Un gardien étoile

Ancien gardien de l'équipe d'Haïti, Gabard Fénelon espère maintenant remporter un championnat avec les Citadins.

21 Octobre 2013 à 9H27

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Photo: Andrew Dobrowolskyj.

«Avoir un bon gardien est crucial pour remporter un championnat», affirme sans détour Christophe Dutarte. Cela tombe bien, car l'équipe de soccer de l'UQAM possède l'un des meilleurs gardiens de la ligue universitaire québécoise. Gabard Fénelon, étudiant au certificat en anglais, a été élu sur la première équipe d'étoiles du Réseau du sport étudiant du Québec en 2011 et il a été nommé étudiant-athlète par excellence en soccer masculin l'an dernier chez les Citadins.

Depuis le début de la saison, l'entraîneur-chef de l'équipe masculine de soccer des Citadins répète que son unique objectif est de participer aux séries éliminatoires. Entre les lignes, on comprend toutefois qu'il aimerait bien remporter le championnat provincial – les Citadins se sont inclinés en finale en 2010, puis en demi-finale au cours des deux dernières années – et participer au championnat canadien. 

Avec deux matchs à disputer pour clore la saison régulière, les Citadins occupent la première position du classement, en partie grâce au brio de leur gardien et de leur défensive, lesquels n'ont accordé que sept buts à leurs adversaires, le meilleur résultat de la ligue dans ce domaine. «Dès son arrivée avec l'équipe, en 2011, c'était convenu que Gabard était notre gardien partant, car il avait une expérience sur la scène internationale», souligne Christophe Dutarte.

Un ballon au pied

Gabard Fénelon a grandi avec un ballon au pied sur l'Île de la Tortue, une petite île au nord-ouest d'Haïti. «Notre maison était adjacente à un terrain où je passais mes journées à jouer au foot, qui est le sport national haïtien», raconte-t-il. Ses aptitudes l'ont mené à l'âge de 14 ans à Port-de-Paix, une ville où il a pu s'inscrire à une école spécialisée afin de développer son talent.

Trop fort pour ses pairs du même âge, il a préféré très tôt jouer avec les plus vieux, même si cela impliquait de troquer son rôle d'attaquant pour celui de gardien de but. Cela lui a réussi, puisqu'il a été recruté à 16 ans par un club régional. Un an plus tard, il débutait sa carrière en deuxième division et, trois ans plus tard, en 2000, il joignait les rangs du Racing Club Haïtien de Port-au-Prince, l'une des équipes les plus décorées du pays.

En parallèle, il intègre les rangs de l'équipe nationale des moins de 20 ans, puis celle des moins de 23 ans. Son premier match avec l'équipe nationale senior a lieu en 2003 contre la Jamaïque, à l'occasion d'une rencontre de qualification pour la Coupe du monde. Au total, il a pris part à une quarantaine de matchs internationaux, dont quelques-uns à titre de capitaine de l'équipe haïtienne. Il a remporté la Coupe caribéenne des nations en 2007 contre Trinité-et-Tobago, une première pour Haïti depuis 1979.

Haïti a participé à une seule Coupe du monde, en 1974, mais la fièvre est toujours aussi forte quand l'équipe nationale tente de se qualifier. «Il y a parfois près de 70 000 personnes dans les gradins. C'est beaucoup de pression», souligne le gardien des Citadins, qui a participé aux tentatives de qualification de 2006 et 2010.

L'aventure nord-américaine

C'est lors de ces rencontres internationales que Gabard Fénelon s'est fait remarquer par les dirigeants du Miami FC, une équipe jouant dans la United Soccer League. Ils lui ont offert un contrat de deux ans, en 2007-2008, ce qui lui a permis de jouer un peu partout en Amérique du Nord, de Portland à Atlanta, en passant par Minnesota et Montréal, car l'Impact faisait partie de cette ligue avant de se joindre à la Major League Soccer (MLS) en 2012.

Gabard Fénelon ne jouait plus pour l'équipe nationale haïtienne depuis quelques années, mais il a repris du collier en septembre dernier pour un match amical contre la Corée du Sud, disputé à Séoul. Les siens ont perdu 4 à 1, mais il était heureux de renouer avec la compétition internationale. «Ce fut un privilège de côtoyer des joueurs de l'équipe haïtienne qui jouent sur le circuit européen ou dans la Major League Soccer (MLS)», confie-t-il.

Avec les Citadins

Même si le calibre de jeu universitaire est moins relevé que celui des matchs internationaux auxquels il a pris part, Gabard Fénelon adore garder les buts pour les Citadins. «Pour être un bon gardien, il faut être agile, concentré et avoir de la personnalité, explique-t-il. Il faut comprendre le jeu, car il faut diriger les défenseurs et savoir comment relancer l'attaque. Un gardien avec du caractère sait inspirer confiance à ses coéquipiers.»

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Photo: Andrew Dobrowolskyj.

Son entraîneur-chef confirme. «Gabard dégage beaucoup d'assurance et il est respecté par ses coéquipiers, note Christophe Dutarte. Il est très professionnel dans son approche, autant à l'entraînement que lors des matchs.»

«Nous avons développé une bonne chimie au sein de l'équipe et nous sommes désormais capable de battre nos rivaux de l'Université Laval et de l'Université de Montréal», ajoute le gardien des Citadins, qui espère remporter le championnat provincial et participer au championnat canadien.

La relève?

Installé à Montréal depuis 2009, Gabard Fénelon habite le quartier Notre-Dame-de-Grâce avec sa femme et son petit garçon, né le 17 septembre dernier. «Trois jours après la naissance de mon fils, nous avions un match à Sherbrooke, raconte-t-il. J'étais tellement sur un nuage que j'ai oublié mon équipement! C'est la première fois que ça m'arrive en 15 ans de carrière! Heureusement, j'ai toujours des souliers et des gants dans ma voiture, mais j'ai dû me tailler des jambières en carton pour le match… qui s'est conclu par un verdict nul de 1 à 1.»

Le fils de Gabard Fénelon sera-t-il un adepte du ballon rond? «Le fils d'un tigre est un tigre, souligne en riant le cerbère des Citadins, citant la déclinaison créole du proverbe "Tel père, tel fils". Je ne sais pas quel sport il pratiquera, mais ce sera un sportif, assurément.»

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