Vidéocréatif

Christian Langlois est celui qu'on appelle pour les exercices de haute voltige qui mêlent animation 3D, tournage d'effets spéciaux et images ultra léchées.

13 Novembre 2015 à 9H32

Série Tête-à-tête
Rencontre avec des diplômés inspirants, des leaders dans leur domaine, des innovateurs, des passionnés qui veulent rendre le monde meilleur.​

Photo: Nathalie St-Pierre

Dans une autre vie, il a été artiste vidéaste. Aujourd'hui, il fait carrière comme réalisateur entre le monde de la pub et celui du branding télévisuel, travaillant pour l'agence Les Enfants à Montréal et pour sa propre boîte, Mémoire liquide, à l'international. Christian Langlois (B.A. communication, 86) est celui qu'on appelle pour les exercices de haute voltige qui mêlent animation 3D, tournage d'effets spéciaux et images ultra léchées. Parmi ses succès les plus primés, une vidéo destinée à une campagne virale conçue pour la compagnie de tampons OB, qui a été vue 47 millions de fois à travers le monde!

La vidéo interactive, qui  parodie un chanteur de charme pour midinettes, multiplie les effets spéciaux aussi kitchs que spectaculaires, intégrant aux paroles et aux images le prénom que chaque cliente a préalablement été invitée à fournir, créant ainsi l'illusion que la chanson a été écrite pour elle. «Quand j'ai montré le clip à une fille du bureau, elle m'a dit que je tenais une bombe», raconte son créateur, qui confie avoir été un peu gêné de signer cette production –  «Comme esthétique, c'est assez loin de moi», précise-t-il en souriant – qui a remporté 23 prix, dont l'or aux Clio, la compétition internationale dans le domaine de la publicité,  et un Lion de bronze à Cannes.

Sur un tout autre mode, c'est le générique d'ouverture qu'il a tourné pour Nouvelle Adresse, la série vedette d'ICI Radio-Canada, qui lui vaut cette année les honneurs. Les images poétiques réalisées pour évoquer le drame d'une mère de famille atteinte d'un cancer figuraient parmi les 10 plus beaux génériques à l'échelle mondiale en 2014, selon Brief, le magazine de PROMAX BDA. Ce regroupement de spécialistes du branding télévisuel, qui se réunit chaque année à Los Angeles, avait déjà récompensé le réalisateur, lors de son édition de 2013, pour des vidéos promotionnelles conçues pour la chaîne de télévision Mongol TV.

Ce contrat asiatique a été, confie Christian Langlois, «un des moments forts» de sa carrière. «Je venais d'enchaîner une pub de papier hygiénique, une autre de litière pour chat et la vidéo de OB, se rappelle-t-il en riant. Disons que ça me sortait de moi-même.» Le réalisateur a tout lu sur la Mongolie avant de se rendre sur place, où il  tourné, parfois par des températures de moins 50 degrés, plusieurs génériques d'ouverture destinés à l'habillage visuel de Mongol TV.

Le mandat comportait un aspect de transfert de connaissances et l'équipe de tournage comptait des techniciens du Québec et de la Mongolie, précise Christian Langlois. «Nous devions amener les techniciens de là-bas à un plus haut niveau de compétence. Quand nous sommes repartis, ils ont repris les rênes de la chaîne de façon magistrale.»

«Un générique d'ouverture pour une série, c'est comme le fronton d'une maison. Cela donne une couleur, une ambiance, une idée de ce qui se trouve à l'intérieur. C'est un travail de retenue qui consiste à montrer sans trop révéler ce qui attend le téléspectateur. »

Christian Langlois a d'abord fait sa marque à MusiquePlus au début des années 90. C'est son travail expérimental comme artiste vidéaste, ses images très plastiques et ses installations multi-écrans qui l'ont alors fait remarquer. «Je sortais de l'UQAM, où j'avais eu la chance, avec d'autres comme Alain Mongeau (Ph.D. communication, 94), aujourd'hui à Mutek, ou l'artiste Miguel Raymond (B.A. communication, 94), de toucher à toutes les technologies émergentes à l'époque, que ce soit les premières caméras légères ou les petites consoles numériques, raconte le réalisateur. Nous avions manipulé ces outils et, en plus, nous avions développé une réflexion sur les changements qu'ils pouvaient apporter.»

MusiquePlus, une chaîne axée sur l'image, lui permet d'expérimenter et de développer son esthétique. Un jour, il reçoit un appel d'un producteur pour travailler sur une vidéo d'exercice de Claudia Schiffer! Grâce à ce contrat réalisé entre Prague et Los Angeles, sa carrière en pub est lancée. Mais il continue à faire de l'habillage visuel pour différentes chaînes de télé, entre autres des génériques d'ouverture.

«Un générique d'ouverture pour une série, c'est comme le fronton d'une maison, explique le réalisateur. Cela donne une couleur, une ambiance, une idée de ce qui se trouve à l'intérieur. C'est un travail de retenue qui consiste à montrer sans trop révéler ce qui attend le téléspectateur. C'est très créatif.»

La pub permet aussi, parfois, de concevoir de petits bijoux. Dans la grande salle de conférence de l'agence Les enfants, au beau milieu du quartier artistique du Mile-End, Christian Langlois me montre sur son ordinateur portable les coulisses du tournage d'une récente série de messages pour Santé Canada. «J'ai la chance de travailler avec des outils qui coûtent une fortune et d'embaucher les meilleurs artisans», dit-il. Les images montrent une caméra manipulée par un robot qui réalise des travellings parfaits, une structure imitant le cerveau humain fabriquée par un souffleur de verre, toutes sortes de «patenteux» spécialistes de la couleur, des liquides, de la fumée qui s'agitent dans le studio. Christian Langlois coordonne le tout tel un chef d'orchestre. «C'est généralement le publicitaire qui trouve l'idée, dit le réalisateur. Moi, mon travail, c'est de la mettre en images.» Et quelles images!

Source:
INTER, magazine de l'Université du Québec à Montréal, Vol. 13, no 2, automne 2015.

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