Lauréates d'un prix de l'Acfas

Les professeures Joanne Burgess et Lucie Lemonde figurent parmi les lauréats des prix Carrière de l'Acfas.

23 Octobre 2015 à 10H20

Lors de son Gala annuel visant à célébrer l’excellence de la recherche au Québec, tenu le 22 octobre, l'Association francophone pour le savoir (Acfas) a remis ses neuf prix Carrière à des chercheurs provenant de toutes les disciplines. Les professeures Joanne Burgess, du Département d'histoire, et Lucie Lemonde, du Département des sciences juridiques, ont reçu respectivement le prix André-Laurendeau (sciences humaines) et le prix Pierre-Dansereau (engagement social).

Le postdoctorant Rodolphe Soret (voir encadré) a reçu, pour sa part, le 2e prix du jury du concours La preuve par l'image. Détenteur d'un doctorat en neurogastroentérologie, Rodolphe Soret effectue ses recherches au Laboratoire de génétique moléculaire du développement, dirigé par le professeur Nicolas Pilon, du Département des sciences biologiques.

Passionnée par Montréal

Spécialiste reconnue de l’histoire de l’industrialisation et du travail aux XIXe et XXe siècles, Joanne Burgess (Ph.D. histoire, 1987), directrice de l'Institut du patrimoine de l'UQAM, entretient depuis près de 30 ans une relation passionnée avec Montréal.

Joanne Burgess Photo:Émilie Tournevache

En 2006, la professeure a fondé le Laboratoire d'histoire et de patrimoine de Montréal, qui n'a pas d'équivalent ailleurs au Canada. «Le Laboratoire, note sa directrice, regroupe des universitaires et des acteurs provenant de divers milieux – musées, Bibliothèque et Archives nationales du Québec, ministère de la Culture, Ville de Montréal, associations de quartier – qui collaborent de manière récurrente à diverses recherches.»

Le Laboratoire a réalisé plusieurs expositions avec, entre autres, l'Écomusée du fier monde, le musée McCord et le Centre d'histoire de Montréal. «Nous avons aussi collaboré avec la Ville de Montréal dans le cadre de deux projets importants: l'histoire des grandes rues de Montréal et une bibliographie des études sur l'histoire de Montréal, laquelle réunit quelque 10 000 notices, souligne Joanne Burgess. Nous lancerons cet automne une chronologie de l'histoire de Montréal, en partenariat avec le Service des archives de la Ville. Tous ces outils de référence numériques peuvent intéresser de larges publics.»

En 2012, Joanne Burgess a reçu une importante subvention de plus de 2 millions de dollars du Conseil de recherches en sciences humaines du Canada (CRSH) pour un vaste chantier de recherches intitulé Montréal, plaque tournante des échanges : histoire, patrimoine, devenir. C'était la première fois qu'un professeur de l'UQAM obtenait une subvention dans le cadre du très compétitif programme de subventions de partenariat du CRSH.

Ce chantier chapeaute plusieurs projets de recherche et réunit une vingtaine de chercheurs et collaborateurs ainsi que 11 organismes partenaires. L'objectif est de brosser un portrait historique du rôle de Montréal comme carrefour social, économique et culturel, et comme moteur du développement durant les années –1820 à 1960 – où la ville jouissait du statut de métropole canadienne. Les chercheurs tentent aussi de comprendre comment le passé métropolitain de Montréal a orienté les interventions des dernières décennies et comment il peut influencer celles de l'avenir. «Grâce au financement du CRSH, le Laboratoire d'histoire et de patrimoine de Montréal a pu bâtir des projets ambitieux comme la création d'outils de modélisation 3D/4D et de systèmes d'information géographique et historique», observe la professeure.  

Joanne Burgess a toujours manifesté un intérêt particulier pour le patrimoine industriel, lequel regroupe des éléments à la fois matériels (bâtiments, équipements, machines, outils) et immatériels (savoir-faire reliés au monde du travail, histoires d’entreprises). «On sent une volonté au gouvernement du Québec et à la Ville de Montréal de mieux faire connaître ce type de patrimoine. À Montréal, la population s’identifie plus difficilement aux éléments du patrimoine industriel. Nombreux, variés et complexes, ceux-ci soulèvent des problèmes de requalification et de recyclage, comme c'est le cas avec l'ancien silo à grain no 5, dans le Vieux-Port.» La situation est différente dans plusieurs petites villes où le patrimoine industriel est étroitement lié à la vie des citoyens et au développement de leur région. «Chose certaine, la sauvegarde des bâtiments industriels sert la mémoire collective en faisant de ces lieux des témoins privilégiés de l’évolution économique, technique et sociale», soutient la chercheuse.

À travers ses partenariats avec diverses institutions muséales et gouvernementales, et avec des organismes comme la Table de concertation du Faubourg Saint-Laurent, l’Atelier d’histoire de Pointe-aux-Trembles et l’Association québécoise pour le patrimoine industriel, Joanne Burgess a contribué à faire de l’histoire un levier de développement social et communautaire.      

