Intégration réussie

Pionnière en la matière, l'UQAM forme depuis plus de 30 ans des étudiants en situation de handicap. Tout est mis en œuvre pour favoriser leur parcours et les aider à trouver leur place dans la société.

12 Avril 2015 à 14H18

Depuis 1985, l'UQAM soutient ses étudiants en situation de handicap. «Le service qui leur est offert a été l'un des premiers services aux étudiants mis en place à l'UQAM», relève Sylvain Le May (B.A. art dramatique, 89; M.A. communication, 05), responsable de l'accueil et du soutien aux étudiants en situation de handicap aux Services à la vie étudiante (SVE). Pionnière dans ce domaine, l'UQAM s'est dotée dès 1987 d'une politique institutionnelle portant sur l'intégration de ces étudiants. Depuis, des milliers d'étudiants atteints de différents troubles ou déficiences ont fréquenté l'Université.

Sylvain Le MayPhoto: Nathalie St-Pierre

Aujourd'hui, quelque 1600 étudiants en situation de handicap sont inscrits dans un programme d'études à l'UQAM. Le mandat s'étant élargi au cours des dernières années pour inclure les personnes aux prises avec des troubles mentaux et des troubles d'apprentissage, le nombre d'étudiants recevant de l'aide des SVE a augmenté. À titre comparatif, ils étaient moins de 300 étudiants en 2007-2008.

«Parmi les établissements d'enseignement supérieur de langue française du Québec, c'est l’UQAM qui connaît la plus forte croissance d’étudiants en situation de handicap», note Sylvain Le May, lui-même atteint d’une amyotrophie musculaire de type 3, une maladie dégénérative neuromusculaire qui l’oblige aujourd’hui à se déplacer en fauteuil roulant. Président de l'Association québécoise interuniversitaire des conseillers aux étudiants en situation de handicap, il a obtenu en 2014 le prix du concours «Mon parcours! Ma carrière!», remis par le Comité d'adaptation à la main-d'œuvre pour personnes handicapées.

À l'UQAM, souligne le professionnel, les Services à la vie étudiante aident les étudiants en situation de handicap à trouver les meilleurs accommodements possibles afin qu'ils puissent répondre aux exigences universitaires. Pour ce faire, Sylvain Le May travaille en étroite collaboration avec les étudiants, les enseignants et les assistants de programme. «Une étudiante ayant un trouble d’apprentissage peut, par exemple, obtenir du temps supplémentaire pour compléter son examen», illustre le conseiller.

Les étudiants bénéficient de plusieurs aménagements, en fonction de leur handicap: des interprètes en classe, des preneurs de notes de cours, des salles de repos, des appareils adaptés (imprimante en braille, écran d'ordinateur à gros caractères, logiciel de synthèse vocale, etc.). Ils ont aussi droit aux services de psychologues et de conseillers en orientation scolaire.

« Parmi les établissements d'enseignement supérieur de langue française du Québec, c'est l’UQAM qui connaît la plus forte croissance d’étudiants en situation de handicap.»

Sylvain Le MAY,

responsable de l'accueil et du soutien aux étudiants en situation de handicap

Tout ce qui est possible est mis en œuvre pour favoriser leur parcours universitaire et les aider à s'insérer dans le monde du travail. Dans bien des cas, comme en témoignent ces cinq diplômés uqamiens, ça fonctionne!

Désamorcer les traumatismes

Quand Jimmy Tessier-Royer (B.T.S., 11) rencontre pour la première fois les familles des usagers de l'Institut de réadaptation Gingras-Lindsay, où il est travailleur social, celles-ci sont parfois surprises. «Comme je me déplace en fauteuil roulant motorisé, certaines familles croient que je suis un patient de l'Institut!», raconte le jeune homme atteint de paralysie cérébrale.

Jimmy Tessier-RoyerPhoto: Nathalie St-Pierre

L'Institut Gingras-Lindsay offre des programmes de réadaptation à des personnes qui ont subi un accident vasculaire cérébral ou divers traumatismes cérébraux. Intégré au sein d'une équipe pluridisciplinaire de professionnels de la santé, Jimmy Tessier-Royer s'assure que les usagers de l'Institut sont aptes à retourner à la maison et qu'ils pourront reprendre leurs activités habituelles tout en étant le plus autonome possible.

