Les Américains aux urnes

Les élections américaines de mi-mandat pourraient avoir des répercussions tangibles pour l'économie québécoise.

23 Octobre 2014 à 15H26

Le Canada et le Québec ne font pratiquement jamais partie des conversations sur les enjeux électoraux lors des présidentielles américaines. «C'est différent pour l'élection des gouverneurs de chaque État, qui sont un peu l'équivalent de nos premiers ministres provinciaux», souligne Frédérick Gagnon, professeur au Département de science politique et directeur de l'Observatoire sur les États-Unis de la Chaire Raoul-Dandurand en études stratégiques et diplomatiques. Lors des élections américaines de mi-mandat, qui auront lieu le 4 novembre, 36 postes de gouverneur sur 50 seront en jeu. «Plusieurs de ces luttes électorales ont lieu dans les États frontaliers du Québec où des enjeux locaux concernent les relations Canada-États-Unis ou Québec-États-Unis», précise le chercheur.

Dans le New Hampshire, par exemple, la course au poste de gouverneur oppose la démocrate Maggie Hassan, qui défend son siège, au républicain Walt Havenstein. «J'ai fait des entrevues avec les équipes de campagne des deux candidats, souligne Frédérick Gagnon, en congé sabbatique à la State University of New York à Plattsburgh. L'un des enjeux importants est le projet du Northern Pass, lequel consiste à construire une ligne de transmission électrique qui traverserait l'État et qui relierait ses systèmes électriques à ceux du Québec. L'intérêt pour le Québec: exporter davantage d'électricité en Nouvelle-Angleterre.» Le projet est sur la glace en ce moment, à cause des protestations des environnementalistes, des associations touristiques et des citoyens qui ne veulent pas voir les pylônes traverser les White Mountains ou des lignes à haute tension à proximité de leur domicile. «Autre exemple, on observe au Vermont que la montée en force du dollar américain par rapport au dollar canadien est une préoccupation, car cela a un impact sur l'industrie touristique», note le chercheur.

Un référendum sur la présidence

Frédérick Gagnon

On dit souvent que les élections américaines de mi-mandat constituent un "référendum sur la présidence", au sens où les électeurs y expriment leur niveau d'approbation à l'égard du président. «Dans l'histoire, le parti du président perd des sièges à presque toutes les élections de mi-mandat, observe Frédérick Gagnon. Cela s'explique par le fait que ce sont surtout les gens hostiles au président qui se déplacent pour voter. Le taux de participation à ces élections oscille autour de 35 %, alors qu'il était de 57,5 % aux élections présidentielles de 2012.»

Les partisans du président, toutefois, ont tendance à moins voter. Ils ont l'impression que ces élections sont moins déterminantes que l'élection présidentielle. «C'est mal connaître le système, dit le professeur. Le Congrès américain est très puissant sur les questions de politique intérieure. C'est lui qui adopte les lois.».

«Quel avenir pour les États-Unis? Débat démocrates contre républicains.»

L'Observatoire sur les États-Unis organise un débat à l'Auditorium de la Grande Bibliothèque - Biblothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ) le 29 octobre, de 18 h à 20 h. Cet événement sera animé par Patrick Lagacé, chroniqueur à La Presse, en présence de deux américanistes qui se prêteront au jeu: John Parisella, ancien délégué général du Québec à New York et James W. Ceaser, professeur de science politique à l'Université de Virginie.

Les thèmes abordés lors de ce débat seront l'état des forces à la veille des élections de mi-mandat, la situation économique et sociale des États-Unis, les États-Unis et le monde, et les États-Unis au-delà de 2014.

Coût : Tarif général : 20 $ – gratuit pour les étudiants
Inscription obligatoire.

L'Observatoire organise également une soirée électorale en compagnie d'experts le 4 novembre, au Pub l'Île Noire, dès 18 h. Inscription obligatoire.

Le Parti républicain contrôle la majorité

Les élections pour les 435 postes à la Chambre des représentants (Chambre basse), qui compose le Congrès américain avec le Sénat (Chambre haute), ont lieu aux deux ans, c'est-à-dire lors des élections de mi-mandat et lors de l'élection présidentielle. Actuellement, les républicains contrôlent la majorité de la Chambre des représentants avec 233 élus, contre 199 pour les démocrates et 3 sièges vacants. «Avec un taux de réélection dépassant fréquemment les 95 % et dans un contexte d'impopularité de Barack Obama, l'issue des élections à cette Chambre ne fait guère de doutes», note Frédérick Gagnon.

Les principales luttes à surveiller concernent surtout les 36 postes à pourvoir au Sénat, qui compte actuellement 53 démocrates contre 45 républicains et 2 sénateurs indépendants. «Les républicains doivent reprendre 6 sièges pour obtenir la majorité et ils devraient y parvenir», observe le chercheur.

Si les républicains reprennent le contrôle du Sénat, cela ne signifie pas qu'ils pourront faire adopter toutes les lois qu'ils veulent, car le président Obama possède un droit de veto. Mais cela compliquerait la tâche de ce dernier, qui souhaite sans doute profiter de la fin de son mandat pour léguer un héritage autre que la réforme de l'assurance-santé, pour laquelle il a dû faire plusieurs compromis. «Les électeurs latino-américains, par exemple, souhaitaient une réforme de l'immigration. Le président aurait aussi aimé proposer des projets législatifs sur les changements climatiques. Avec une majorité républicaine au Sénat, cela deviendrait particulièrement difficile.»

Vers la présidentielle de 2016

Les résultats de ces élections auront donc un impact sur les deux dernières années de la présidence de Barack Obama. Une majorité au Sénat donnerait une impulsion intéressante au Parti républicain en vue de l'élection présidentielle de 2016. Le Grand Old Party en aurait bien besoin, puisqu'aucun candidat ne semble de taille à affronter la démocrate Hillary Clinton, même si cette dernière, faut-il préciser, ne s'est pas encore déclarée candidate.

«C'est de la politique fiction, mais quand on demande aux Américains s'ils voteraient pour Hillary Clinton, elle bat tous les candidats républicains potentiels, lesquels sont tous des hommes, souligne Frédérick Gagnon. C'est un défi pour les républicains, qui ont traditionnellement de la difficulté à courtiser le vote des femmes.»

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