Avocate des droits de la personne

Au cours des 30 dernières années, la carrière de la juriste Lucie Lemonde a été étroitement associée aux luttes sociales au Québec. Membre du Barreau depuis 1974, elle a obtenu un doctorat en droit de l'Université de Montréal en 1995. Ses champs de compétence couvrent le droit carcéral, les droits et libertés de la personne sur les plans national et international ainsi que la liberté d’expression. La professeure a été présidente de la Ligue des droits et libertés du Québec, de 1994 à 2000, et vice-présidente de la Fédération internationale des ligues des droits de l'homme (FIDH), de 1997 à 2004. Elle a reçu, en 2011, une mention d'honneur de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse pour son engagement social.

Lucie Lemonde Photo: Nathalie St-Pierre

«Je me considère comme une militante, dit Lucie Lemonde. L'UQAM et son Département des sciences juridiques m'ont permis de lier mes préoccupations de justice sociale à mes intérêts de recherche. Mon implication dans la Ligue des droits et des libertés a nourri mes activités de professeure et de chercheuse, lesquelles en retour m'ont aidée à développer une pensée qui a servi à alimenter les prises de position de la Ligue dans plusieurs dossiers.»

Cette juriste au parcours atypique a commencé à pratiquer le droit carcéral à une époque où ce terme n'existait pas encore. «Dans les années 80, les autorités carcérales n'avaient aucun compte à rendre sur les conditions de détention dans les prisons, rappelle-t-elle. Nous étions une poignée au Canada à mener les premières batailles pour le droit à un traitement équitable des personnes incarcérées Je me souviens avoir plaidé pour que les détenus dans les pénitenciers fédéraux au Québec puissent voter au référendum de1980. La Cour suprême a reconnu leur droit de vote 22 ans plus tard.»

Lucie Lemonde s'est aussi impliquée dans la lutte contre le phénomène des poursuites-bâillons, mieux connues sous le nom de SLAPP (Strategic Lawsuit Against Public Participation). Ces actions judiciaires intentées par des entreprises visent à faire taire des individus ou des groupes de pression en les entraînant dans des procédures juridiques coûteuses dont ils ne peuvent assumer les frais. «En 2009, le Québec a été la première province au Canada à adopter une loi pour mettre fin aux poursuites-bâillons et pour favoriser l'exercice de la liberté d'expression dans le débat public. Ce fut une grande victoire.»

Plus récemment, la professeure est intervenue publiquement pour s'opposer aux tentatives de recriminalisation de l'avortement ainsi que pour défendre la décriminalisation complète de la prostitution et la légalisation de l'aide médicale à mourir au Canada. «Dans ces dossiers controversés, j'ai toujours exprimé l'idée selon laquelle le législateur ne peut pas se servir du droit pénal pour imposer ses conceptions morales et idéologiques, qu'il s'agisse de la sexualité féminine dans le cas de la prostitution ou du caractère sacré de la vie dans celui de l'aide médicale à mourir.»

Lucie Lemonde est depuis peu membre permanente de la Commission populaire sur la répression politique et sur ses ramifications tant juridiques et législatives que policières. Celle-ci vise à donner une voix aux individus et aux groupes qui, au Québec, ont été victimes et/ou témoins de répression politique, de 1990 à nos jours. La Commission  souhaite documenter l’ampleur de la répression au Québec et évaluer ses effets sur les individus et les groupes. Elle a organisé des audiences publiques dans différentes villes de la province et doit bientôt produire un rapport final. «La répression et le profilage politiques se sont accentués et s'accompagnent d'une judiciarisation des conflits. Ces trois dernières années, on a procédé à 7 000 arrestations au Québec, sans que la population ne s'indigne. Nous assistons à une forme de banalisation des abus policiers et de la violation des droits», soutient celle qui participera, le printemps prochain, à une rencontre internationale en France sur l'exercice du droit de manifester.   

Dans son enseignement, Lucie Lemonde a toujours voulu inculquer à ses étudiants le sens de la justice sociale et de la dignité humaine. «J'essaie de leur montrer l'impact concret de la constitutionnalisation des droits, comment le droit peut être un outil de changement social, un outil de pouvoir et pas seulement du pouvoir.»

Jeunes chercheurs prometteurs

Petite cellule deviendra patte Photo: Rodolphe Soret

Gagnant du second prix au concours La preuve par l'image, le postdoctorant Rodolphe Soret s’intéresse au développement du système nerveux du système digestif. Son image présente la patte arrière d’un embryon de souris. L’insertion d’une molécule rouge fluorescente dans le génome permet de visualiser l’évolution de cellules souches polyvalentes qui donnent naissance à une grande variété de types cellulaires. Ces cellules migrent vers diverses régions de l’embryon pour former les muscles, les os, les tissus adipeux, les cartilages, le système nerveux et la peau.

Un autre jeune chercheur, le doctorant en science politique Hugo Bonin (B.A. science politique, 2011; Programme court deuxième cycle en pédagogie de l'enseignement supérieur, 2015), a remporté, le 24 septembre dernier, l'un des trois prix du Concours de vulgarisation de la recherche décernés par l'Acfas. Le prix lui a été décerné pour une recherche sur l'histoire du tirage au sort dans le choix des dirigeants politiques.

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