Quels sont les périodiques essentiels?

Le Service des bibliothèques procède à une révision de ses abonnements à des revues savantes.

16 Mars 2015 à 9H02

Photo: Nathalie St-Pierre

Cette année, 89 % du budget des acquisitions au Service des bibliothèques a été consacré au paiement des ressources récurrentes – abonnements aux grands ensembles de revues savantes, aux bases de données pluridisciplinaires et spécialisées, aux quotidiens et revues imprimées, aux vidéos en streaming, à certaines collections de livres électroniques, etc. «À ce rythme, dans deux ans, la totalité de notre budget sera consacrée à nos abonnements et nous n’aurons plus un sou pour acheter des livres», affirme Marie-Jeanne Préfontaine, directrice du Service de l’acquisition et du développement des collections.

La situation s'explique notamment par l'augmentation éhontée du coût des abonnements aux grands ensembles de revues savantes – 402 % au cours des 10 dernières années! «Les éditeurs sont voraces et comme la plupart sont basés aux États-Unis, la faiblesse du dollar canadien fait également grimper nos factures», ajoute Marie-Jeanne Préfontaine.

Le Service des bibliothèques entreprend donc une vaste opération de révision de ses abonnements à des périodiques – parmi lesquels 47 061 revues payantes. Le mandat a été confié à Vincent Larivière (M.A. histoire, 2005), directeur scientifique adjoint de l'Observatoire des Sciences et des Technologies et professeur adjoint à l’École de bibliothéconomie et des sciences de l’Information de l’Université de Montréal.

Celui-ci effectuera une évaluation des périodiques essentiels à l'enseignement et à la recherche dans les facultés et écoles de l'UQAM, exercice qui comprendra, entre autres, une consultation par sondage qui sera menée, du 16 au 30 mars, auprès des enseignants – professeurs, maîtres de langue et chargés de cours – et des étudiants de deuxième et troisième cycles.

Trois sources de données

Vincent Larivière

«Nous analyserons trois sources de données en commençant par les téléchargements d’articles effectués à l'UQAM au cours des cinq dernières années, explique Vincent Larivière. Il s'agit des données les plus précieuses, car elles reflètent l'utilisation des périodiques par l'ensemble de la communauté, chercheurs et étudiants, tous cycles confondus.»

À partir de Web of Science, le jeune chercheur retracera également l'ensemble des revues citées par les chercheurs de l'UQAM dans leurs publications au cours des cinq dernières années, ce qui lui donnera un aperçu des sources internationales les plus utilisées par les chercheurs. «Ce biais international ne nuira pas aux périodiques locaux, tient-il à préciser, car il est rare que les bibliothèques se privent de ces périodiques, habituellement plus abordables. La cure vise surtout les périodiques internationaux.»

«C'est parfois stupéfiant de constater qu'une revue peut être encensée par plusieurs chercheurs sans pour autant apparaître, ou si peu, dans la liste des téléchargements.»

vincent larivière

Directeur scientifique adjoint de l'Observatoire des Sciences et des Technologies

Enfin, le sondage mesurera la perception des chercheurs de la communauté à l'égard de l'importance des revues. C'est le Service de planification académique et de recherche institutionnelle qui enverra un lien personnalisé par courriel à l'adresse UQAM de chacun des 20 000 répondants potentiels. Chaque répondant pourra identifier 10 titres de périodiques qu'il juge essentiels pour son enseignement et ses recherches, de même que 5 titres qu'il juge essentiels pour sa discipline en général. «Nous croiserons ensuite les données, poursuit Vincent Larivière. C'est parfois stupéfiant de constater qu'une revue peut être encensée par plusieurs chercheurs sans pour autant apparaître, ou si peu, dans la liste des téléchargements.»

À l'Université de Montréal, où l'exercice a été mené récemment, environ 40 % des professeurs ont répondu au sondage. «Une participation massive à la consultation nous permettra de mener un exercice démocratique, respectueux des besoins exprimés par chacun et, surtout, concluant pour la suite des choses», note Marie-Jeanne Préfontaine.

Quels périodiques conservera-t-on?

Tout ce travail générera une quantité gargantuesque de données. «Pour chacune des sources, nous retiendrons les titres qui se classent dans les 80 % les plus cités, explique Vincent Larivière. Nous prendrons également soin de regrouper les résultats selon trois grands domaines: sciences, sciences sociales et autres. Et grâce au sondage, dans lequel nous demandons aux répondants d'indiquer leur affiliation, nous nous assurerons qu'aucun département ne soit laissé pour compte.»

«Nous devrons réviser nos abonnements, et, si nécessaire, déconstruire certaines de nos grandes collections de périodiques et retourner à une sélection par titre.»

marie-jeanne préfontaine

Directrice du Service de l’acquisition et du développement des collections

Les résultats de l’opération seront connus à la fin avril 2015. «La cure d’amaigrissement s’échelonnera sur les trois prochaines années, le temps que toutes nos ententes arrivent à échéance», indique Marie-Jeanne Préfontaine. Pour maximiser son pouvoir d’achat, le Service des bibliothèques négocie plusieurs abonnements en consortium avec d’autres universités. Ces achats impliquent cependant de maintenir des abonnements à des collections de périodiques plutôt qu’à des titres précis de revues. «Nous devrons réviser nos abonnements, et, si nécessaire, déconstruire certaines de nos grandes collections de périodiques et retourner à une sélection par titre», poursuit la directrice. «Ce sera assurément la partie la plus ardue, car les grands éditeurs jouent durs, affirme Vincent Larivière. Certaines universités européennes, toutefois, ont choisi de ne pas renouveler leurs abonnements avec certains éditeurs, misant et militant plutôt pour le libre accès.»

Les vertus du libre accès

«Après l’opération d’évaluation des périodiques essentiels, le libre accès sera au cœur des solutions que nous devrons développer pour continuer à offrir une documentation de qualité», souligne justement Marie-Jeanne Préfontaine.

«On peut très bien publier dans une grande revue et mettre l'article dans un dépôt disciplinaire ou dans un dépôt institutionnel. Entre 85 et 90 % des revues permettent un tel archivage, dont celles de Elsevier, Wiley, Springer, etc.»

vincent larivière

On entend beaucoup parler du libre accès depuis quelques années, mais peu de chercheurs l'ont réellement intégré dans leurs pratiques. «En tant qu'auteurs, les chercheurs ont le droit de publier en libre accès la plupart des articles qu'ils ont soumis pour édition, c'est-à-dire leur preprint (ou prépublication). Ils peuvent, après vérification dans Sherpa Romeo, les déposer dans Archipel, le dépôt institutionnel des bibliothèques de l’UQAM. Mais seulement entre 5 et 7 % du contenu que l'on pourrait retrouver sur Archipel y est déposé», déplore Marie-Jeanne Préfontaine.

Les recherches sont pourtant sans équivoque: les chercheurs qui publient en libre accès sont plus lus et plus cités. «On peut très bien publier dans une grande revue et mettre l'article dans un dépôt disciplinaire ou dans un dépôt institutionnel, conclut Vincent Larivière. Entre 85 et 90 % des revues permettent un tel archivage, dont celles de Elsevier, Wiley, Springer, etc.»

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