Du Devoir à l'enseignement

Le journaliste Brian Myles devient professeur à l'École des médias.

22 Juin 2015 à 11H22

Le professeur et journaliste Brian Myles.

Journaliste au quotidien Le Devoir pendant 20 ans et chargé de cours à l'UQAM depuis 2000, Brian Myles vient d'accepter un poste de professeur régulier à l'École des médias. «La décision de quitter Le Devoir après toutes ces années a été difficile à prendre, confie-t-il. Je laisse derrière moi des collègues extraordinaires et un journal unique. On est journaliste au Devoir parce qu'on croit au type d'information que l'on y fait, parce qu'on croit à un journal qui fait avancer le débat d'idées.»

Au Devoir, Brian Myles s'intéressait plus spécifiquement aux affaires policières, municipales et judiciaires. Après avoir couvert les travaux des deux plus grosses commissions d'enquête des dernières années, les commissions Gomery et Charbonneau, il éprouvait le sentiment d'avoir bouclé la boucle et avait soif de nouveaux défis. «Mais je n'ai pas abandonné mon chapeau de journaliste pour autant, puisque je continuerai de collaborer au magazine L'Actualité et au Réseau de l'information (RDI).»

Celui qui était chargé de cours jusqu'à tout récemment dit avoir toujours eu un intérêt pour l'enseignement. «À la fin d'une session, je disais à mes étudiants que la personne ayant le plus appris dans le cours, c'était moi ! Parce qu'enseigner m'oblige à questionner la façon dont j'accomplis mon travail de journaliste. Pour amener les étudiants à comprendre ce métier, il faut d'abord se l'expliquer à soi-même.»

Pratique et réflexion

Le nouveau professeur est doublement diplômé de l'UQAM, ayant obtenu un baccalauréat en communication (profil journalisme), en 1994, et une maîtrise en communication, en 2009. «J'ai commencé à travailler à temps plein au Devoir à la fin de mes études de premier cycle. À l'époque, le bac en communication comportait quatre profils, dont celui de journalisme. Ce fut une bonne école. Concilier les cours pratiques et la réflexion sur le journalisme a toujours été une caractéristique de ce programme.»

À son arrivée au Devoir, Brian Myles est l'un des plus jeunes journalistes de l'équipe. Quitter les bancs d'école pour entrer au Devoir, cela pouvait être impressionnant. «Impressionnant oui, mais pas intimidant, observe-t-il. Mes collègues ne me prenaient pas de haut, et puis on m'a plongé dans le bain rapidement. Comme les ressources au journal étaient limitées, un nouveau pouvait voir son article faire la manchette au bout d'une semaine ou deux.»

Parallèlement à ses tâches de journaliste et de chargé de cours, Brian Myles entreprend un mémoire de maîtrise sur les représentations sociales des Noirs dans les médias de masse québécois. «J'ai fait des entretiens semi-dirigés avec des journalistes qui couvraient les questions reliées à la communauté noire. Que sait-on sur eux? Quel type de discours les journalistes construisent-ils sur cette minorité? Quelle place occupent les stéréotypes et les préjugés ?  Ces questions étaient au centre de ma recherche.»

À la tête de la FPJQ

Peu après sa maîtrise, le journaliste est élu président de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ), poste qu'il occupe de 2009 à 2013. Selon lui, aucun défi n'a été plus intéressant et stimulant que celui-là. «À mon arrivée, j'ai dit à mes collègues que c'était un honneur et un privilège de les représenter, mais aussi une grande source d'angoisse. Rien n'est plus critique et incisif qu'une bande de journalistes. À titre de président, j'ai appris à développer des talents que je n'imaginais pas posséder: gérer des ressources et des finances, concevoir des stratégies, faire du lobbying, rédiger des mémoires, etc.»

Au cours de son mandat, Brian Myles est confronté à des dossiers complexes, comme la fin du lockout au Journal de Montréal, la menace de fermeture à La Presse et la réorganisation du travail à Radio-Canada. «Aux États-Unis, des journaux fermaient les uns après autres. Au Québec, TQS abandonnait l'information régionale», rappelle le journaliste. Les médias traversaient alors une période de crise qui, d'ailleurs, perdure.

