L'ergonomie en bateau

Une étudiante de la maîtrise en ergonomie fait un stage sur un navire commercial.

24 Novembre 2015 à 16H06

Geneviève Dubois à bord d'un navire du Groupe CSL. On aperçoit les nombreuses pinces qui retiennent les couvercles sur les écoutilles.

À la fin du mois de septembre dernier, Geneviève Dubois a séjourné pendant neuf jours à bord d'un navire du Groupe CSL, qui l'a mené de Montréal à Thunder Bay via les Grands Lacs. Il ne s'agissait pas d'une croisière de plaisance. La candidate à la maîtrise professionnelle en ergonomie a profité de ce périple pour consigner ses premières observations dans le cadre de son stage d'intervention en milieu de travail. «Le milieu maritime a été peu étudié par les ergonomes et c'est la première fois qu'un stage s'y déroule. C'est un beau défi d'y effectuer mon intervention», affirme l'étudiante.

Le Groupe CSL est une entreprise canadienne de transport maritime qui possède plusieurs divisions internationales, dont la Canada Steamship Lines. C'est une diplômée de l'UQAM, Catherine Guy (M. Sc. biologie, 1997), aujourd'hui directrice, santé et sécurité, au sein de l'entreprise, qui a proposé ce milieu d’intervention pour l'un des étudiants du programme.

Geneviève Dubois a débuté son intervention en juillet dernier. «Cela a pris deux mois et demi avant de me rendre sur un navire, raconte-t-elle. C'est un milieu complexe, il faut bien comprendre les rôles de chacun et l’organisation du travail si on veut intervenir. J'ai dû gagner la confiance de l'équipage et établir ma crédibilité.»

Dans le cadre de son intervention, la future ergonome doit comprendre le travail, identifier des situations problématiques et travailler avec ses différents interlocuteurs à l'élaboration et l'implantation de solutions. «Lors de mon séjour sur le bateau, je voulais tout voir et tout faire, raconte-t-elle. Mais je me suis aperçue que je ne pouvais pas être partout avec toutes les équipes, de nuit et de jour. J'avais besoin de dormir!»

Elle a ciblé une demi-douzaine de situations problématiques, parmi lesquelles figure le nettoyage des cales du bateau, une tâche très exigeante physiquement pour les travailleurs de pont. «La moyenne d'âge des équipages de la division canadienne de CSL est de 45 ans, note-t-elle. Ces travailleurs ont développé des modes opératoires et des savoir-faire pour assurer la qualité du nettoyage. Je cherche à comprendre leur façon de faire afin de pouvoir améliorer la situation.»

L'étudiante s'est également jointe à un projet d'ingénierie amorcé par l'entreprise avant son arrivée. «Les bateaux transportent des matières en vrac – de la roche, du charbon, du grain, du sel, du sucre – entreposées dans les cales du navire qui doivent être parfaitement hermétiques, explique-t-elle. Sur le pont, on retrouve les écoutilles qui permettent à la marchandise d’être déposée dans les cales. Sur chaque écoutille, il y a un couvercle maintenu en place grâce à d'énormes pinces. Les travailleurs de pont peuvent ouvrir et fermer les 36 pinces de chacune des 25 écoutilles plusieurs fois dans la même journée, selon les chargements et déchargements, et cela qu'il fasse 20 degrés sous zéro ou 40 degrés. En collaboration avec les ingénieurs, je participe à la conception et à l'essai de nouveaux modèles de pinces.»

En observant les travailleurs de pont à l'œuvre et en discutant avec eux, la future ergonome s'est aperçue que le problème ne se limitait pas à la pince. «Il fallait aussi intervenir dans la façon de placer le couvercle sur les écoutilles afin de s'assurer que celui-ci arrive toujours au même endroit, car autrement les pinces sont plus difficiles à installer, ce qui peut augmenter l’exigence de la tâche pour les travailleurs», précise-t-elle.

Geneviève Dubois est retournée sur un bateau du Groupe CSL avec un ingénieur le 21 octobre dernier afin de tester un nouveau modèle de pinces. «Le premier défi est de ne pas rater le bateau, dit-elle en riant. Nous avons pu embarquer lors du passage du navire dans les écluses de Saint-Lambert et nous avons pu descendre quelques heures plus tard à Trois-Rivières!»

Un programme immersif

«La particularité du programme de maîtrise professionnelle est d'amener les étudiants à se familiariser à la prise de données en milieu de travail dès la première année», souligne Nicole Vézina, professeure au Département des sciences de l'activité physique. À la fin de la première année de maîtrise, les étudiants débutent une intervention de 12 mois en entreprise, à raison de deux jours par semaine. «Être présent dans un milieu de travail pendant près d'une année leur permet d'aller beaucoup plus loin dans l'implantation de projets d’amélioration des situations de travail», ajoute-t-elle.

«La capacité à travailler de concert avec plusieurs personnes de spécialités différentes dans les entreprises est au cœur de la formation d'ergonome, ajoute sa collègue Élise Ledoux. Voilà pourquoi il est important pour les étudiants de nouer des liens avec les travailleurs, les professionnels et les dirigeants de l'entreprise qui les accueille afin de pouvoir concevoir et implanter des transformations de façon participative.»

Puisque les diplômés de la première heure – le DESS a été créé en 1993 et la maîtrise en 2003 – accèdent désormais à des postes haut placés, on prend peu à peu conscience dans les milieux de travail que l'ergonomie ne consiste pas seulement à ajuster des chaises et des bureaux, explique Élise Ledoux. «Elle s'intéresse aussi à comprendre finement les systèmes de production afin de proposer des projets qui permettront d'atteindre un meilleur équilibre entre la productivité et la santé des travailleurs.»

Des présentations publiques

Lorsque leur intervention est terminée, les étudiants rédigent un rapport et participent à une activité de présentations publiques, à laquelle assistent les représentants des entreprises qui les ont accueillis ainsi que de futurs employeurs potentiels.

Le programme de maîtrise professionnelle en ergonomie répond aux exigences de formation du Conseil canadien de certification des praticiens en ergonomie. Ergonomes associés, les diplômés peuvent devenir ergonomes certifiés (CCPE) après quelques années d'expérience. «Nous sommes fiers de former des praticiens  compétents et fonctionnels dès l'obtention de leur diplôme, conclut Nicole Vézina. Ils peuvent répondre à toutes sortes de demandes, peu importe le milieu de travail, et ce, même s'ils sont souvent les premiers ergonomes à y mettre les pieds, comme c'est le cas pour Geneviève.»

À la recherche de PME québécoises

Avis aux entreprises intéressées: les responsables de la maîtrise en ergonomie sont toujours à la recherche de milieux stimulants pour recevoir leurs étudiants en apprentissage de l'intervention en ergonomie, particulièrement des PME québécoises. Il faut contacter Patricia Bélanger pour plus d'information: belanger.patricia@uqam.ca

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