Le manganèse dans l'eau potable : une étude suggère des effets négatifs sur les habiletés intellectuelles des enfants

20 Septembre 2010 à 20H07

Beaulieu_Valerie

Une équipe de chercheurs, dirigée par Maryse Bouchard, professeure associée au Centre de recherche interdisciplinaire sur la biologie, la santé et l'environnement (CINBIOSE) et chercheuse au Centre hospitalier universitaire Sainte-Justine, et Donna Mergler, professeure émérite au Département des sciences biologiques et membre du CINBIOSE, a mené une étude montrant que des enfants exposés à une concentration élevée de manganèse dans l'eau potable performaient moins bien à des tests d'habiletés intellectuelles que des enfants moins exposés. Leurs résultats ont été publiés dans la prestigieuse revue scientifique Environmental Health Perspectives, dans un article intitulé «Intellectual Impairment in School-Age Children Exposed to Manganese from Drinking Water».

Les effets neurotoxiques de l'exposition au manganèse sont bien connus en milieu de travail. Présent dans le sol, ce métal se retrouve aussi de façon naturelle dans l'eau souterraine. Plusieurs régions au Québec, au Canada et ailleurs dans le monde ont des concentrations naturellement élevées de manganèse dans l'eau souterraine. Y a-t-il des dangers? Quel peut-être son effet sur la santé des enfants? Cette étude est la première à s'intéresser aux risques potentiels de l'exposition au manganèse de l'eau potable en Amérique du Nord.

Menée par des chercheurs de l'UQAM, de l'Université de Montréal et de l'École Polytechnique de Montréal, l'étude a porté sur 362 enfants québécois âgés entre 6 et 13 ans et vivant dans des résidences approvisionnées par de l'eau souterraine (ou eau de puits). Pour chaque enfant participant, les chercheurs ont mesuré la concentration de manganèse dans l'eau du robinet de la résidence, ainsi que de fer, cuivre, plomb, zinc, arsenic, magnésium et calcium. La quantité du manganèse provenant de l'eau du robinet et de la nourriture consommée par l'enfant a été estimée par un questionnaire. Finalement, chaque enfant a été évalué par une batterie de tests touchant la cognition, la motricité et les comportements.

L'auteure principale de cette étude, Maryse Bouchard, explique «qu'une diminution très significative du quotient intellectuel (QI) des enfants a été observée en lien avec la présence de manganèse dans l'eau potable, et cela à des concentrations de manganèse actuellement considérées comme faibles et sans risque pour la santé.» Les enfants chez qui la concentration de manganèse dans l'eau était dans le 20 % le plus élevé avaient en moyenne un QI de 6 points inférieur aux enfants dont l'eau ne contenait pas de manganèse. Ces analyses ont tenu compte de divers facteurs tels que le revenu familial, l'intelligence maternelle, le niveau d'éducation maternel, ainsi que la présence d'autres métaux dans l'eau. Pour la co-auteure Donna Mergler «il s'agit d'un effet très marqué; peu de contaminants environnementaux ont montré une relation aussi forte avec les habiletés intellectuelles.» Les auteurs précisent que la quantité de manganèse présente dans la nourriture n'était pas associée au QI des enfants.

Certaines des municipalités où l'étude a été menée se sont déjà dotées d'un système de filtration qui enlève le manganèse dans l'eau. Selon un autre co-auteur de l'étude, Benoit Barbeau de la Chaire industrielle-CRSNG en eau potable de l'École Polytechnique de Montréal, «une solution alternative praticable à la maison est l'utilisation de pichets filtrants qui contiennent un mélange de résine et de charbon actif. Ce type de dispositifs permet de réduire la concentration de manganèse de 60 à 100 % selon le niveau d'usure du filtre et les caractéristiques de l'eau à traiter.»

Mentionnons enfin qu'au Québec, où l'étude a été menée, le manganèse ne fait pas partie de la liste des éléments inclus dans le Règlement sur la qualité de l'eau potable du ministère du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs. «Nous estimons que les limites d'exposition au manganèse dans l'eau potable devraient être reconsidérées à la baisse» concluent les auteurs.

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