Faire rimer science et culture

Dix ans après sa création, le Cœur des sciences s'avère un véritable success story.

13 Octobre 2015 à 16H43

Le Coeur des sciences de l'UQAM, lieu de diffusion de la science et de la culture, fête cet automne son dixième anniversaire, Photo du site du Coeur des sciences.
Photo :Émilie Tournevache

Elles ne sont que quatre et elles organisent, chaque année, une centaine d'activités auxquelles participent des milliers de personnes. La petite équipe du Cœur des sciences de l'UQAM fête cet automne le dixième anniversaire de ce centre de diffusion de la science et de la culture qui n'a pas d'équivalent dans d'autres universités au Québec.

«Nous sommes partis de rien, ou presque», souligne la directrice du Cœur des sciences, Sophie Malavoy. Il y avait d'abord la volonté de profiter de la présence, sur le site du Complexe des sciences, des bâtiments de l'ancienne École technique de Montréal, soit la vieille forge et la chaufferie. «Certaines personnes parlaient de créer une médiathèque, d'autres avançaient l'idée d'un restaurant pour les professeurs, d'autres encore parlaient d'une salle d'exposition, rappelle Sophie Malavoy. Moi, je voulais que l'on mette sur pied, à partir des infrastructures existantes, un centre de diffusion à la fois scientifique et culturel pour l'ensemble des facultés de l'UQAM.»

L'Université a alors demandé à celle qui réalisait l'émission de vulgarisation scientifique Découverte, diffusée à la télévision de Radio-Canada, de définir la mission du futur Cœur des sciences, laquelle n'a pas changé depuis 10 ans: contribuer au développement de la culture scientifique du grand public et à sa promotion comme partie intégrante de la culture. Comment ? En proposant des activités variées de vulgarisation scientifique: conférences, débats, spectacles, projections de films, excursions scientifiques et balades urbaines, ateliers et expositions.

«Il a toujours été question d'inscrire la science dans la culture, car la science prend tout son sens quand elle est mise en rapport avec d'autres types de connaissances», souligne Sophie Malavoy. La première caractéristique du Cœur des sciences, c'est son interdisciplinarité. «On organise un débat sur le végétarisme ? On invite un spécialiste en nutrition, un autre en environnement et un anthropologue. On tient une conférence sur le jeu ? Encore là, on fait venir un psychologue, un sociologue et un biologiste. Il s'agit de mélanger les genres, de réunir, par exemple, un philosophe et un sociologue pour parler d'un sujet scientifique, ou des spécialistes des sciences dures pour traiter d'un sujet littéraire ou de sciences humaines.»

Née au Québec de parents français, Sophie Malavoy a plus de 30 ans d'expérience dans les domaines de la vulgarisation et de la communication scientifiques. Elle a notamment été rédactrice en chef de la revue de l'ACFAS, Interface (aujourd'hui Découvrir), et a occupé le poste de réalisatrice de l'émission Zone Science (Télé-Québec), puis de Découverte. En janvier dernier, elle a été élevée au rang de Chevalier de l'Ordre national de la Légion d'honneur par le ministère des Affaires étrangères et du Développement international de la France.

Les bons coups du Cœur des sciences

Au fil des ans, le volet grand public dans la programmation du Cœur des sciences s'est  élargi avec le développement des balades urbaines ─ des circuits en ville d'une durée de deux heures où l'on découvre, par exemple, les zones d'agriculture urbaine, les aspects géologiques du patrimoine architectural montréalais ou les îlots de chaleur ─ offertes par des professeurs et des étudiants de l'UQAM. Certaines balades ont fait un tabac, comme celle sur les pigeons urbains qui permettait d'observer le comportement de ces oiseaux mal-aimés en compagnie du spécialiste du comportement animal Luc-Alain Giraldeau, professeur au Département des sciences biologiques et aujourd'hui doyen de la Faculté des sciences.

«Avec les balades, nous avons conquis de nouveaux publics, dit la directrice du Cœur des sciences. Leur côté ludique attire des gens qui sont intéressés par la science mais qui ne viendront pas nécessairement s'asseoir dans un amphithéâtre pour écouter une conférence ou pour assister à un débat. De plus, les balades, qui sont souvent animées par des étudiants de cycles supérieurs, permettent à ces derniers d'apprendre à communiquer avec le grand public.»  

Le volet scolaire occupe aussi une part importante des activités. Pendant quatre ans, le Cœur des sciences a organisé la série de conférences Les explorateurs scientifiques, destinées aux élèves du deuxième cycle du secondaire, qui fut couronnée de succès. «Ces conférences visaient à faire découvrir les aventures vécues par des chercheurs sur le terrain, rappelle Sophie Malavoy. Aujourd'hui, nous amenons les jeunes à faire eux-mêmes des expériences scientifiques.»

Parmi les autres succès du Cœur des sciences, on compte les soirées gastronomiques tenues dans le cadre de Montréal en lumière, la soirée La science à l'opéra, organisée en partenariat avec l'Opéra de Montréal, ou encore l'événement Science et danse, en collaboration avec la compagnie O Vertigo de la chorégraphe Ginette Laurin. La directrice se souvient, notamment, de la soirée Science et contes, qui réunissait trois scientifiques et des conteurs professionnels. Les chercheurs avaient expliqué, à la manière d'un conteur, leurs travaux de recherche. «Ce type d'activités comporte toujours une part de risques, car on demande à des scientifiques de sortir de leur zone de confort, observe la directrice. Mais la plupart du temps, la magie opère !»

Si le Cœur des sciences est devenu une référence, s'il a réussi à créer un public de fidèles, c'est beaucoup grâce aux partenariats qu'il a établis avec divers organismes. «Nous sommes situés à proximité du Quartier des spectacles et nous avons développé des collaborations avec ses promoteurs pour intégrer dans les grands événements culturels des activités reliées à la science.»

Valoriser la démarche scientifique

Sophie Malavoy se désole du peu de place accordée à la culture scientifique. Les chercheurs et les communicateurs scientifiques sont moins connus que les artistes, les politiciens et les intellectuels, constate-t-elle. «Ces phénomènes ne sont pas propres au Québec. Bien des gens perçoivent encore la culture scientifique comme quelque chose de scolaire et aride.» Selon elle, nous avons une vision trop étroite de la science, axée sur les résultats et les découvertes – nouveau vaccin, nouveau médicament, nouveau gène – que rapportent ponctuellement les médias. «On oublie de parler de la démarche intellectuelle qui sous-tend l'activité scientifique, dit-elle. Il est fascinant de comprendre comment s'élabore une question de recherche, comment on valide des résultats, lesquels sont souvent considérés, à tort, comme des vérités absolues. Le processus de création existe aussi en sciences, pas seulement en arts et en littérature.»

La directrice du Cœur des sciences déplore, par ailleurs, les coupes gouvernementales effectuées dans le domaine de la culture scientifique. «Certains politiciens ont tendance à réduire la culture scientifique aux technologies et à la promotion des carrières scientifiques auprès des jeunes. Il faut le faire, évidemment, mais on ne doit pas laisser tomber le grand public.»

Dix ans après sa création, le Cœur des sciences est devenu un lieu de diffusion de tous les savoirs, qui contribue au rayonnement de l'UQAM et de ses facultés, souligne avec fierté Sophie Malavoy. «L'offre culturelle à Montréal est particulièrement abondante. Pour se démarquer, le Cœur des sciences devait faire preuve d'originalité, d'imagination et de créativité. Nous avons prouvé que notre approche fonctionnait. La preuve est que nos partenaires font appel à nous pour organiser des événements.»

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