L'éléphant blanc se réveille!

Le Parc olympique de Montréal veut se réinventer en tendant la main aux gens de son quartier.

19 Novembre 2012 à 0H00

Photo: Nathalie St-Pierre

«Les Montréalais sont prêts à retomber en amour avec le Parc olympique, affirme Paul Arseneault. On le sent, il y a un nouveau buzz entourant le site.» Le professeur au Département d'études urbaines et touristiques et titulaire de la Chaire de tourisme Transat prêche un peu pour sa paroisse : il siège depuis mars 2012 au conseil d'administration de la Régie des installations olympiques (RIO). Il dit pourtant vrai : le Parc olympique semble renaître, entre autres grâce aux activités culturelles et sportives qui se déroulent depuis le printemps dernier sur la nouvelle Esplanade Financière Sun Life. Et ce n'est qu'un début!

À l'automne 2011, un comité-conseil présidé par Lise Bissonnette a mené des consultations publiques sur l'avenir du Parc olympique. Ce comité remettra son rapport final à la RIO et à son nouveau p.-d.g., David Heurtel, d'ici la fin de l'année. «Pour Mme Bissonnette, le Parc olympique est la propriété de tous les Québécois. C'est pourquoi elle a senti le besoin de sonder experts et citoyens non seulement à Montréal, mais aussi en région, ce qui l'a menée à Rimouski, Sherbrooke, Mont-Laurier et Rouyn-Noranda», note Michel Archambault, professeur associé à la Chaire de tourisme Transat et membre de ce comité-conseil.

Le toit, le Stade et la tour

Les idées n'ont pas manqué : une passerelle au-dessus de la rue Sherbrooke pour relier le Parc olympique et le parc Maisonneuve, une patinoire l'hiver et un jardin commu­nautaire l'été sur l'esplanade, un restaurant dans la tour, un hôtel sur le site, un deuxième aréna. Mais régler la question du toit est le préambule obligé à toute relance du Parc, soutient Romain Roult (Ph.D. études urbaines, 12), professeur au Département d'études en loisir, culture et tourisme de l'UQTR et chercheur au Groupe de recherche sur les espaces festifs (GREF) de l'UQAM, lequel a fourni une étude qui a servi de base de réflexion au comité conseil et aux participants engagés dans les consultations. «Il faut attirer des événements à l'année et, pour cela, on a besoin d'un toit», affirme ce spécialiste, dont la thèse de doctorat portait sur la reconversion des héritages olympiques.

Avant la déchirure de la toile, en janvier 1999, le stade était utilisé pour toutes sortes de salons et de foires. Il n'y a donc pas de raison de croire que les promoteurs ne voudront pas y revenir. Mais encore faudra-t-il se brancher sur le type de toit, une question qui ne fait pas consensus. Les partisans du toit fixe croient que cela éviterait bien des ennuis et réglerait le dossier une fois pour toutes. «Il faut absolument un toit rétractable ! lance plutôt Mark Weightman (M.B.A., 03), chef des opérations des Alouettes de Montréal. Assister à une rencontre sportive à ciel ouvert au Stade olympique est une expérience hors du commun.»

La question sera bientôt tranchée, car la RIO a déjà pris sa décision, nous apprend Michel Archambault. «Une recommandation a été faite au gouvernement, mais je n'en connais pas la nature», précise-t-il.

«La machine bureaucratique de la RIO a vécu une espèce de psychose après la déchirure de la toile et elle s'est enrayée pendant plusieurs années, comme si la question du toit occultait toutes les autres, explique Paul Arseneault. La nouvelle direction vient de donner un coup de barre et veut aller de l'avant.»

La RIO a notamment revu la configuration du stade afin de pouvoir présenter des événements de moindre ampleur que des mégaconcerts ou les matchs élimina­toires des Alouettes et de l'Impact. Ainsi, le chanteur Marc Anthony a été le premier artiste à se produire dans l'am­phithéâtre du Stade olympique, le 21 septembre dernier. Cette disposition permet d'accueillir 15 000 spectateurs plutôt que 56 000.