«Après l'accident, les usagers et les membres de la famille sont souvent en état de choc et posent un regard dramatique sur la situation, remarque le travailleur social. Mon rôle est de dédramatiser, d’expliquer les faits, d’être à l'écoute.» Jimmy Tessier-Royer croit que son handicap, bien que différent des traumatismes vécus par les usagers de l'Institut, peut contribuer à la relation thérapeutique qu'il noue avec les patients. «Ils se sentent compris et ma situation leur donne espoir.»

Au quotidien, Jimmy Tessier-Royer accomplit les mêmes tâches que ses collègues, «sauf les visites à domicile auprès des usagers». Pour dicter ses notes et les inscrire au dossier de ses patients, il fait appel à un logiciel de reconnaissance vocale. Parallèlement à ses activités professionnelles, il complète une maîtrise à temps partiel sur l'utilisation des technologies de l'information par les personnes ayant un handicap physique.

Savoir se réinventer

Depuis 2008, l'informaticien Stéphane Tellier (B.Sc.A. informatique et génie logiciel, 08) est administrateur de bases de données à Loto-Québec, au sein du Service de gestion de l'information, qui compte une quinzaine d'employés. À sa connaissance, il est le seul employé atteint de déficience visuelle chez Loto-Québec. Durant ses études universitaires, Stéphane Tellier a bénéficié du programme de stages d'été pour les étudiants en situation de handicap, ce qui lui a permis d'obtenir un poste permanent au sein de la société d'État. «J'ai été chanceux: avant même de terminer mon baccalauréat, j'étais assuré d'avoir un emploi», lance-t-il.

Stéphane TellierPhoto: Nathalie St-Pierre

Stéphane Tellier travaillait déjà en informatique pour une boîte de conception de logiciels pour handicapés visuels avant d'effectuer un retour aux études. En s'inscrivant au baccalauréat en informatique de l'UQAM, il cherchait à améliorer sa qualité de vie et à changer de milieu. «Les personnes handicapées ont tendance à se trouver un emploi dans des organismes en lien avec leur handicap et à croire que ces organismes sont les mieux adaptés à leurs besoins», observe-t-il. Si le changement a été bénéfique pour lui, il avoue qu'il n'est pas toujours facile de réorienter sa carrière: «Cela dépend des personnalités et des perspectives d'emploi.»

Son intégration n'a jamais posé problème. «J'utilise la synthèse vocale pour lire ce que je ne peux pas voir à l'écran tels mes courriels et du code informatique. Par contre, comme certains logiciels n'ont pas de fonction d'adaptation visuelle, je dois parfois faire appel à mes collègues.» Pour aider son équipe, Stéphane Tellier a mis au point un système d'échange de tâches. «Je fais partie de ceux qui connaissent le mieux le système Linux au sein de mon service, dit-il. Mes collègues n'hésitent jamais à me demander conseil en la matière.»

La force de la pensée positive

Avocat spécialisé pour le cabinet Alepin Gauthier dans le domaine de la responsabilité médicale, des accidents de travail et de la route, Alexandre Poce (LL.B., 97) est en terrain connu quand il rencontre ses clients. «Ayant été moi-même victime d'une grave lésion de la moelle épinière à 16 ans en jouant au hockey, je comprends les besoins des victimes», explique-t-il.

Alexandre PocePhoto: Nathalie St-Pierre

L'avocat tétraplégique a un véritable agenda de ministre, ses responsabilités de président-directeur général de la fondation du Centre de réadaptation Lucie Bruneau l'obligeant à courir les lunchs, cocktails et autres activités de levée de fonds. Conseiller municipal de la Ville de Blainville, il doit siéger dans une salle de réunion spécialement adaptée à son fauteuil motorisé pour assister aux séances du conseil. Mais qu'à cela ne tienne. Ce n'est pas d'hier que l'avocat ─ qui travaille sur son ordinateur portable, passe des coups de fil et consulte des livres grâce à un bâton buccal ─ a l'habitude de se débrouiller. «Tout ce que je ne peux plus faire avec les mains, je le fais avec le bâton buccal, résume-t-il. J'ai développé des trucs pour ne pas avoir besoin d'une aide-soignante ou d'un accompagnateur 24 heures sur 24, 7 jours sur 7.

Alexandre Poce, qui a rédigé un livre sur son expérience de vie (Alexandre Poce, messager de l'espoir), donne une dizaine de conférences par année, qui s'adressent à tous les publics. Le motivateur parle de son choix de garder une attitude positive malgré les aléas de la vie. «Je suis toujours en mode solution», dit-il. Une attitude qu'il essaie de transmettre aux gens ayant survécu à un grave accident qu'il rencontre dans son travail. «Je leur démontre que la vie n'est pas terminée et qu'il est possible de travailler tout en surmontant ses limitations.»

