque ils étaient baignés par les vagues. «En sachant à quelle altitude ces grains de sable se trouvent aujourd'hui, nous pourrons savoir à quelle vitesse les terres ont bougé, au fil des 500 000 dernières années. On sait déjà qu'elles ne montent pas de façon régulière. Elles peuvent être stables pendant des centaines d'années, puis monter de quelques millimètres d'un coup.»

Au total, une vingtaine de chercheurs compose l'équipe internationale. «Nous nous rencontrons tous à Rome l'automne prochain pour mettre nos résultats en commun. On n'a pas besoin d'être italien pour travailler sur la Calabre. C'est un des coins du monde les plus fascinants pour étudier la tectonique des plaques.»

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