Cela permettra-t-il de louer le stade pour des événements amateurs? «Organiser un événement au stade coûte environ 65 000 $ pour un week-end, déplore Jean-Pierre Hamel (B.Sc. enseignement en activité physique, 86), directeur du Centre sportif de l'UQAM. Aucune organisation amateur ne peut se le permettre et c'est dommage. J'espère que la nouvelle direction se penchera sur ce problème.»

La tour du stade — dont les étages sont inutilisés à l'exception de l'Observatoire — devra également être revampée. «Le décor n'a pas changé depuis 20 ans et rien n'a été fait pour rendre ce point de vue unique digne d'un espace touristique du XXIe siècle», souligne Michel Allaire (B.A.A. gestion et intervention touristiques, 87 ; B.Sc. biologie, 90), responsable du secteur Environnement à la Communauté métropolitaine de Montréal.

L'idée de relocaliser dans la tour les fédérations sportives et les autres locataires qui croupissent litté­ralement dans le sous-sol du stade, sans lumière natu­relle, a également été avancée durant les consultations publiques. «Ce n'est pas un environnement idéal pour travailler, reconnaît Mark Weightman. Une vingtaine de nos employés y logent, mais nous n'avons pas le choix pour le moment, car l'équipe est basée au Stade olympique.»

La vocation sportive

Les Alouettes ne sont pas les seuls athlètes sur le site. Les plongeurs et les patineurs courte piste des équipes natio­nales s'y entraînent aussi, et l'Impact dispute ses matchs locaux dans son tout nouveau stade Saputo. Personne ne remet donc en question la place du sport — amateur et professionnel — au Parc olympique. Certaines des propositions recueillies lors des consultations publiques parlent même d'élargir l'offre au sport récréatif : on pour­rait installer une patinoire extérieure sur l'esplanade, un parc aquatique, une piste de ski qui traverserait le site, ou même offrir une expérience extrême au sommet de la tour!

C'est dans cette optique que le directeur du Centre sportif de l'UQAM a participé aux consultations. «Les équipes de l'UQAM aimeraient beaucoup utiliser le terrain de soccer laissé à l'abandon entre le stade Saputo et le Centre sportif, explique Jean-Pierre Hamel. Remis à neuf, ce terrain pourrait être utilisé par tous les jeunes du quartier.»

Il faut que ça bouge !

«Pour assurer une véritable relance, il faut que le parc puisse servir à autre chose qu'aux pratiques sportives, croit toutefois Michel Allaire. La population locale doit prendre plaisir à y déambuler et à s'y attarder.»

Mais comment transformer cet océan de béton — îlot de chaleur en été et de froideur en hiver — en un lieu agréable à fréquenter? «En tourisme, on sait que des endroits froids et inhospitaliers peuvent devenir char­mants s'ils sont animés, souligne Paul Arseneault. Avant la naissance du Quartier des spectacles, le parvis de la Place des arts était moche, mais pouvait devenir le plus beau lieu de Montréal quand il y avait un spectacle.»

La nouvelle direction de la RIO a compris le message et n'a pas attendu le rapport final du comité Bissonnette pour agir. Avec l'appui de la Financière Sun Life, la RIO a concocté le printemps et l'été derniers une programma­tion extérieure familiale misant sur le sport, la culture et le développement durable. De la salsa, un projet d'agri­culture urbaine mené par un organisme du quartier, un carnaval estival à saveur country, une séance de yoga en blanc, un concert de l'OSM, un nouveau festival de sports d'action, un mini-tennis pour les enfants, un week-end complètement cirque et des camions de cuisine de rue : l'ensemble des activités a attiré près de 100 000 visiteurs. «L'esplanade est de plus en plus conviviale», remarque avec plaisir Paul Labonne (M.A. muséologie, 05), direc­teur général du musée du Château Dufresne, voisin du Parc olympique.

La RIO a également annoncé en juin dernier la créa­tion de Station In Vivo, un café-terrasse d'économie sociale qui sera aménagé dans l'ancienne boutique des Expos, palliant ainsi le manque de services alimentaires sur le site. «Ce geste témoigne de la volonté de tisser des liens avec les gens de l'arrondissement, affirme Romain Roult. Et si l'on se fie à la réputation de David Heurtel, qui a été directeur adjoint de Seattle Center, un centre culturel et sportif ainsi qu'un parc urbain qui attire 12 millions de visiteurs annuellement, ce n'est qu'un début.» Un sentiment partagé par plusieurs, dont Isabelle Hudon, présidente de la Financière Sun Life au Québec. «Ma perception de ce quadrilatère a totalement changé grâce à la vision ambitieuse et pragmatique de David Heurtel, qui a bien saisi que la relance du Parc olym­pique passe d'abord par les gens du quartier», souligne celle qui est aussi présidente du conseil d'administration de l'UQAM depuis 2008.

