Mission accomplie

Une formation donnée en Côte d'Ivoire par la Chaire Unesco de développement curriculaire se distingue par son approche pédagogique.

1 Décembre 2015 à 14H09

Kandia Camara, ministre de l’Éducation nationale et de l’Enseignement technique de Côte d'Ivoire (première rangée au centre), en compagnie des participants à la séance de formation offerte en août 2015. À gauche de la ministre, on peut apercevoir Philippe Jonnaert, titulaire de la Chaire Unesco de développement curriculaire de l'UQAM.

Au printemps et à l'été dernier, une équipe de la Chaire Unesco de développement curriculaire (CUDC) de l'UQAM a participé à une mission éducative à Abidjan, en République de Côte d'Ivoire. La tâche consistait à mettre sur pied une formation pour les quelque 200 inspecteurs généraux du ministère de l'Éducation nationale et de l'Enseignement technique du pays dans le cadre d'un vaste plan d'action national amorcé en 2014 visant la modernisation et la redynamisation du système éducatif ivoirien.

Les inspecteurs généraux, de hauts fonctionnaires œuvrant dans les écoles secondaires ivoiriennes, sont chargés d'une mission de contrôle, d'évaluation et d'appui-conseil. «Ils s'occupent, entre autres, de toutes les évaluations du système, dont l'évaluation des enseignants, de la gestion des concours et de la création des examens, explique le titulaire de la Chaire, Philippe Jonnaert, qui a dirigé la mission. Ce sont les pilotes du système éducatif.» Ces fonctionnaires n'ont toutefois jamais reçu de formation. «Ils ont toujours effectué leurs tâches de manière intuitive. C'est un corps de métier qui n'a jamais été vraiment structuré depuis sa création en 1972», fait remarquer Philippe Jonnaert.

L'équipe du projet UQAM-CUDC était composée des professeurs Lise Bessette, Houssine Dridi, Pascal Ndinga et Pierre Toussaint, du Département d'éducation et pédagogie, Abdellatif Obaid, du Département d'informatique, Philippe Jonnaert, Mathieu Dufour et Fabienne Venant, du Département de mathématiques, Georges Kpazaï, de l'Université Laurentienne, à Sudbury, en Ontario, Christian Depover, de l'Université de Mons, en Belgique, de la chargée de cours à la Faculté d'éducation de l'Université de Sherbrooke Rosette Defise, ainsi que de Nathalie Pineda, secrétaire de direction, et de Stéphanie Tran, coordonnatrice à la CUDC. Daniel Lytwynuk et Renée April, conseillers pédagogiques à la CSDM, se sont également joints à l'équipe.

Une dynamique de changement

Financé par le Fonds du Projet d'urgence d'appui à l'éducation de base de la Banque mondiale, le programme de formation de la Chaire, qui a été élaboré en étroite collaboration avec les membres du ministère de l'Éducation ivoirien, avait pour objectif principal d'amener les inspecteurs à concevoir leurs rôles et à exercer leurs métiers différemment. «Les inspecteurs généraux voulaient évoluer vers une approche plus humaine d'accompagnement et d'encadrement des enseignants, plutôt que de contrôle», explique Philippe Jonnaert.

La formation permettra aux participants de former leurs collègues inspecteurs dans le futur. «Notre mission est de rendre les gens plus autonomes afin qu'ils puissent devenir eux-mêmes des formateurs, souligne le professeur. Cette formation pourrait aussi prendre la forme d'un programme de gestion de niveau maîtrise.»

Selon le titulaire de la CUDC, la mission ne consistait pas à reproduire un modèle nord-américain de formation. «L'objectif était de bâtir une formation avec nos partenaires là-bas en fonction de leurs propres réalités, tout en nous inspirant de standards internationaux qui fonctionnent bien et qui ont fait leurs preuves ailleurs. En somme, nous avons vécu un réel partage de savoir. Nous nous sommes autant enrichis qu'eux.»

Cette «approche de pédagogie ouverte» consistait à ramener les participants à leur propre vécu, précise la professeure Lise Bessette. «On était bien loin de la classe de maître où les étudiants prennent des notes en silence, dit-elle. En tout temps, les participants, divisés en petits groupes, pouvaient intervenir dans la discussion. Au final, nous avons réalisé ensemble un véritable travail en coconstruction.»

Les inspecteurs généraux sont des maillons importants de la vague de changement souhaitée par l'État, rappelle pour sa part le professeur Pierre Toussaint. «Ils ont été appelés à réfléchir à leur propre système éducatif et à expliquer comment ils comptaient mettre en place ce changement.»

Les participants à la formation ont également appris à se connaître. «C'était l'occasion pour eux d'être ensemble pour la première fois puisqu'ils avaient jusqu'alors toujours travaillé en vase clos, observe le professeur Pierre Toussaint. Ils étaient là pour apprendre, mais aussi pour partager leurs expériences.»

La tâche de les réunir était d'autant plus complexe que le pays sortait d'une guerre civile (2000-2010) marquée par un conflit ethnique, dans laquelle plusieurs clans se sont affrontés et qui a eu pour résultat la destruction du tissu social. «Au début de la formation, les participants ne se parlaient pas beaucoup, s'observant du coin de l'œil comme des chiens de faïence, se rappelle Philippe Jonnaert. Au bout d'une semaine, ils ont commencé à dialoguer, à se montrer intéressés et curieux de leurs collègues.»

«Il y avait une grande pudeur entre eux, témoigne Lise Bessette. Ils faisaient référence à la période difficile du conflit en parlant des événements et sans s'épancher sur le sujet.»

Instaurer un climat de respect et de confiance

Selon les professeurs qui ont participé à la mission, l'approche pédagogique préconisée par la Chaire a permis de dénouer des situations lourdes et d'instaurer un climat de respect et de confiance. «Nous n'avons pas une approche académique transmissive, déclare Philippe Jonnaert. Nous demandons aux gens d'échanger, de parler dans le respect des personnes. C'est notre label de qualité.» Le ministère s'est montré très satisfait du travail accompli par les membres de la Chaire. «Cela a permis à la Côte d'Ivoire de poser les assises d'un corps professionnel soudé dont elle a besoin pour encadrer un système éducatif hors de tous conflits, croit Philippe Jonnaert. Il y avait une réelle volonté politique de changer les mentalités, d'amener les gens à un vivre-ensemble tout en faisant la promotion de l'accès pour tous à l'éducation.»

Depuis la dernière session de formation des inspecteurs, en août dernier, des élections ont eu lieu en Côte d'Ivoire. «Pour l'instant, nous sommes dans une période d'attente, mais nous espérons une suite au projet, dit Pierre Toussaint. La Côte d'Ivoire est un pays en émergence, où il règne désormais un climat de paix. Il faut profiter de ce momentum pour accompagner les Ivoiriens dans leurs projets.»

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Commentaires

Je suis résident permanent, originaire de ce pays, la Côte d'Ivoire. Je voudrais remercier toutes ces hautes personnalités qui ont participé à ce projet. J'espère avoir un jour l'occasion d'échanger avec l'une d'entre elles afin de leur apporter mes suggestions. Ayant été moi-même conseiller pédagogique, donc collaborateur direct des inspecteurs généraux, dans ce pays. Merci et au plaisir d'une prochaine rencontre,