Chercher l'intangible

La professeure Ying Gao présente L'intangible en tant que matière, une exposition solo au Centre de design.
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Pièces tirées de la collection Science is Fiction. Photo: Nathalie St-Pierre

Ying Gao s'intéresse depuis longtemps à l'interaction entre l'humain et son environnement. «C'est un concept abstrait, immatériel que je cherche à transposer dans des vêtements qui sont, pour leur part, très concrets», explique la designer, professeure à l'École de design et à l'École supérieure de mode. Jusqu'au 15 décembre prochain, le Centre de design présente une exposition solo de son travail, réalisée par la commissaire Renee Baert en collaboration avec CARGO: commissaires regroupées.

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Ying Gao. Photo: Anouk Lessard

Sous le thème de L'intangible en tant que matière, l'exposition regroupe quelques-unes des créations-signatures de la designer, des vêtements modulables et transformables qui réagissent à leur environnement au moyen de petits dispositifs électroniques intégrés. Des projets design non-interactifs et une sélection de photos tirées de sa page personnelle Instagram complètent l'exposition. «Ce n'est pas une rétrospective de mon travail, précise Ying Gao. Près de 80 % du matériel présenté est inédit.»

Les projets explorent de différentes manières la notion d'interaction et chaque projet interactif présente deux pièces «conçues comme des jumelles». Les deux robes du projet No(where) now(here), réalisé dans le cadre de la résidence de la professeure, en avril 2012, au Museums Quartier de Vienne, se composent de fils photoluminescents faits de PVDF, un matériel de revêtement utilisé en architecture, et de super organza, la matière de prédilection de la designer, un tissu modifié, résistant et délicat à la fois, qu'elle importe du Japon. «Les robes bougent lorsqu'on les regarde», explique-t-elle. Le projet est inspiré de l'essai Esthétique de la disparition de l'urbaniste français Paul Virilio, connu pour ses écrits sur la technologie et la vitesse. «Cela m'a fait réfléchir sur le concept de la présence, de l'absence, de la vitesse d'un regard posé.» Dans la même veine, les pièces d'Incertitudes se mettent à remuer au son de la voix des spectateurs. «Les vêtements sont tapissés d'épingles qui s'entrechoquent quand elles entendent une voix. Comme si elles créaient un son, un dialogue, avec l'être humain.»

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Pièce du projet Incertitudes. Photo: Nathalie St-Pierre

Les robes en super organza du projet Playtime, clin d'œil au film du même titre du cinéaste Jacques Tati, bougent quand elles sont «interpellées» par le son du flash d'une caméra. Le projet a déjà été présenté au Musée des beaux-arts de Québec ainsi qu'en Autriche, en France et en Israël. Les couleurs des tissus sont sobres, du blanc au beige. «Les vêtements doivent attirer le regard et refléter la lumière. La lumière me fascine. J'aime la photographier: beaucoup de mes photos Instagram tournent d'ailleurs autour de ce thème. Cela revient encore une fois à la notion d'intangible qui fait office de fil conducteur de l'exposition.»

Parmi les œuvres les plus récentes de la designer, Science is Fiction est une collection de «prêt-à-porter». Fabriquées de latex médical et de coton enduit pour les grands brûlés, les pièces de vêtements ont été dessinées dans une salle d'attente d'hôpital. «Pour me divertir, je regardais sur mon portable la série de documentaires Science is Fiction: 23 Films du réalisateur dadaïste Jean Painlevé sur les créatures marines, raconte Ying Gao. L'univers surréel de l'hôpital, mélange de fiction, de réalité et de science, et les films de Jean Painlevé m'ont amenée à créer une collection de vêtements médicaux tout aussi surréaliste. C'est un docu-fiction vestimentaire qui présente mon point de vue en tant que patiente.»

Avec Un pop-up nommé Facebook, Ying Gao décortique Facebook sous la forme d'une jupe inspirée des éléments structuraux du livre pop-up. L'œuvre pose un regard critique et amusant sur les réseaux sociaux et les divers types d'interactions qu'on y retrouve. «J'ai voulu retranscrire de manière métaphorique les activités au quotidien de cinq de mes amies Facebook. C'est une récapitulation, un portrait d'une période donnée.»

Le projet modulable Berlin Nagoya, créé grâce à l'obtention d'une bourse Phyllis-Lambert Design Montréal en 2009, est une pièce de vêtement multifonctionnelle et ludique qui peut servir de foulard, de robe, de sac ou d'écran de projection, en fonction des besoins du consommateur ou du voyageur.

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Pièce du projet Science is Fiction. Photo: Nathalie St-Pierre

Quant aux photos tirées de sa page personnelle Instagram, un réseau de partage de photographies sur le Web, la professeure y voit un moyen de documenter son processus de création. «Je ne prends pas de photos de ma production, de vêtements ou de mon atelier. Ma page personnelle Instagram me sert plutôt de carnet d'inspiration, de scrapbook. Ce sont des photos prises ici et là au gré de mes humeurs et de mes déplacements, des moments passés, des gens, des détails qui m'inspirent, me donnent des idées: un aéroport, un inconnu qui passe vêtu de rouge, une pièce baignée de lumière...» Son carnet en inspire d'ailleurs plus d'un: la page personnelle Instagram de Ying Gao (livingpod) compte 15 000 abonnés, dont les créateurs d'Instagram!

Les pièces de l'exposition L'intangible en tant que matière ont été réalisées en collaboration avec Simon Laroche, concepteur en robotique et diplômé de la maîtrise en communication (multimédia interactif), et les assistantes à la recherche et au design Andrée-Anne Bédard, Bianca C. Charneau, Marie-Ève Lecavalier et Marie-Élaine Roy, également étudiantes au baccalauréat en design de mode. La mise en espace de l'exposition est de Georges Labrecque, chargé de projets au Centre de design.

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