En 2009, la Fédération constitue un dossier noir sur le monde municipal et sur ses relations avec le milieu journalistique, dans lequel elle dénonce les atteintes à la liberté de presse et même les menaces physiques subies par des journalistes en région. «L'obscurantisme dans le monde municipal est demeuré intact parce qu'aucun gouvernement n'a voulu appliquer les recommandations de la FPJQ, comme faire en sorte que les documents publics soient publics et que les débats aux assemblées du conseil municipal dans certaines villes soient enregistrés et filmés sans aucune entrave», note Brian Myles.

La journaliste Dominique Payette publie, en 2011, son rapport sur le journalisme et l'avenir de l'information au Québec, lequel sera tabletté. La création d'un titre professionnel protégé pour les journalistes fait partie des 51 recommandations du rapport. «Au début, j'étais en faveur, mais plus maintenant. Le risque serait une ingérence de l'État dans les affaires de la presse», dit le professeur, qui continue de défendre le principe de l'autorégulation, soit la possibilité pour les journalistes de déterminer eux-mêmes les conditions d'entrée dans le métier ainsi que ses conditions d'exercice. «Les journalistes se sont battus pour que ce pouvoir précieux reste entre leurs mains. Dans les pays où les journalistes n'ont pas ce luxe, on se retrouve avec une presse qui n'est plus libre ou avec une ingérence accrue de l'État.»

La révolution Internet

L'essor d'internet est sûrement la transformation la plus importante parmi toutes celles qui ont affecté le monde journalistique ces 20 dernières années. «La révolution numérique reconfigure les relations interpersonnelles, les modes de divertissement, le rapport au savoir et, bien sûr, les modes d'information et le métier de journaliste», souligne Brian Myles. Alors que les effectifs diminuent, les journalistes subissent une pression énorme pour produire rapidement la nouvelle et alimenter les multiples plateformes. En outre, le modèle traditionnel, selon lequel des annonceurs achètent des espaces publicitaires ou du temps d'antenne en fonction du tirage ou des cotes d'écoute, est mis à mal dans une culture de gratuité exacerbée, poursuit le journaliste. «Le Devoir, par exemple, a perdu 25 % de ses revenus publicitaires au cours des quatre dernières années, et ce, malgré un lectorat stable. Bref, les médias peinent à trouver de nouveaux modèles d'affaires leur permettant de faire du journalisme de qualité.»

Cela dit, les règles de base de la pratique journalistique, elles, n'ont pas changé fondamentalement. «Il faut toujours trouver du neuf et de l'inédit, produire une information vérifiée et équilibrée, alimenter le débat public, se tenir à l'abri des conflits d'intérêts et maintenir une ligne de démarcation entre l'information et la publicité.»  

Une autre façon d'apprendre

Les étudiants en journalisme aujourd'hui sont-ils très différents de ceux d'il y a 20 ans? L'angoisse de trouver un emploi après ses études demeure, mais la façon de consommer de l'information a beaucoup changé. «On doit dire aux étudiants de lire les journaux, que cela ne suffit pas d'avoir un réseau d'amis sur Facebook ou Twitter, observe Brian Myles. Leur façon d'apprendre n'est pas la même, non plus. Quand j'étais étudiant, on écoutait, on prenait des notes et, de temps à autre, on posait une question. Aujourd'hui, ils apprennent beaucoup plus à travers les interactions et les échanges.»

L'automne prochain, le professeur donnera un cours de méthodologie et l'atelier de presse quotidienne, qui essaie de reproduire les contraintes et les conditions de travail qui prévalent dans une vraie salle de rédaction. «Je passe d'un monde, celui du journalisme, où la production était intense, à un autre, le monde universitaire, où prédominent la réflexion et la recherche. Je suis en poste depuis deux semaines, mais j'ai quand même deux ou trois pistes pour des projets de recherche», dit Brian Myles avec un sourire en coin.

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COMMENTAIRES 1 COMMENTAIRE

Commentaires

Félicitations doublement à M. Myles d'une part de réussir à passer de chargé de cours à professeur , ce qui en soi est un exploit, d'autre part pour se dévouer maintenant à former dans les règles de l'art et de la déontologie professionnelle ses successeurs (espérons-le) au Devoir.