S'adapter au monde universitaire

Les étudiants de première génération éprouvent des difficultés, mais réussissent aussi bien que les autres.

11 Novembre 2013 à 13H26

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Les EPG sont défavorisés par rapport aux autres étudiants parce que le capital culturel et social dont ils disposent, hérité de leur milieu familial, est plus faible.

Au Québec, plusieurs jeunes dont les parents n'ont jamais fréquenté le cégep ou l'université poursuivent maintenant leurs études au-delà du secondaire. Ces étudiants dits de première génération (EPG) représentent environ 60 % de l'ensemble des étudiants dans le réseau de l'Université du Québec, alors que leur proportion n'est que de 46 % dans les autres universités francophones et de 30 % dans les établissements anglophones. À l'UQAM, leur pourcentage atteint 53 %.       

L'arrivée de ces étudiants à l'université et les enjeux que ce phénomène comporte soulèvent un intérêt dans le milieu scientifique. Thérèse Bouffard, professeure au Département de psychologie, a dirigé une étude sur les facteurs d'adaptation et de persévérance des étudiants de première génération à l'UQAM. Menée en collaboration avec les professeurs Simon Grégoire, du Département d'éducation et pédagogie, et Carole Vezeau, du Cégep de Lanaudière, l'étude a été financée par le Fonds de recherche du Québec - Société et culture pour le compte du  ministère de l'Éducation, du Loisir et du Sport.

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Thérèse Bouffard. Photo: Nathalie St-Pierre.

«Nous avons réalisé notre recherche auprès de 1 946 étudiants inscrits au baccalauréat, provenant de toutes les facultés, dont 46 % étaient de première génération», précise Thérèse Bouffard.

Un choc culturel

Les EPG sont défavorisés par rapport aux autres étudiants parce que le capital culturel et social dont ils disposent, hérité de leur milieu familial, est plus faible. «Comme leurs  parents ne connaissent pas la culture du monde universitaire, ses règles, ses pratiques et ses exigences, ils peuvent difficilement les guider et les conseiller adéquatement dans leur projet d'étude, explique la professeure. Pas étonnant que les EPG se sentent en pays étranger à leur arrivée à l'université.»

La plupart des recherches, américaines notamment, soutiennent que les EPG éprouvent une sorte de choc culturel quand ils amorcent des études supérieures. «Plusieurs éprouvent un sentiment de culpabilité, voire de déloyauté, à l'égard des membres de leur famille ou de leurs amis qui, eux, n'ont pas eu la chance de fréquenter l'université», souligne Thérèse Bouffard.

Les EPG vivent d'autres difficultés particulières. Travaillant en même temps qu'ils étudient – 20 heures et plus par semaine –, ils souffrent d'insécurité financière et craignent davantage l'endettement. Cela génère une bonne dose d'anxiété et incite un certain nombre à ne pas se réinscrire au terme de leur première année d'étude.

Des atouts     

Les EPG, toutefois, ne sont pas totalement démunis. Ils réussissent aussi bien que les autres et tirent plus de satisfaction des progrès qu'ils accomplissent et des succès qu'ils obtiennent, observe la chercheuse. «En s'inscrivant à l'université, ils ont été les premiers dans leur famille à briser la glace. Malgré leurs préoccupations financières, les études sont leur priorité.» Les EPG ont souvent, aussi, une idée plus claire de leur future carrière que les autres étudiants, démontrent plus d'attachement à leur institution et manifestent une plus grande volonté de s'intégrer dans le milieu universitaire, révèle la recherche.

Celle-ci propose certaines mesures pour faciliter l'adaptation au milieu universitaire des étudiants de première génération et favoriser leur persévérance aux études. «Les services gouvernementaux et universitaires doivent examiner attentivement la situation financière des EPG et leur offrir un soutien approprié, note Thérèse Bouffard. Les universités, par ailleurs, pourraient organiser des activités permettant à ces étudiants d'échanger entre eux sur leurs difficultés communes et sur les moyens de les surmonter. Des programmes de mentorat impliquant des étudiants de deuxième ou de troisième année qui connaissent bien les rouages universitaires sont aussi envisageables.»  

L'étude ouvre des pistes pour d'autres recherches sur la réalité que vivent les étudiants de première génération, notamment aux cycles supérieurs, remarque la professeure, qui insiste sur l'importance de poursuivre le travail de valorisation de l'éducation supérieure auprès de la population. «Des recherches démontrent que plusieurs parents ne sont pas encore convaincus de la valeur intrinsèque de cette éducation. Chez ceux qui n'ont pas fait d'études supérieures, notamment, persiste l'idée selon laquelle il n'est pas nécessaire d'aller à l'université pour réussir dans la vie.»

 

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