Pionnière des études féministes

Lori Saint-Martin remporte le prix André-Laurendeau 2013 en sciences humaines, décerné par l'Acfas.

9 Octobre 2013 à 13H05

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La professeure Lori Saint-Martin. Photo: Nathalie St-Pierre.

Chercheuse accomplie, essayiste, nouvelliste, critique et traductrice, Lori Saint-Martin a été la première professeure embauchée par le Département d'études littéraires de l'UQAM, en 1991, pour y développer un axe de recherche et d'enseignement en études féministes. Le 8 octobre dernier, elle a remporté le prix André-Laurendeau en sciences humaines, décerné par l'Association francophone pour le savoir (Acfas), trois ans après avoir reçu le Prix d'excellence en recherche et création, volet carrière, de l'Université du Québec.

La professeure a joué un rôle de premier plan pour dynamiser les études féministes en littérature. Par ses recherches largement diffusées au Québec et à l'étranger, elle a également contribué au rayonnement des études féministes et à leur institutionnalisation comme domaine d'études légitime. «Au sein notamment de l'Institut de recherches et d'études féministes (IREF), j'ai collaboré, avec d'autres, au développement multidisciplinaire des études féministes par la création de cours et de programmes de formation, ainsi que par la création de bourses et de prix pour les étudiants, rappelle-t-elle. Plus récemment, j'ai aussi participé à la création d'une concentration de troisième cycle en études féministes, permettant ainsi à l'UQAM d'offrir une formation dans ce domaine à tous les cycles d'études.»

Selon Lori Saint-Martin, les recherches féministes en littérature ont apporté une contribution importante aux études féministes en général. «L'approche féministe fournit des outils pour travailler sur les représentations symboliques – images, stéréotypes – du masculin et du féminin. Elle permet aussi de comprendre en quoi le sexe d'une personne constitue l'un des déterminismes de son écriture.»

Un autre volet de son travail a consisté à faire connaître l'écriture des femmes et à proposer des analyses de ses grandes tendances. «J'ai participé aux éditions critiques des œuvres d'Anne Hébert et de Germaine Guèvremont, qui sont toujours en cours. J'ai aussi beaucoup travaillé sur la représentation de la femme chez  Gabrielle Roy, en particulier dans ses manuscrits inédits, où l'on observe une profonde colère, ce qui a contribué à renouveler l'image de cette écrivaine.»

Problématiques familiales

Dans ses recherches, Lori Saint-Martin s'est intéressée, par ailleurs, aux rapports mère-fille et père-enfant dans la littérature québécoise contemporaine. En 1991, elle a publié Le Nom de la mère. Mères, filles et écriture, puis, en 2010, La question du père dans la littérature québécoise actuelle, dans lequel elle montrait que, loin de s'être éclipsée, la figure du père est présente en force dans la fiction québécoise. «La famille est le lieu de l'intersection entre le privé et le public, soutient la chercheuse. Elle est bien sûr la sphère de l'intime, où s'exprime toute la gamme des sentiments : amour, jalousie, agressivité, haine, désir de vengeance. Elle est également un lieu de distribution des pouvoirs entre l'homme et la femme, témoignant ainsi des rapports de force que l'on retrouve ailleurs dans la société.»

Depuis la fin des années 2000, Lori Saint-Martin a publié plusieurs articles à la suite d'une recherche entreprise avec Isabelle Boisclair, de l'Université de Sherbrooke, sur la façon dont des auteurs masculins, comme Dany Laferrière, Jacques Poulin et Gil Courtemanche, représentent les relations entre les sexes. Aujourd'hui, elle travaille, toujours avec Isabelle Boisclair, à un autre projet sur le couple frère-soeur dans les romans québécois et français contemporains. «Cela nous permet d'étudier la famille comme un lieu de socialisation et de transition dans la formation des identités de genre», explique-t-elle.

Entre la recherche et la création

Parallèlement à ses travaux de recherche, la professeure a traduit, en collaboration avec son conjoint Paul Gagné, quelque 70 livres, essais et ouvrages de fiction. Les deux complices ont reçu de nombreux prix, dont ceux du Gouverneur général (2000 et 2007) et de la Quebec Writer's Federation (2004, 2006 et 2008). «La traduction est à mi-chemin entre la recherche et la création, souligne Lori Saint-Martin. Elle comporte à la fois une dimension de réflexion, qui s'apparente à la recherche, et une dimension créative, dans la mesure où l'on essaie de reproduire la voix de l'auteur.»

Un premier roman

Après avoir fait paraître deux recueils de nouvelles, Lettre à la femme de mon amant (1991) et Mon père, la nuit (1999), la chercheuse a publié, en 2013, son premier roman, Les portes closes, qui a fait l'objet de critiques élogieuses. «Pour moi, l'écriture de fiction, c'est une grande liberté, confie-t-elle. Si j'ai quelque chose de précis à dire, j'écris un essai. Si je fais de la fiction, je suis les mots, l'histoire. Mais quel que soit le type d'écriture, je ne mets jamais de côté mon féminisme, car on écrit toujours avec tout ce que l'on est.»

Plusieurs projets sont présentement sur la table à dessin de Lori Saint-Martin. Elle va notamment publier les textes que Germaine Guèvremont a écrits – près de 4 000 pages –  pour les radioroman et téléroman consacrés au personnage du Survenant. Mais pas question d'abandonner l'écriture de fiction. «Cela fait partie de mes priorités, dit-elle. D'ailleurs, un autre roman est déjà en train de prendre forme dans ma tête.»

 

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