Un défi d'aménagement attend toutefois la RIO et ses partenaires, car l'accès au parc n'est pas évident. De l'avenue Pierre-de-Coubertin, on a l'impression de faire face à un véritable mur de béton, ont souligné plusieurs intervenants. L'idée de refaire le tracé de la piste cyclable afin qu'elle traverse le parc plutôt que de le contourner est prometteuse. Et pourquoi pas une passerelle au-dessus de la rue Sherbrooke? «Nous possédons suffisamment de spécialistes en aménagement urbain au Québec pour trouver des solutions», estime Michel Allaire.

Un peu de verdure ?

Quelques touches de verdure ne nuiraient sans doute pas non plus. C'est, en tout cas, la suggestion la plus popu­laire : arbres, plantes, fleurs, champs de blé et de tour­nesols (!), agriculture urbaine, surfaces gazonnées, tout a été mis sur la table pour rendre les lieux moins arides.

L'été dernier, des plantes et des arbres en pot ont fait leur apparition sur le site. Un bon début, selon Michel Archambault. «Cela pourrait être la bougie d'allumage d'un projet qui s'étendrait aux autres arrondissements, car le verdissement est l'un des grands défis non seule­ment du Parc olympique, mais de tout l'est de Montréal», note-t-il avec justesse.

«Le verdissement n'est pas une panacée, réplique toutefois Paul Labonne. J'y suis favorable, mais il ne faut pas que cela camoufle le génie du lieu, lequel tient à son gigantisme, à son architecture monumentale et moderne. Il ne faut pas masquer toutes les perspectives.»

Paul Labonne souhaite que le site du Parc olympique abrite un mélange d'œuvres d'art, de végétation et de panneaux d'interprétation, lesquels pourraient porter sur l'histoire du lieu et des Jeux olympiques de 1976. «Nous avons perdu La Joute de Riopelle il y a quelques années — l'immense sculpture est désormais installée au cœur du Quartier international — et nous sommes en déficit d'art public dans le quartier», déplore-t-il.

Un nouveau branding

Le quadrilatère du Parc olympique constitue déjà l'un des pôles touristiques les plus fréquentés de Montréal, avec plus de trois millions de visiteurs chaque année. Il s'agit d'un pôle sportif, culturel et scientifique avec les composantes d'Espace pour la vie — le futur Plané­tarium Rio Tinto Alcan ouvrira ses portes au printemps 2013, tout à côté du Biodôme, tandis que le Jardin bota­nique et l'Insectarium sont situés de l'autre côté de la rue Sherbrooke.

Le directeur du musée du Château Dufresne, qui croit fortement à une meilleure intégration de l'offre touris­tique dans le quartier, prêche par l'exemple. Depuis juillet 2011, un forfait conjoint avec la RIO permet de visiter le musée et le Stade olympique. À compter de janvier 2013, un programme éducatif portant sur l'histoire de l'ancienne ville de Maisonneuve sera offert aux élèves du secondaire de la région métropolitaine. «La partie théorique aura lieu au Château, puis nous nous rendrons dans la Tour olympique afin d'observer du haut des airs les éléments évoqués.»

Paul Labonne souhaite que tous les acteurs du «Pôle Maisonneuve», comme il l'appelle, travaillent de concert afin de développer une marque de commerce commune «favorisant une meilleure rétention des touristes». Ce nouveau branding doit-il conserver le terme «olympique» ? «Rien ne bat la marque olympique sur la planète, conclut Paul Arseneault. Les villes qui ont accueilli les Jeux font partie d'un club sélect et elles devraient en être fières.» Après le Quartier international et le Quartier des spectacles, assistera-t-on à la naissance du Quartier olympique?

Source:
INTER, magazine de l'Université du Québec à Montréal, Vol. 10, no 2, automne 2012.

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