Le prof Chastenay

Astrophysicien et communicateur scientifique aguerri, Pierre Chastenay se joint au Département de didactique.

19 Septembre 2013 à 15H10

Pierre ChastenayPhoto: Nathalie St-Pierre

À l'automne 1973, la comète Kohoutek a fait l'objet d'une campagne d'observation internationale, les médias allant même jusqu'à l'annoncer comme la «comète du siècle», puisqu'elle était visible à l'œil nu. Dans la classe d'une école primaire de la région de Trois-Rivières, un garçon de 11 ans distribuait à ses camarades des photocopies d'articles de journaux sur le sujet. «C'est là que j'ai débuté ma carrière de vulgarisateur scientifique», lance en riant Pierre Chastenay, professeur depuis juin au Département de didactique de la Faculté des sciences de l'éducation.

Il s'agit d'un retour aux sources pour l'astrophysicien, qui se destinait à une carrière universitaire. En 1988, alors qu'il était inscrit au doctorat en astrophysique à l'Université de Montréal, il s'est mis à douter de sa vocation. «Je travaillais avec des plaques photographiques d'une région du ciel dans la constellation du Sculpteur. Il y avait un amas de galaxies naines, minuscules, que je devais localiser. Je me suis dit: je ne vais pas faire ça toute ma vie!»

Communicateur scientifique

Pour y voir plus clair, il accepte à l'époque un poste d'enseignant au cégep Ahuntsic, où il donne un cours d'astronomie dans le cadre duquel il emmène ses élèves au Planétarium Dow. Il y fait la connaissance du directeur de l'époque, qui lui mentionne qu'un poste de conseiller scientifique, responsable des activités éducatives, vient d'être affiché. Pierre Chastenay soumet sa candidature et obtient le poste, mettant ainsi un terme à ses études doctorales. Il travaillera au Planétarium Dow durant 25 ans, jusqu'à l'ouverture du nouveau Planétarium Rio Tinto Alcan au parc Olympique, en avril 2013. «Ce furent des années extraordinaires, dit-il. J'y ai développé mes capacités de vulgarisateur scientifique. En fait, trois jours après mon arrivée en poste, une équipe de télévision venait y réaliser un reportage destiné à une émission pour enfants. Je devais intervenir devant la caméra pour expliquer des phénomènes comme les aurores boréales ou les phases de la lune. À ma grande surprise, c'était comme si j'avais fait ça toute ma vie!»

Sollicité par les médias, il développe une carrière parallèle tant à la radio qu'à la télévision à titre de chroniqueur scientifique (Le ciel cette semaine, à MétéoMédia, de 1995 à 1999), de narrateur (Destination Mars et Odyssée de l'espace, à Ztélé) et d'animateur (Téléscience, de 1996 à 2007; Les grands documentaires sciences, en 2005; et Atomes et neurones, de 2006 à 2007, toutes à Télé-Québec). Il anime depuis 2008 Le code Chastenay, une émission faisant état de la recherche en science et technologie au Québec. «Nous tournons la sixième saison et nous ne manquons pas de bons sujets», souligne-t-il.

Retour aux études

Pierre Chastenay est retourné sur les bancs d'école en 2002, à la maîtrise en didactique des sciences à l'Université de Montréal. «Au Planétarium, j'ai conçu des activités éducatives pendant 25 ans, mais toujours sur le mode essais/erreurs, confie-t-il. Il me manquait le vernis théorique pour réfléchir sur ma pratique et c'est ce que je suis allé chercher.»

Son projet s'avère toutefois trop ambitieux pour une maîtrise: on le fait passer au doctorat en 2005. Sa thèse, intitulée «Conception et évaluation d'une séquence didactique à propos des phases de la lune dans un planétarium numérique», a été soutenue avec succès en avril dernier. «Le lendemain, on m'appelait pour m'offrir le poste à l'UQAM», raconte-t-il.

Didactique de l'astronomie

Les perspectives d'une carrière universitaire le stimulent. «Je souhaite développer des projets de recherche en didactique de l'astronomie. Chaque discipline commande une façon d'enseigner qui lui est propre et c'est particulièrement vrai pour l'astronomie.»

Notre seule source d'information en astronomie provient de la lumière qui se rend jusqu'à nous et notre point de vue a toujours été géocentrique, c'est-à-dire que nous regardons le ciel à partir de notre position sur le plancher des vaches, explique-t-il. Or, plusieurs études ont démontré que ce point de vue géocentrique est la source de nombreuses conceptions erronées en astronomie. «Demandez par exemple aux gens pourquoi la Lune change d'apparence au cours du mois. La grande majorité des gens répondront que c'est parce que la Terre projette son ombre sur la Lune. C'est faux et la seule façon de comprendre ce phénomène est de changer de point de vue.»

Dans le cadre de sa thèse, il a développé un outil – un planétarium numérique, d'après la nouvelle technologie utilisée au Planétarium Rio Tinto Alcan – qui utilise des projecteurs vidéo. Avec un logiciel d'astronomie tridimensionnel, il a pu faire «décoller» virtuellement de la surface de la Terre des élèves pour que ceux-ci se rendent dans l'espace. «En voyant la Lune qui tourne autour de la Terre et qui est éclairée par le soleil, ils ont compris que la Lune, qui est un objet sphérique, est toujours à moitié éclairée par le soleil et que selon sa position, cette moitié nous apparaît plus ou moins pleine», explique-t-il.

L'enseignement de l'astronomie est, depuis toujours, basé sur des illustrations et des photos. «Mais ça ne fonctionne pas. C'est pourquoi je veux développer d'autres outils didactiques comme le planétarium numérique, mais aussi des outils tridimensionnels que les enseignants pourraient reproduire en classe à partir d'objets courants pour expliquer des concepts comme les saisons, les phases de la Lune, le système solaire, le mouvement diurne, les marées, etc. Je veux que les futurs enseignants aient du plaisir à enseigner les sciences.» Depuis l'introduction du nouveau programme de formation de l'école québécoise, il y a des notions d''astronomie dans les savoirs essentiels au primaire et dans les concepts prescrits au secondaire, ce qui n'était pas le cas auparavant, précise-t-il.

Aux origines de sa passion

Pierre Chastenay se rappelle avec nostalgie son coup de foudre pour l'astronomie. Après la comète Kohoutek, ce fut Saturne, observée à l'aide du télescope d'un ami. «Ce fut un choc esthétique marquant et je renouvelle l'expérience chaque fois qu'elle est visible dans le ciel», confie-t-il.

L'astronomie demeurait toutefois un hobby. Il a fallu une rencontre manquée avec un astéroïde pour qu'il envisage sérieusement une carrière d'astronome. «Dans le cadre d'un cours au cégep, j'avais décidé de calculer la trajectoire d'un astéroïde au nouvel Observatoire de Champlain, situé à une trentaine de kilomètres du cégep, se rappelle-t-il. Ce fut une véritable catastrophe! Je n'avais pas de permis de conduire – je devais compter sur mes parents pour m'y rendre – et les fois où j'ai pu me déplacer, le ciel était toujours couvert et je ne maîtrisais pas les instruments. Bref, mes photos étaient inutilisables. J'ai dû abandonner mon projet et le professeur m'a permis d'effectuer des résumés de lecture en astronomie à la place. C'est en lisant ces ouvrages que j'ai eu la piqûre. J'allais devenir astronome.»

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