Les filles en français et les garçons en maths

Une étude s'intéresse à l'impact des stéréotypes sexuels sur la réussite scolaire et le choix de carrière.

6 Février 2014 à 11H20

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Les filles sont meilleures en français et les garçons meilleurs en mathématiques. Ces stéréotypes, comme l'a constaté Isabelle Plante, professeure au Département d'éducation et formation spécialisées, ont la vie dure. «Que ce soit vrai ou non ne m'intéressait pas, explique-t-elle. J'ai mené une étude pour vérifier si ces stéréotypes existaient encore, puis j'ai analysé leur incidence sur la réussite scolaire et le choix de carrière.»

Vérification faite auprès d'un échantillon de 762 élèves québécois de sixième année du primaire et de deuxième année du secondaire, ces stéréotypes existent toujours. «En mathématiques par contre, le stéréotype est en train de changer au profit de filles, car elles y excellent de plus en plus», précise la jeune chercheuse.

Des études expérimentales ont déjà démontré qu'en activant l'idée d'un stéréotype, on pouvait affecter le rendement scolaire. Isabelle Plante a voulu identifier en «milieu naturel» les mécanismes par lesquels cela peut se produire. La chercheuse, qui a effectué cette étude dans le cadre de son postdoctorat à l'Université de New York, a vérifié l'existence des stéréotypes en début et en fin d'année scolaire, à l'aide d'un questionnaire ne permettant pas aux élèves de distinguer le sujet de l'étude, «parce qu'autrement ils nous voient venir avec nos gros sabots et cela fausse les résultats», précise-t-elle en riant.

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La professeure Isabelle Plante. Photo: Émilie Tournevache.

Une fois établi que les stéréotypes concernant le français et les mathématiques étaient toujours présents, c'est par le filtre de la motivation que la chercheuse a choisi d'analyser leur influence sur les indicateurs de réussite. «La motivation a été scindée en deux variables: le sentiment de compétence en français et en mathématiques ainsi que la valeur accordée au français et aux mathématiques», explique-t-elle. Des questionnaires ont permis de recueillir des données pour ces deux pôles de la motivation, de même que pour les choix de carrière envisagés par les élèves. «Il s'agissait de questions d'ordre général, du style: "Envisagerais-tu une carrière en journalisme?"», précise la chercheuse, qui a aussi eu accès aux bulletins scolaires des élèves pour noter leur véritable rendement scolaire.

Des analyses statistiques fondées sur des modèles corrélationnels ont ensuite permis d'établir des liens entre les variables étudiées. «Cette méthode permet de voir l'effet spécifique d'une variable en l'isolant des autres», note Isabelle Plante. Ainsi, la chercheuse a «contrôlé» le rendement scolaire antérieur des élèves interrogés, afin de s'assurer que leur conception des stéréotypes n'était pas uniquement le reflet de leurs résultats. «Sinon on pourrait penser que les stéréotypes traduisent simplement le fait qu'on soit bon ou mauvais dans un domaine.»

Résultats

Ses résultats indiquent que les stéréotypes affectent la réussite scolaire et le choix de carrière, mais uniquement dans la mesure où l'élève se les approprie à travers sa motivation, c’est-à-dire son sentiment de compétence ou la valeur qu'il accorde au domaine. «Les stéréotypes influencent le sentiment de compétence qui à son tour influence la réussite scolaire, précise la professeure. Ils influencent aussi la valeur accordée au français ou aux mathématiques et c'est cette valeur qui influence le plus le choix de carrière.»

«Si on voulait intervenir pour limiter les effets des stéréotypes – que ceux-ci soient positifs ou négatifs –, il faudrait travailler sur le sentiment de compétence et la valeur accordée à ces domaines, car les stéréotypes en soi ont peu d'effet sur la réussite scolaire ou les choix de carrière», poursuit la chercheuse.

En analysant les différents questionnaires remplis par les élèves, Isabelle Plante a également constaté que les filles préfèrent les emplois liés au français, mais à peine plus que ceux liés aux mathématiques, tandis que les garçons s'intéressent davantage aux carrières liées aux mathématiques. «Les garçons sous-estiment grandement les carrières liées au français», conclut-elle.

Les résultats de cette recherche ont été publiés dans la revue Contemporary Educational Psychology.

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