Grâce à une plus grande ouverture sociale et à l'apport des nouvelles technologies, on retrouve de plus en plus de comptables, de notaires, d'actuaires ou d'avocats qui sont actifs malgré certaines limitations, remarque Alexandre Poce. «Les personnes handicapées étaient vues auparavant comme des bizarroïdes, mais le regard a changé. Comme les écoliers handicapés sont davantage intégrés dans les classes régulières, les jeunes sont habitués à vivre dans un monde où l'on retrouve une plus grande diversité.»

Mettre fin à l'audisme

Annik BoissonneaultPhoto: Nathalie St-Pierre

Atteinte de surdité depuis sa naissance, Annik Boissonneault (B.A. sexologie, 08) travaille comme formatrice à l'École Lucien-Pagé de Montréal. L'école offre un enseignement adapté aux élèves sourds, qui viennent de partout au Québec. «Je travaille avec les élèves et leurs professeurs de français afin que les jeunes, qui s'expriment en langue des signes québécoise (LSQ), puissent être capables d'utiliser le français correctement à l'écrit s'ils veulent réussir à l'école et travailler plus tard», explique-t-elle.

Non écrite, la LSQ possède sa propre grammaire, précise la jeune femme. «Si on dit ''aujourd'hui, il fait beau dehors'' en français, on signe en LSQ ''aujourd'hui dehors beau''. L'élève doit pouvoir s'adapter aux spécificités des deux langues.»

Comme Annik Boissonneault travaille dans le secteur des sourds et que le personnel y utilise la LSQ, elle peut communiquer avec ses collègues sans problème. «Si je dois assister à des assemblées générales incluant tout le personnel de l'école, j'ai besoin d'un interprète», précise-t-elle.

«Je travaille avec les élèves et leurs professeurs de français afin que les jeunes, qui s'expriment en langue des signes québécoise (LSQ), puissent être capables d'utiliser le français correctement à l'écrit s'ils veulent réussir à l'école et travailler plus tard. »

Annik Boissonneault,

formatrice à l'École Lucien-Pagé de Montréal

Sa collègue et amie Cynthia Benoit (B.Sc. géographie, 10) est chargée de cours au Red River College, un établissement d'enseignement technique à Winnipeg, au Manitoba, où elle enseigne au certificat en études sourdes (Deaf Studies). «J'enseigne la culture sourde, l'American Sign Language (ASL) et l’éthique en interprétation ASL-anglais à des étudiants entendants qui sont intéressés par le monde des sourds ou qui veulent devenir interprètes», dit-elle.

Cynthia Benoit Photo: Nathalie St-Pierre

Pour les deux femmes, l'intégration au monde du travail n'a pas été facile. La difficulté de communication entre sourds et entendants et les préjugés constituent selon elles les principales barrières à l'emploi. «Les employeurs ont peur de nous embaucher, regrette Cynthia Benoit, qui détient une maîtrise de l'INRS portant sur l’accessibilité aux services pour les sourds. Pourtant, il existe des solutions comme l'embauche d'un interprète, qui peut être payé par des programmes gouvernementaux d'intégration à l'emploi, et la mise en place du service de relais vidéo, qui permet aux sourds d’utiliser le langage gestuel pour communiquer avec les utilisateurs des services téléphoniques vocaux.»

Afin de sensibiliser la population au problème de l'audisme, une forme de discrimination qui s'exerce spécifiquement à l'endroit des sourds, Cynthia Benoit et Annik Boissonneault ont créé le Groupe BWB avec l'artiste sourde Pamela Elizabeth Witcher. Le groupe offre des services de consultation professionnelle, des ateliers et des formations dans le but de faire valoir les droits des personnes sourdes et malentendantes. «Le concept de l'audisme repose sur l'idée d'une supériorité de la langue orale par rapport à la langue des signes et voit la surdité comme un problème à corriger alors que les Sourds revendiquent la reconnaissance de leur différence, de leur langue et de leur culture», explique Cynthia Benoit. L'initiative a remporté le prix du meilleur projet social dans le cadre du concours Les sciences humaines changent le monde 2013, organisé par le Conseil de diplômés de la Faculté des sciences humaines, et le prix national du Conseil des Canadiens avec déficiences 2014.

Source:
INTER, magazine de l'Université du Québec à Montréal, Vol. 13, no 1, printemps 2015.

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