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Cabane à sucre scientifique

Une quarantaine de personnes ont participé à l’excursion en compagnie du professeur spécialiste de la foresterie Christian Messier.

Par Pierre-Etienne Caza

30 mars 2015 à 13 h 03

Mis à jour le 30 mars 2015 à 16 h 03

Photo: Stéphan Chaix

Une quarantaine de personnes ont participé, le 28 mars dernier, à une cabane à sucre scientifique, un événement original organisé par le Cœur des sciences à la cabane L’Hermine, située à Havelock, près de la frontière canado-américaine. «Ce fut une belle journée froide, mais ensoleillée», affirme le professeur Christian Messier, du Département des sciences biologiques.

Les participants ont d’abord eu droit à une visite guidée de l’évaporateur en compagnie de François Benny, responsable de la production à la cabane à sucre. Ils ont appris qu’il faut 40 litres d’eau d’érable pour produire un litre de sirop. «Depuis une dizaine d’années, les équipements se sont raffinés et permettent aux producteurs de gagner un temps précieux, souligne Christian Messier. L’acériculture est devenue une véritable science!»

Le professeur Messier, qui est également directeur scientifique de l’Institut des sciences de la forêt tempérée (ISFORT) à l’Université du Québec en Outaouais, a ensuite animé la visite guidée de l’érablière. Qu’est-ce qu’une érablière? Comment fonctionne cet écosystème? Pourquoi y faut-il une diversité d’essences? Les questions des participants étaient nombreuses.

«Dans une forêt naturelle, il est rare de compter plus de 50 % d’érables à sucre, explique le professeur. Les érablières composées à 90 % d’érables à sucre ont été créées par l’homme pour maximiser la production de sirop d’érable. Ces modifications de la biodiversité ont un impact sur la capacité des arbres de résister aux maladies et aux changements climatiques. Heureusement, les propriétaires de la cabane à sucre que nous avons visitée en sont conscients et ils souhaitent augmenter la proportion d’espèces différentes à 20 ou 30 %.»

Nos érables à sucre sont-ils menacés? «On a beaucoup parlé de dépérissement des érablières à cause des pluies acides dans les années 1990, poursuit Christian Messier. On sait aujourd’hui que d’autres facteurs ont contribué à ce dépérissement, notamment des périodes de froid intense sans neige, ce qui créait de la mortalité au niveau des racines. Heureusement, la situation s’est améliorée et on ne parle plus de dépérissement de nos jours. »

Cela dit, les changements climatiques affecteront la capacité des érables à produire de la sève dans le sud de la province, note le chercheur. «Pour entailler et récolter de la sève, il faut que les nuits soient sous le point de congélation et les journées au-dessus. Or, avec le réchauffement climatique, il est fort probable que d’ici 100 ans, il n’y aura plus de coulée de sève dans la région de Montréal. Les producteurs devront se déplacer dans la région de Mont-Laurier ou au nord de Québec.»

Après la visite, les participants se sont bien sûr sucré le bec. Au menu: soupe aux pois, pommes de terre, fèves au lard, bacon et jambon fumé, “oreilles de crisse”, omelette, oeufs dans le sirop, tartes au sirop d’érable et crêpes. «Nous avons très bien mangé», confirme en riant Christian Messier, qui dit adorer participer à ce type d’activité de vulgarisation scientifique pour le grand public.