C'est leur histoire

Laurent Jérôme est allé à la rencontre des autochtones pour préparer la nouvelle exposition qui leur est consacrée au Musée de la civilisation.

17 Janvier 2014 à 11H28


Une sculpture de la collection du Musée de la civilisation. Photo: Jessy Bernier

Dans les musées, on a longtemps proposé une vision quelque peu romantique et ahistorique des autochtones. Au moment de renouveler son exposition permanente consacrée aux autochtones du Québec, en 2009-2010, le Musée de la civilisation a voulu faire les choses différemment. C'est dans cet esprit que Laurent Jérôme, qui terminait alors son doctorat en anthropologie à l'Université Laval, a été recruté. Celui qui est aujourd'hui professeur au Département de sciences des religions de l'UQAM a agi comme agent de recherche responsable du contenu scientifique de la nouvelle exposition permanente lancée en novembre dernier et intitulée C'est notre histoire. Premières nations et Inuit du XXIe siècle. Il a aussi, et surtout, servi de trait d'union entre le Musée et les communautés.

«L'approche collaborative était très importante pour le musée, affirme le professeur. Nous avons donc mis en place un comité scientifique composé de chercheurs autochtones et non autochtones. En parallèle, nous avons constitué une assemblée consultative, nommée Mamo-Ensemble, qui réunissait des représentants de chacune des Premières Nations et des Inuit du Québec.»

Laurent Jérôme a travaillé en étroite collaboration avec Elisabeth Caine, professeure au Département des arts et lettres de l'Université du Québec à Chicoutimi, elle-même huronne-wendat et directrice de la Boîte rouge vif, une entreprise de création et de design autochtone qui a participé de près à la conception de l'exposition. Ensemble, ils sont partis à la rencontre des Premières Nations dans l'ensemble du Québec. Passant plusieurs jours dans 18 communautés, ils ont rencontré quelque 600 personnes, recueilli 5000 pages de transcriptions d'entrevues, 10 000 photos et 250 heures de film documentant tous les aspects de la vie des autochtones, leur vision du monde, leurs aspirations.

«Comment voulez-vous être représentés dans un musée?» En gros, c'est la question que les chercheurs ont posé aux autochtones rencontrés. «L'un des buts de l'exposition est de faire voir ce que c'est que d'être autochtone aujourd'hui, explique Laurent Jérôme. Ce n'est pas nécessairement évident à montrer, mais l'exposition y parvient, entre autres, grâce à des œuvres d'artistes contemporains des Premières Nations.»

L'exposition permet aussi d'admirer de nombreux objets appartenant à la collection du musée (costumes de cérémonie, vêtements, paniers décoratifs, tambours, sculptures, kayak et rabaska). Lors de la recherche dans les communautés, les chercheurs ont organisé des ateliers avec les autochtones autour des objets et ils préparent un article sur leur mise en valeur. Un autre article sera consacré au processus même de collaboration avec les communautés.

Si une section de l'exposition est dédiée à l'histoire et à la paléohistoire des peuples qui ont occupé le territoire québécois, elle s'attarde davantage, dans l'ensemble, à la compréhension des enjeux qui sont au cœur de la réalité autochtone actuelle. Une section est ainsi consacrée à la colonisation, une autre, intitulée «La décolonisation – La guérison», fait la lumière sur les luttes des peuples autochtones pour leur reconnaissance et une dernière s'interroge sur les rêves d'avenir des communautés.  

Des vidéos réalisées par la Boîte rouge vif dans les communautés et diffusées dans le cadre de l'exposition permettent de montrer de façon percutante la richesse et la singularité de chacune des cultures, affirme Laurent Jérôme. «Il existe évidemment des éléments communs à l'histoire des peuples autochtones, dit le professeur, mais cette exposition permet de faire ressortir la diversité incroyable de ces cultures, bien vivantes et dynamiques.»

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