Médias et démocratie

Les rapports entre pluralisme, médias et démocratie seront au centre des discussions au colloque annuel du Département de science politique.

8 Juin 2015 à 9H13

Photo: Istock

On dit souvent que les médias jouent un rôle fondamental en démocratie libérale, notamment parce qu'ils alimentent la discussion publique et aident les citoyens à se forger une opinion éclairée sur de multiples enjeux sociaux, économiques et politiques. Ces questions, et bien d'autres, seront à l'ordre du jour du colloque annuel du Département de science politique, «Pluralisme, médias et démocratie», qui se déroulera à la Salle des boiseries les 9 et 10 juin. 

«La tenue du colloque coïncide avec le dixième anniversaire du programme de baccalauréat en communication, politique et société de la Faculté de science politique et de droit», note Julian Durazo Herrmann, directeur du Département de science politique et co-organisateur du colloque avec sa collègue Isabelle Gusse. «Quant au thème, il correspond à un axe de recherche que notre département entend développer»,  dit le professeur.

Le colloque débutera le 9 juin en soirée par la table ronde «Médias et liberté de presse», avec Carole Beaulieu, rédactrice en chef et éditrice de L'Actualité, Michel Garneau, caricaturiste au quotidien  Le Devoir, Lise Millette, présidente de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec, et Francine Pelletier, journaliste indépendante. «Ce sera l'occasion de stimuler le dialogue entre le monde académique et celui des professionnels de l'information», souligne Julian Durazo Herrmann.

Plusieurs autres sujets seront abordés lors de cet événement: l'économie politique et la concentration des médias; les relations des propriétaires des entreprises de communication avec les acteurs politiques; la représentation des événements et de divers groupes sociaux dans la presse écrite et électronique; l'instrumentalisation des médias par des acteurs politiques et économiques.

Façonner les représentations sociales

Les participants se demanderont dans quelle mesure les contenus médiatiques sont le fruit de co-constructions conflictuelles. «Le processus de production des articles et des reportages est souvent le résultat de rapports de force entre différents acteurs dans la société, soutient le professeur. Les propriétaires des médias et les patrons de presse, qui décident de la ligne éditoriale, les journalistes, les spécialistes de la communication et des relations publiques, les politiciens et autres acteurs sociaux tentent, chacun à leur manière, de façonner les représentations sociales des événements et des phénomènes de l'actualité.»

Julian Durazo Herrmann croit, par ailleurs, que les grands conglomérats médiatiques représentent, encore aujourd'hui, la principale menace pour la liberté de presse. «Les véhicules d'information appartenant à ces empires défendent la même orientation éditoriale et proposent la même couverture des événements, ce qui réduit le pluralisme des point de vue et du traitement de l'information, dit-il. Nous voulons questionner la contradiction entre la dimension publique de la communication et la dimension privée de la plupart des entreprises médiatiques.»

Quel accès aux médias ?

Un panel se penchera sur l'égalité d'accès aux médias, sur la place que les femmes, les jeunes et d'autres groupes sociaux et culturels y occupent ainsi que sur leur capacité à faire entendre leur voix dans un univers médiatique de plus en plus éclaté.

L'arrivée des médias sociaux, par exemple, a contribué à transformer les rapports entre pluralisme et démocratie. «La multiplication  des blogues et des sites Internet fait en sorte que certains enjeux sociaux et politiques acquièrent du jour au lendemain une visibilité inouïe, observe le chercheur. Cela permet de produire beaucoup de contenus d'information, mais plusieurs d'entre eux ont souvent un caractère superficiel. On peut aussi se demander qui contrôle ces nouveaux moyens d'expression.»

Présence brésilienne

Le colloque accueillera plusieurs conférenciers et étudiants brésiliens. «Cela découle d'une entente conclue récemment entre la Faculté de science politique et de droit, le Service des relations internationales de l'UQAM et la Faculté de communication de l'Université de Brasilia, explique Julian Durazo Herrmann. L'entente vise à favoriser la mobilité des professeurs et des étudiants ainsi que des projets de recherche conjoints.»

L'un des fruits de cette collaboration entre les deux universités est la parution récente au Brésil de l'ouvrage intitulé Nouveaux questionnements sur les médias et la politique, publié sous la direction des professeurs Durazo Herrmann et Fabio Henrique Pereira. «On peut établir plusieurs parallèles entre les deux sociétés, dont la présence de grands conglomérats médiatiques, comme Quebecor au Québec et le groupe Globo au Brésil, lesquels exercent une influence notable dans l'espace public», remarque le professeur.

Fabio Henrique Pereira, de l'Université de Brasilia, présentera une communication sur les interventions des intellectuels dans la presse, en comparant le Québec et le Brésil. «Selon lui, le modèle français dans lequel l'intellectuel inspire les débats et marque l'opinion publique par ses réflexions est en crise, tant en France qu'au Québec et au Brésil, souligne  Julian Durazo Herrmann. Le chercheur brésilien soulèvera la question de l'importance de la participation des intellectuels à la définition des enjeux publics.»

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