L'éducation, un enjeu de société

La Faculté des sciences de l'éducation constitue un lieu de mobilisation et de partage du savoir axé vers la meilleure éducation possible.

16 Juin 2015 à 12H00

Série Du côté des facultés
Les doyennes et doyens parlent des réalisations et des axes de développement des sept facultés et école de l'UQAM.

«L'éducation représente un enjeu fondamental pour le développement de l'individu et de la société», souligne d'entrée de jeu la doyenne de la Faculté des sciences de l'éducation, Monique Brodeur. «Plus les gens sont éduqués et scolarisés, plus ils sont en santé et mieux ils peuvent participer au développement social et économique de la société.»

Si le rapport Parent a permis, depuis les années 1960, de réaliser l'objectif de l'accès à l'éducation pour tous, il faut aujourd'hui travailler dans le sens de la meilleure éducation possible, à tous les âges de la vie, affirme la doyenne. Permettre aux jeunes d'aller à l'école ne suffit plus. «Il faut que tous puissent acquérir des compétences de base, que tous puissent réussir dans une perspective de respect des personnes et de la diversité humaine ainsi que d'égalité des chances.»

Pour atteindre ces objectifs, Monique Brodeur, qui en est à son deuxième mandat au décanat, croit profondément en l'importance de la recherche. «Parce que tout le monde est allé à l'école, tout le monde a l'impression de connaître l'éducation», dit-elle. Ainsi, on reconnaît mal, dans la population, l'importance de la recherche universitaire en éducation et le besoin que des personnes poursuivent des études au niveau de la maîtrise et du doctorat. «Pourtant, cela est nécessaire et passionnant », affirme la doyenne avec conviction.

« Les sciences de l'éducation au Québec sont jeunes. La culture de recherche dans ce domaine l’est également. »

Monique Brodeur,

Doyenne de la Faculté des sciences de l'éducation

La majorité des étudiants en sciences de l'éducation qui arrivent au terme de leur baccalauréat trouvent du travail. Faire en sorte que certains poursuivent leur parcours aux études supérieures constitue  l'un des défis de la Faculté. «Les sciences de l'éducation au Québec sont jeunes, observe la doyenne. La culture de recherche dans ce domaine l’est également.»

Recherche et partenariats

Depuis les années 2000, on a assisté à une importante structuration de la recherche à la Faculté, mentionne Monique Brodeur, qui énumère les nombreuses unités où se regroupent dorénavant les chercheurs: chaires de recherche, centres reconnus institutionnellement, observatoires, groupes, laboratoires et équipes. «Ces structures constituent une force, dit-elle. On le voit dans la production de la recherche, mais aussi dans l'intégration des étudiants diplômés et même des étudiants de premier cycle qui agissent comme assistants de recherche. Cela crée des espaces extraordinaires pour l'établissement de partenariats avec des acteurs du milieu éducatif, que ce soit les commissions scolaires, les groupes communautaires ou le milieu gouvernemental, dont les travaux viennent enrichir la formation aux trois cycles et les services à la collectivité.»

La recherche en éducation se développe grâce à ce maillage avec la communauté, insiste la doyenne. «Ces liens ont toujours existé à travers les stages en milieu de pratique, rappelle-t-elle, mais il est heureux qu'ils se concrétisent maintenant dans des projets de recherche et de partage des connaissances. Souvent, des enjeux sur le terrain aident à définir les problématiques de recherche, et les travaux de recherche, en retour, nourrissent les pratiques de terrain. Mettre ensemble tous ces acteurs permet un enrichissement mutuel très fécond.»

Cette dynamisation de la recherche en sciences de l'éducation met en relief un autre défi de la Faculté: «On a besoin des acteurs du milieu philanthropique pour soutenir ces efforts, dit Monique Brodeur. En éducation – on le voit dans les chiffres de la Fondation –, il est souvent plus difficile d'obtenir du financement. Pourtant, nous avons besoin d'un fort appui pour faire avancer l'éducation.»

C'est le cas, notamment, dans le domaine de l'intégration des technologies numériques, l'une des forces de la Faculté. «Nous avons développé cette force et nous souhaitons continuer dans cette voie.» La doyenne tient à souligner la contribution, à cet égard, de la professeure Denise Véronneau, aujourd'hui décédée, qui a été une pionnière dans le domaine des technologies et dont la sœur, Suzanne Véronneau-Troutman, est l'une des grandes donatrices de l'UQAM et de la Faculté.

