Créer une rondelle sonore

Des chercheurs en design et en informatique mettent au point une rondelle pour les hockeyeurs ayant un handicap visuel.

23 Septembre 2015 à 13H21

Des chercheurs en design et en informatique mettent au point une rondelle pour les hockeyeurs ayant un handicap visuel.
Photo :Anis Ouanes

Pratiqué au Canada depuis près de 40 ans, le hockey sonore est une adaptation de notre sport national pour les personnes ayant un handicap visuel. Les Hiboux de Montréal, premier club en importance au pays, disputent des rencontres depuis 1978. L'équipe a d'ailleurs participé, récemment, à un tournoi amical en marge des Jeux parapanaméricains de Toronto.

Contrairement au hockey sur luge, le hockey sonore n'est pas reconnu officiellement par le Comité international paralympique parce que, entre autres, la rondelle utilisée par les différents clubs en Amérique du Nord n'est pas uniforme, chaque équipe jouant avec son propre objet artisanal. Les Hiboux, par exemple, utilisent depuis plusieurs années une boite de conserve de 11 cm de diamètre par 18 cm de hauteur, peinte en noir. La «canne», comme la surnomment les joueurs, est fonctionnelle mais comporte deux inconvénients majeurs: elle se déforme au contact de la glace et des bâtons et sa trajectoire est imprévisible.

Pour remédier à ces problèmes, des chercheurs de l'École de design et du Département d'informatique, en collaboration avec les Hiboux, travaillent depuis plus d'un an à mettre au point une rondelle adaptée aux handicapés visuels. Le projet est supervisé par Anik Landry, agente de recherche et de planification au bureau du vice-recteur par intérim au Développement Marc Turgeon et responsable du Programme d'accès à l'égalité en emploi de l'UQAM.

Grande et légère

Pour connaître les préférences des utilisateurs concernant la grosseur, la forme et la couleur de la «rondelle idéale», l'équipe de l'École de design a sondé chacun des joueurs des Hiboux. «Cette consultation nous a permis de réfléchir à toutes les avenues: des rondelles noires ou orangées, des objets ouverts ou fermés», explique le professeur Steve Vezeau, qui a été épaulé  par Anis Ouanes, étudiant au baccalauréat en design de l'environnement.

Steve Vezeau. Photo: Émilie Tournevache

Au fil des discussions et expérimentations, le choix s'est arrêté sur une rondelle noire, deux fois plus grosse qu'une rondelle ordinaire. Le prototype actuel, qui en est à sa troisième génération, est suffisamment robuste pour supporter les coups durant toute une partie. «Son design permet aussi un meilleur contrôle», mentionne Steve Vezeau.

Les prototypes ont été conçus à l'aide d'une imprimante 3 D. L'objet imprimé n'était pas assez solide pour être manipulé, mais il a permis de former un moule dans lequel un matériau plus solide a été coulé. Chacun des prototypes a coûté quelque 400 dollars.

Miniature et bruyante

De son côté, l'équipe responsable du volet électronique – les professeurs du Département d'informatique Frédéric Nabki, Mounir Boukadoum et Michaël Ménard, ainsi que les étudiants Alexis Albe, Félix-Antoine Leclerc, Mohamed Moharrem et Philip Sheldon – devait s'assurer que les circuits, piles et haut-parleurs, soient suffisamment compacts pour être intégrés à la rondelle. Mission accomplie, puisque le tout a été miniaturisé à l'intérieur d'un dispositif de 3 cm de diamètre par 3 mm d'épaisseur.

Frédéric Nabki.  Photo: Nathalie St-Pierre

Pour améliorer l'expérience de jeu, les chercheurs ont ajouté à la rondelle un accéléromètre intégré, ce qui permet de moduler le son selon la vitesse de la rondelle. «On a créé une rondelle intelligente, affirme Frédéric Nabki. Au départ, la rondelle émettait une tonalité différente selon qu'elle était immobile, lente, moyenne ou rapide, mais les Hiboux trouvaient cela trop complexe. Nous avons finalement conservé deux fréquences: mobile ou immobile.»

La rondelle devait aussi être audible dans un aréna de hockey, un endroit où le son est parfois cacophonique. «Nous avons testé diverses tonalités, toutes plus assourdissantes les unes que les autres. Plusieurs personnes au pavillon Président-Kennedy n'ont pas tellement apprécié nos recherches durant cette période!», dit Frédéric Nabki en riant.

Les joueurs des Hiboux ont d'ailleurs eu l'occasion de tester la rondelle sonore lors d'un entraînement. «Le son continu et la trajectoire régulière améliorent grandement la qualité du jeu, se réjouit Gilles Ouellet, conseiller à l'accueil et à l'intégration aux Services à la vie étudiante et joueur des Hiboux depuis 2000. Nous avons hâte de jouer nos parties avec une vraie rondelle.»

Campagne de sociofinancement

L'un des derniers points majeurs à corriger consiste à alléger le poids de la rondelle. Pour ce faire, les concepteurs souhaitent approcher des compagnies de plastique afin de dénicher des résines légères et robustes. «Ce projet n'est pas très rentable pour une entreprise, puisque la technique utilisée – moulage par injection – nécessite beaucoup de temps et d'argent, mentionne Steve Vezeau. Pour convaincre des entreprises de soutenir la cause, il est nécessaire de démontrer l'intérêt du public envers ce projet.»

Un premier appel pour recueillir des dons a été lancé par la Fondation de l'UQAM l'hiver dernier. Puis, l'idée de créer une campagne de sociofinancement – crowdfunding – a été lancée par Igor Naev, directeur, marketing, commandites et alliances stratégiques chez les Citadins, alors qu'il participait au match amical entre les Hiboux et les employés de l'UQAM l'an dernier. Celui-ci avait auparavant expérimenté avec succès ces méthodes de financement pour soutenir les projets des équipes de cheerleading, de basketball et de soccer des Citadins.

Sur la page de la campagne, chacun des joueurs des Hiboux s'engage à recueillir des fonds auprès de son entourage. Les arguments pour convaincre les donateurs sont présentés dans un texte personnalisé et une vidéo réalisée pro bono par une équipe professionnelle. L'objectif initial de 10 000 dollars a déjà été dépassé! «Pour qu'une campagne de sociofinancement soit un succès, ça prend une participation de tous, une base de supporteurs fidèle, une cause noble, et une présentation écrite ou électronique de qualité, souligne Igor Naev. Tous ces ingrédients sont réunis dans ce projet.»

Si tout se déroule comme prévu, le prototype final devrait être lancé d'ici 6 à 12 mois. Il est encore possible, jusqu'au 10 octobre, de faire un don pour financer la mise au point de la rondelle sonore.

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