Espoir pour les abeilles

La stratégie proposée par Québec pour restreindre l'usage des pesticides constitue «un grand pas dans la bonne direction».

30 Novembre 2015 à 14H41

Les néonicotinoïdes utilisés pour enrober les semences afin de les protéger contre les ravageurs de semis ont des effets nocifs sur le système nerveux des abeilles. Photo: Istock

Professeure associée au Département des sciences biologiques, Madeleine Chagnon a été parmi les premières, au Québec, à sonner l'alarme concernant les taux de mortalité de plus en plus élevés dans les colonies d'abeilles. Elle a aussi fait partie des scientifiques qui, à travers le monde, ont établi un lien entre l'usage des néonicotinoïdes, des pesticides massivement utilisés en agriculture, et le déclin des populations d'abeilles. La Stratégie québécoise sur les pesticides, lancée dernièrement par le gouvernement du Québec et visant à encadrer l'usage de ces produits, représente, selon elle, «un grand pas dans la bonne direction».

Alors que diverses mesures législatives ont été adoptées au cours des dernières années en Europe pour restreindre l'usage des néonicotinoïdes, rien n'avait été fait en Amérique du Nord jusqu'à tout récemment. «L'Ontario a été la première à agir, l'été dernier, avec de nouvelles exigences réglementaires et c'est maintenant au tour du Québec d'emboîter le pas, ce qui est très bien, commente Madeleine Chagnon. C'est une reconnaissance du danger réel que comportent ces insecticides.»

Les néonicotinoïdes utilisés pour enrober les semences (de maïs et de soya, principalement) afin de les protéger contre les ravageurs de semis ont des effets nocifs sur le système nerveux des abeilles, des bourdons, des papillons et autres pollinisateurs. Ces produits hautement toxiques, se retrouvent dans l'environnement sous forme de poussières et sont lessivés dans les cours d'eau. Ils affecteraient d'autres animaux, et ultimement l'humain.

Risques pour la santé humaine

«Il ne faut pas que les risques associés aux néonicotinoïdes soient uniquement perçus comme un problème économique touchant les apiculteurs, dit Madeleine Chagnon. On doit aussi considérer les risques touchant l'environnement et la santé humaine.» Selon la biologiste, qui tient une revue de la littérature sur le sujet, deux à trois articles scientifiques sont publiés chaque semaine à travers  le monde sur les effets des néonicotinoïdes.

Les néonicotinoïdes sont utilisées de façon préventive. Autrement dit, même quand la présence de ravageurs n'a pas été observée.  La stratégie proposée par le ministère du Développement durable, de l'Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques (MDDELCC) prévoit réduire leur usage en l'interdisant pour l'entretien des pelouses et des plates-bandes, en exigeant que leur utilisation à des fins agricoles soit préalablement justifiée par un agronome dans tous les cas et en instaurant des incitatifs économiques pour favoriser l'usage de semences non traitées.

«Certains médicaments ne sont vendus que sous ordonnance parce que l'on reconnaît que ce sont des produits dangereux, illustre Madeleine Chagnon. Pour en utiliser, il faut d'abord obtenir une prescription du médecin qui va vous dire quelle dose avaler, à quelle fréquence et quelles précautions prendre. Ce qui est proposé dans le cas des néonicotinoïdes, c'est que l'agronome joue le rôle du médecin et qu'on soit obligé d'obtenir une "prescription" avant d'en utiliser.»

Un effort de recherche

En plus des règlements concernant les néonicotinoïdes, la Stratégie comporte un volet visant à réduire l'utilisation d'autres pesticides fortement à risque, notamment l'atrazine et le chlorpyrifos. Elle sera soumise à des consultations et devra faire l'objet d'un projet de loi modifiant la Loi sur les pesticides avant d'être mise en œuvre. «Il faudra voir comment tout cela sera mis en application», souligne Madeleine Chagnon. La biologiste se montre toutefois optimiste. «En plus de limiter l'utilisation des pesticides les plus toxiques, la réglementation proposée pourrait avoir pour effet de forcer la recherche d' alternatives pour lutter contre les insectes», dit-elle.

Ces solutions s'avèrent d'autant plus urgentes à trouver que le réchauffement climatique pourrait favoriser la prolifération d'insectes ravageurs. «Il faut trouver des solutions, dit Madeleine Chagnon. On ne peut pas continuer à pratiquer une agriculture qui pollue autant notre environnement.»

Articles connexes
PARTAGER
COMMENTAIRES 0 COMMENTAIRE