Au service de la danse

Pour Dena Davida, lauréate 2014 du prix Reconnaissance de la Faculté des arts, la danse est un véritable engagement.

14 Avril 2014 à 9H59

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Dena Davida. Photo: Nathalie St-Pierre

Sept diplômés de l'UQAM seront honorés à l'occasion du Gala Reconnaissance 2014 pour leur cheminement exemplaire et leur engagement. Ce texte est le deuxième d'une série de sept articles présentant les lauréats.

On dit de Dena Davida (Ph.D. études et pratiques de arts, 2006) qu'elle est une artiste obstinée, une «croisée» des temps modernes, une progressiste. On vante son énergie débordante et sa bonne humeur contagieuse. Cette Québécoise d'adoption, qui a quitté sa Californie natale à la fin des années 70, a dédié sa vie à la danse contemporaine, assumant plusieurs rôles comme danseuse, créatrice, éducatrice, chercheuse et programmatrice.

En compagnie de quatre collègues, Dena Davida a fondé Tangente, le premier centre de diffusion entièrement consacré à la danse contemporaine au Québec, en 1980. «On assistait à l'époque à l'émergence d'un milieu professionnel en danse contemporaine au Québec. Avant Tangente, il n'existait pas d'institutions pour soutenir la danse», se rappelle celle qui en a été la directrice artistique pendant 30 ans et qui porte aujourd'hui le titre de commissaire et médiatrice culturelle.

Des chorégraphes comme Danièle Desnoyers, Louise Bédard, Ginette Laurin et Dave St-Pierre ont fait leurs premiers pas dans cet espace de création et de développement qui tient lieu aussi de centre de documentation et d’archives en danse contemporaine. Depuis sa mise sur pied, l'endroit est incontournable pour assister à des créations, souvent audacieuses et expérimentales, provenant des quatre coins du monde. En 2007, le Conseil des arts de Montréal a rendu hommage à Tangente en lui décernant son Grand prix afin de souligner les 30 ans de vie artistique du centre, de reconnaître son constant renouvellement comme diffuseur ainsi que l'engagement soutenu de Dena Davida dans la cause de la danse contemporaine québécoise.

En parallèle à son travail chez Tangente, Dena Davida a enseigné au Département de danse, de 1985 à 2010. Comme chargée de cours, elle a formé plusieurs étudiants à la composition, à l'esthétique et à l'anthropologie de la danse ainsi qu'aux techniques d'improvisation. «J'étais entre autres une spécialiste de la théorie du mouvement de Laban, une technique qui vise à reproduire des mouvements plus efficaces, moins forcés et qui ne blessent pas le corps», dit celle qui est remontée sur les planches en novembre 2013, après plusieurs années d'absence, dans Oriri | 2013 aux cotés de la danseuse et chorégraphe Sara Dell'Ava (M.A. danse, 2012).

«Tangente, c'est le plus long projet de ma carrière, mais l'enseignement et la recherche sont tout aussi indissociables de ma vie», dit-elle. Titulaire d'un doctorat portant sur la troupe O Vertigo, Dena Davida s'est éloignée de la pratique pour mieux comprendre la danse contemporaine à partir d'une perspective ethnographique. «À mon âge, l'éducation prend tout son sens puisqu'on accumule beaucoup de connaissances que l'on désire partager et transmettre à une autre génération.»

Le nouveau combat de Dena Davida? Faire reconnaître le commissariat des arts de la scène (danse/ mouvement, musique/ son, théâtre/ texte, performance, pratiques interdisciplinaires et émergentes), une discipline en pleine émergence. «Il s'agit dans un premier temps de définir ce qu'est la pratique car elle comporte plusieurs volets et emprunte à la fois au métier de producteur, de diffuseur, de programmateur et de directeur artistique», explique-t-elle. En collaboration avec l'artiste et productrice Jane Gabriels, Dena Davida a mis sur pied en janvier dernier un cours sur le commissariat de la scène dans le cadre de la maîtrise en muséologie, le seul cours universitaire sur le sujet donné au Canada. «En arts visuels, le commissaire donne un contexte et une approche à l'exposition: l'art est au cœur de l'exposition, affirme-t-elle. Dans le domaine des arts de la scène, on semble malheureusement s'intéresser davantage à ce qui rapporte de l'argent et fait vendre des billets; il faut ramener l'art au cœur de la diffusion.» Dena Davida a aussi été l'instigatrice d'un symposium sur la question qui s'est déroulé à l'UQAM du 10 au 13 avril derniers. Intitulé «Commissariat des arts de la scène, une pratique à définir», l'événement se voulait une réflexion critique sur la pratique, tout en offrant une plateforme afin de faire progresser les recherches et les réflexions dans ce domaine.

À 65 ans, Dena Davida vit des moments de pur bonheur. «J'ai réalisé mes rêves, dit-elle candidement. J'ai une jolie maison centenaire, un conjoint formidable, la reconnaissance de mes pairs ainsi que des étudiants allumés. Je suis comblée!»

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