Jacques Orhon: un sommelier comblé

Le diplômé en éducation a fait de son savoir sur le vin une passion à transmettre.

10 Avril 2014 à 8H55

Série Tête-à-tête
Rencontre avec des diplômés inspirants, des leaders dans leur domaine, des innovateurs, des passionnés qui veulent rendre le monde meilleur.​

Photo
Jacques Orhon. Photo: Nathalie St-Pierre

Jacques Orhon (B.Ed. enseignement professionnel, 92) ne croit pas au hasard, plutôt à la synchronicité. C’est ainsi que le maître sommelier, auteur d'une quinzaine d'ouvrages consacrés au monde du vin, qualifie cette série de rencontres imprévues, mais déterminantes, qui ont façonné sa vie et l’ont mené là où il est aujourd’hui.

Des rencontres fortuites? Pas tout à fait. Il faut être prêt, dit cet homme de 61 ans, qui, avec sa minceur et son bon teint, n’affiche aucunement les marques de sa passion du vin et de la gastronomie.

La première de ces rencontres déterminantes a eu lieu il y a une quarantaine d’années, dans un restaurant d’Angers, en Anjou, où il travaillait. Il était une heure du matin, l’établissement venait de fermer. Des gens ont frappé à la porte. Ils insistaient. «J’ai fini par ouvrir. C’était des Québécois. De là va découler tout ce qui s’est passé par la suite.» Ces voyageurs, originaires de Sainte-Agathe, deviendront des amis. Et à 24 ans, le jeune Orhon quitte la France, en direction des Laurentides. Il y est depuis. Ça fera 38 ans cette année.

Le Québec, en 1976, c’est l’antipode de la France, pays codifié, hiérarchisé. C’est un monde aux possibilités infinies, pour qui sait saisir sa chance. À 26 ans, Jacques Orhon est sommelier au restaurant de l'hôtel La Sapinière, à Val-David, un établissement renommé qui fait partie de la chaîne des Relais & Châteaux. «Ça n’aurait pu arriver en France», dit-il, où un jeune homme de cet âge ne peut se targuer d’un poste aussi prestigieux.

Il y a beaucoup à bâtir. Un ami lui parle d’une nouvelle école qu’il s’apprête à ouvrir, à Sainte-Adèle. L’École Hôtelière des Laurentides (EHDL) deviendra la première à offrir une formation professionnelle dans ce secteur. L’ami devient directeur et Jacques Orhon, professeur en sommellerie (un poste qu’il gardera jusqu’à sa retraite, il y a trois ans). Mais l’établissement fait partie de la Commission scolaire des Laurentides, et il y a des normes à respecter: l'enseignant sommelier doit aller se chercher une formation universitaire. En 1983, il met le cap sur l’UQAM et s’inscrit au baccalauréat en enseignement professionnel. Il mettra neuf ans à le compléter, à raison d’un à deux cours par session! «Une autre chose impensable en France, dit-il. Les parcours universitaires y sont taillés sur un modèle unique. On ne retourne pas ainsi sur les bancs d’école dans la jeune trentaine, à temps partiel.»

Tant à l’UQAM qu’à l’École Hôtelière, le sommelier réalise qu’il existe fort peu de matériel didactique sur le vin. Qu’à cela ne tienne. «J’ai décidé de créer mon propre matériel.» Ainsi est né, en 1988, Le petit guide des grands vins. Le livre, qui répondait d’abord aux besoins de l’enseignant, gagnera un prix. Le reste déboulera. Jacques Orhon le propose aux Éditions de l’Homme, qui ont publié depuis tous ses ouvrages, dont une demi-douzaine traduits en chinois.

Ses livres ont récolté une pléiade de prix. Entre les vignes. Récits, rencontres et réflexions autour du vin a remporté en 2011, au World Gourmand CookBook, le Prix du meilleur livre au monde, catégorie Littérature du vin. Mais la distinction dont il est le plus fier, c’est celle qu'il a reçue à Vérone, en 2011: le prestigieux Prix Masi Civilta del Vino pour ses livres consacrés aux vins d’Italie. Une première pour un Québécois. «C’était grandiose et simple à la fois», confie-t-il en montrant des photos de l’événement, auquel assistaient des amis et des membres de sa famille, dont ses deux grands enfants.

Ses livres lui ont non seulement servi dans l’enseignement, mais ils ont été une porte d’entrée vers l’univers des médias, où il est régulièrement sollicité pour parler de sa passion. «Tout s’est merveilleusement enchaîné, dit-il. Mais rien de cela ne serait arrivé sans le vin, ce vecteur d’humanisme, de rencontres et de partage, un produit  éminemment universel, synonyme de paix, d’amour et d’amitiés.»

Il est arrivé au Québec alors que l’engouement pour le vin explosait. De quelque 8 litres en 1976, la consommation des Québécois est passée à 22 litres par année aujourd'hui. Il n'y a pas de doute, Jacques Orhon était au bon endroit, au bon moment.

Parmi les étudiants qu'il a formés au fil des années, certains, comme François Chartier, Ghislain Caron ou Élyse Lambert, sont devenus de véritables vedettes de la sommellerie.

Ce nouveau grand-père d’une petite Alice veut continuer à écrire des livres, à voyager et à faire de nouvelles rencontres. Ses derniers ouvrages, Les vins du Nouveau Monde, en trois tomes, lui ont permis de littéralement parcourir la planète. «Le vin m’a fait une belle vie. Je suis un homme comblé et heureux.»

Source:
INTER, magazine de l'Université du Québec à Montréal, Vol. 12, no 1, printemps 2014.

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