Mémoire blessée

Le photographe et chargé de cours Jean-François Bérubé présente une exposition sur les conséquences du suicide.

8 Juin 2015 à 16H23, mis à jour le 9 Juin 2015 à 11H00

Le photographe et chargé de cours Jean-François Bérubé présente Mon village, une exposition sur les conséquences du suicide. La maison d'enfance du photographe.
Photo :Jean-François Bérubé

Le Centre de design accueille, du 11 au 16 juin prochains, les expositions Mon village, du photographe et chargé de cours Jean-François Bérubé, de l'École de design, et Meeting, de l’artiste new-yorkais Nick Kline. Présentées par le 28e Congrès mondial de l’Association internationale pour la prévention du suicide (IASP) et les Rencontres internationales de la photographie en Gaspésie, ces expositions reflètent la volonté des deux artistes d’aborder, à travers l’art, la perspective de ceux qui ont perdu un parent ou un ami à cause du suicide.

«Le suicide touche tout le monde, mais un grand silence entoure le phénomène. Ceux qui restent se sentent coupables, tout en se demandant ce qu'ils auraient pu faire pour éviter l'inévitable. Chose certaine, les souvenirs ne s'effacent pas», croit Jean-François Bérubé, qui a perdu plusieurs amis, morts par suicide, «l'équivalent d'une équipe de hockey au complet».

Originaire de la vallée de la Matapédia, celui qui œuvre comme photographe depuis plus de 30 ans est retourné sur les lieux de son enfance à la recherche de souvenirs. Son point de départ, une photo de son équipe de hockey pee-wee prise par un photographe du journal local après une victoire en finale régionale. «Sans chercher à nommer le village dans lequel j'ai grandi, j'ai voulu mettre en scène des lieux physiques faisant référence à la mémoire et à des activités auxquelles nous aimions nous adonner enfants, comme la pêche et les jeux dans les cours d'école, dit-il. Des images qui peuvent rappeler une blessure.»

L’exposition témoigne de la résilience face à la mort et explore l’impact du suicide sur les survivants. «J'ai réalisé une série de portraits de survivants meurtris par la perte d'un frère, d'un père, d'un ami ou d'un enfant», souligne Jean-François Bérubé. Le chargé de cours a également publié un recueil de photos et de textes. «L'ouvrage m'a permis d'aller encore plus loin que l'exposition et de prendre le temps de raconter cette histoire qui m'habite depuis si longtemps.» Le vernissage de l'exposition et le lancement du livre auront lieu le mercredi 10 juin, à 18 h.

Un projet participatif

En parallèle à l'exposition Mon village, l'artiste new-yorkais Nick Kline présentera Meeting, un projet d’art participatif qui sera finalisé dans le cadre de l'exposition. «L’objectif principal du projet est de créer un livre d’artiste, en collaboration avec le grand public, autour du thème du suicide et du deuil, explique Jean-François Bérubé. Durant l'exposition et de manière anonyme, les gens pourront partager leurs commentaires, leurs réflexions, leurs témoignages, leurs images et leurs souvenirs sur le sujet.» Professeur adjoint de photographie au Department of Arts, Culture and Media de la Rutgers University-Newark, dans le New-Jersey, Nick Kline conjugue la photographie, les livres d’artistes et la pratique sociale de l'art. «Nick Kline travaille depuis longtemps sur le sujet du traumatisme et a lui aussi perdu beaucoup d'amis en raison du suicide, relève Jean-François Bérubé. C'est lui qui m'a donné l'idée de faire une exposition sur ce thème.»

Les deux expositions seront suivies, du 16 au 20 juin, du Congrès mondial de l’Association internationale pour la prévention du suicide. Parrainé par l’Organisation mondiale de la Santé et organisé par le Centre de recherche et d’intervention sur le suicide et l’euthanasie (CRISE) de l'UQAM, l'événement rassemblera à l'Université plus de 700 chercheurs et praticiens du monde entier qui discuteront des découvertes récentes et des nouvelles approches en prévention du suicide.

PARTAGER
COMMENTAIRES 0 COMMENTAIRE