Avocate en formation

Éloïse Benoit a obtenu un stage prestigieux à la Cour fédérale dans le cadre de l'École du Barreau.

1 Mai 2015 à 15H40

Éloïse BenoitPhoto: Nathalie St-Pierre

«Si vous n'étudiez pas quand vous êtes jeunes, vous regretterez le temps perdu quand vous serez vieux», dit un proverbe cantonnais. Ce ne sera assurément pas le cas d'Éloïse Benoit. Au cours des huit dernières années, la jeune femme a complété à l'UQAM un baccalauréat en relations internationales et droit international (BRIDI), une maîtrise en droit international et elle est présentement finissante au baccalauréat en droit! Inscrite à l'École du Barreau au prochain trimestre d'automne, elle effectuera son stage final à la Cour fédérale du Canada à l'été 2016. «Après, je vise le marché du travail», lance en riant la future avocate de 28 ans.

«Un stage à la Cour fédérale est une excellente et prestigieuse occasion de formation qui met au défi la ou le stagiaire sur le plan de la recherche, du raisonnement et de la rédaction juridiques, affirme la professeure du Département de sciences juridiques Mirja Trilsch, qui a dirigé le mémoire de maîtrise de l'étudiante. Je n'ai aucun doute qu’Éloïse relèvera ses défis avec brio.»

Il s'agira de la deuxième occasion de jumelage avec un juge pour Éloïse Benoit, qui a côtoyé la juge Johanne St-Gelais, de la Cour supérieure du Québec, à raison d'une journée par semaine au cours de la dernière année. «Ce fut une expérience fantastique, motivante et inspirante pour une jeune femme comme moi, estime-t-elle. Parfois, la juge me confiait un dossier ou une requête à trancher et j'avais une semaine pour lui donner mon avis. Disons que c'est le genre d'expérience concrète qui me sortait de ma zone de confort… mais j'étais particulièrement fière lorsqu'elle intégrait certaines de mes propositions dans ses jugements!»

De précieux mentors

L'étudiante effectuera son stage à la Cour fédérale auprès du juge Michel J. Shore, pour une période d'un an. «La moitié des dossiers traités à la Cour fédérale portent sur l'immigration et les réfugiés, souligne Éloïse Benoit. Il y aura aussi des dossiers concernant la sécurité nationale, la propriété intellectuelle, le droit maritime et le droit autochtone, entre autres.»

Pure coïncidence, le juge Shore avait choisi d'être jumelé avec l'UQAM à des fins d'enseignement dès sa nomination, en 2003. Il vient chaque année effectuer une présentation légale-littéraire, au cours de laquelle il se sert d'une œuvre pour discuter de droit – Le petit prince de Saint-Exupéry, par exemple, l'amène à parler de la législation provinciale et nationale ainsi que des conventions internationales concernant la protection des enfants et celle des réfugiés. «C'est un grand érudit qui m'apportera énormément», espère l'étudiante, qui aura également la chance de côtoyer en parallèle les 49 autres clercs jumelés à d'autres magistrats de la Cour fédérale et de la Cour d'appel fédérale.

Un stage comme celui-là, ou celui avec la juge St-Gelais, s'apparente à une relation de mentorat, estime Éloïse Benoit. Il s'agit aussi d'une occasion en or pour observer la dynamique à l'œuvre dans le système judiciaire. «On a accès à tous les éléments d'un dossier, autant du côté de la défense que de la demande, fait-elle remarquer. On a une vue d'ensemble et on apprend énormément sur la façon de traiter avec les différents acteurs en cause. C'est précieux.»

Protéger les plus faibles

Sa maîtrise en droit international, effectuée de 2010 à 2013 sous la direction de la professeure Mirja Trilsch, portait sur l'accès à la justice pour les réfugiés qui sont dans des camps gérés par le Haut-Commissariat des Nations Unies. «Au tournant des années 2000, quelques scandales ont éclaté impliquant des travailleurs humanitaires, qui extorquaient des faveurs sexuelles contre de la nourriture dans certains camps de réfugiés, explique l'étudiante. On a résumé ces scandales par la phrase choc: Sex for food.»

«Dans tout ce qu’elle fait, Éloïse se démarque constamment par son excellent esprit d’analyse et de synthèse et ses habiletés exceptionnelles d’expression orale et écrite. C’était un vrai plaisir de lire son mémoire», note Mirja Trilsch.

Dès l'amorce de sa maîtrise, Éloïse Benoit a obtenu un emploi d'ajointe dans un cabinet d'avocats de Montréal. «J'ai eu l'occasion de travailler sur un dossier d'abus des forces policières et sur un dossier d'agressions sexuelles sur des mineurs commises par des prêtres, dit-elle. Cela m'a fait prendre conscience que lorsqu'il y a des personnes en position d'autorité sur des personnes vulnérables qui sont loin de chez elles, comme des réfugiés ou des enfants dans un pensionnat, il y aura presque toujours des abus. Et c'est ce qui m'a incitée à entreprendre un baccalauréat en droit.»

La magistrature l'intéresse, mais il y a loin de la coupe aux lèvres, car un avocat doit être en exercice depuis 15 ans avant de pouvoir obtenir un poste de juge. «J'ai hâte de pratiquer, conclut Éloïse Benoit. J'aime particulièrement le litige civil. J'adore préparer le dossier et élaborer une stratégie.» Que ses futurs adversaires en cour se le tiennent pour dit!

Douée pour les langues

Bien avant d'être attirée par le droit, ce sont les langues qui ont fasciné Éloïse Benoit. «Quand j'étais enfant, nous avions une gardienne anglophone à la maison et j'avais une amie indienne, qui habitait près de chez moi, se rappelle-t-elle. Elles m'ont initiée à l'anglais. Au Collège Saint-Maurice de Saint-Hyacinthe, j'ai étudié le latin et l'espagnol, en plus de côtoyer quelques élèves allemands en échange au Canada.»

Après un séjour en Espagne et au Costa Rica pour y perfectionner son espagnol, la jeune élève se met à l'allemand. «Entre mes deux années de cégep, j'ai effectué un séjour d'immersion d'un an à Tangerhütte, un petit village allemand de 3 000 habitants. J'ai appris la langue assez rapidement, et même quelques rudiments de russe, qui était la langue seconde», raconte-t-elle.

L'Allemagne la séduit au point où elle amorce une première année en communication internationale et traduction à l'Université Hildesheim, près de Hanovre, en 2006. De retour à Montréal, elle amorce le BRIDI, au cours duquel elle retourne à deux reprises en Allemagne, pour un stage de deux mois au Bundestag (le Parlement fédéral), et pour son stage final de quatre mois à l'Ambassade du Canada à Berlin. «Lorsque j'ai amorcé la maîtrise, j'ai travaillé comme assistante d'enseignement de l'allemand à l'École de langues et j'ai même pu accompagner un groupe d'étudiants de l'École d'été 2011 à Berlin», souligne-t-elle. En parallèle, elle poursuit l'apprentissage du russe et y ajoute quelques cours de polonais.

À titre d'assistante de recherche de Mirja Trilsch, Éloïse Benoit a eu l'occasion de travailler en allemand à quelques reprises. «Je n'exclus pas que cette langue puisse me servir dans ma pratique d'avocate…», laisse-t-elle tomber en riant. Ses prochains défis: le portugais et l'arabe!

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