Sur le plan de l'engagement social, Monique Brodeur est fière de deux ressources développées à la Faculté, la Clinique carrière et le Centre de services orthopédagogiques. «Il s'agit de deux structures qui offrent des services à la communauté en lien avec les deux maîtrises professionnelles éponymes.»

Principes directeurs

Dans son Plan de développement stratégique 2014-2019, la Faculté des sciences de l'éducation énonce quatre principes directeurs. Le premier concerne la production, la mobilisation et le partage des savoirs. Le deuxième souligne la prise en compte de la diversité humaine. «C'est important pour nous, du fait que la Faculté forme des intervenants en éducation de la naissance jusqu'à l'âge adulte, précise la doyenne, mais aussi parce que nous accordons une attention particulière aux personnes ayant des difficultés d'apprentissage ou d'adaptation.» Monique Brodeur insiste d'ailleurs sur le positionnement de la Faculté, au sein de l'UQAM, dans l'accueil et le soutien des étudiants ayant des besoins éducatifs particuliers.

La promotion de la langue française constitue un troisième principe directeur, ce qui va de soi, selon la doyenne, considérant que la Faculté, qui accueille plus de 6000 étudiants annuellement, est l'une des plus importantes vouées à l'éducation en langue française en Amérique. Le quatrième principe directeur a trait à l'internationalisation. «Pour nous, cette dimension est présente depuis toujours, mais nous voulons structurer nos efforts d'une façon encore plus vigoureuse», affirme Monique Brodeur.

Diversité des approches

La doyenne insiste par ailleurs sur le respect des différentes postures épistémologiques. «Il faut une ouverture à la diversité en vue d'accroître la réussite éducative et l'équité», dit-elle, tout en mentionnant la reconnaissance accordée par la Faculté aux recherches subventionnées et non subventionnées. «On a besoin de travaux rigoureux, peu importe la posture épistémologique dans laquelle ils s’inscrivent, peu importe qu'ils soient subventionnés ou non, pour contribuer à la meilleure éducation possible de façon évolutive.»

« On a besoin de travaux rigoureux, peu importe la posture épistémologique dans laquelle ils s’inscrivent, peu importe qu'ils soient subventionnés ou non, pour contribuer à la meilleure éducation possible de façon évolutive. »

La Faculté des sciences de l'éducation ne doit pas se contenter de suivre ce qui se passe, affirme la doyenne. «Elle doit mener des travaux précurseurs, favorisant l'évolution en vue d'un mieux-être individuel et collectif.» Pour cela, elle souligne l'importance des travaux interdisciplinaires, qui permettent d'aborder des enjeux reliés à des domaines aussi différents que l'enseignement des sciences, l’éducation relative à la sexualité ou à l'environnement. «Nous avons des projets avec presque toutes les facultés», dit-elle.

Valorisation de l'éducation

La valorisation de l'éducation à l'UQAM et dans la société québécoise constitue un autre défi majeur pour la Faculté, soutient Monique Brodeur. «Faire des compressions importantes dans le système éducatif – que ce soit au niveau des garderies, des commissions scolaires, des cégeps ou des universités – quand on sait que l'éducation contribue à l'enrichissement des individus et de la société, c'est problématique.»

La doyenne croit par ailleurs qu'il faudrait investir les fonds consacrés à l'éducation de façon plus stratégique. Pour cela, elle propose la création d'un Institut national d'excellence en éducation. «Il faut mieux fédérer les efforts de recherche en éducation, revoir ce qu'on fait et comment on le fait, pour poser des actions qui soient davantage porteuses, dit-elle. Si on crée un tel institut, ce sera à l'avantage de l'ensemble de la société.»

Monique Brodeur se réjouit que le pavillon facultaire porte depuis 2009 le nom de Paul-Gérin-Lajoie, du nom de cet artisan de la Révolution tranquille qui fut le premier titulaire du ministère de l'Éducation du Québec, lors de sa création en 1964. «Paul-Gérin-Lajoie, c'est beaucoup plus mobilisateur que pavillon N, dit la doyenne avec un grand sourire. Et c'est un rappel de notre responsabilité à poursuivre, avec courage et persévérance, la consolidation et le développement de notre système éducatif.»

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