Stress prénatal et obésité

L'exposition à une catastrophe naturelle augmente les risques d'obésité durant l'enfance, révèle une étude.

5 Juin 2015 à 16H13

Photo: iStock

L'État de l'Iowa, dans le Midwest américain, a connu de graves inondations au printemps 2008. «Cela a occasionné des déplacements de population importants, des pertes matérielles et financières, et, bien sûr, un stress élevé chez les personnes touchées, parmi lesquelles des femmes enceintes», souligne Kelsey Dancause. Professeure au Département des sciences de l'activité physique depuis l'été 2014, la jeune chercheuse a consacré ses études postdoctorales à analyser les relations entre le stress maternel prénatal (SMP) vécu par quelques-unes de ces femmes et la croissance de leurs enfants. Elle vient de publier les résultats de ses recherches dans le Journal of Obesity.

«Les expérimentations sur des animaux montrent que le stress maternel induit peut influencer le fœtus de façon à rendre l'individu à naître plus susceptible de présenter des retards de développement et de souffrir de différentes maladies au cours de la vie, explique Kelsey Dancause. Mais nous savons peu de choses sur les effets à long terme du stress maternel prénatal sur le développement du fœtus humain et de l'enfant.»

Le défi pour les chercheurs est de trouver des cohortes de femmes enceintes ayant subi des épisodes de stress intense. «Il serait peu éthique pour les chercheurs d'assigner de façon randomisée certaines femmes enceintes à un groupe soumis à un stress et d'autres à un groupe témoin, comme on le fait avec les animaux de laboratoire», souligne la professeure. Voilà pourquoi sa recherche s'inscrit sous la bannière de la Stress in Pregnancy International Research Alliance (SPIRAL), qui mesure le stress maternel de populations de femmes enceintes ou en post-partum qui ont été exposées à des désastres naturels.

Stress in Pregnancy International Research Alliance (SPIRAL)

L'alliance regroupe trois études en cours sur le stress maternel prénatal en lien avec trois désastre naturels ayant eu lieu dans le monde:

1. La tempête de verglas au Québec en 1998
2. Les inondations en Iowa, aux États-Unis, en 2008
3. Les inondations du Queensland, en Australie, en 2011

«Lorsqu'une personne est soumise à une situation qu'elle perçoit comme stressante,  le cerveau déclenche une série de réactions qui mèneront ultimement à libérer les hormones liées au stress, tel le cortisol», explique Kelsey Dancause. Ces hormones, qui aident à préparer l'individu à faire face au danger, peuvent passer de la mère au fœtus via le placenta. «Cette exposition peut avoir des conséquences non seulement sur le développement du fœtus, mais également sur le développement postnatal», ajoute la professeure.

Le Projet Verglas

En 1998, la professeure Suzanne King, de l'Université McGill, a recruté près de 150 familles dont la femme était enceinte durant la tempête de verglas. Un suivi à 6 mois, 2 ans, 4 ans, 5 ans et demi, 8 ans et demi et 13 ans a démontré des effets significatifs du SMP sur le tempérament, les troubles de comportement (rapportés par les parents et les enseignants), le développement moteur et physique, le Q.I., l'attention, et le développement du langage chez ces enfants. On a, entre autres, observé un taux d'obésité plus élevé que la normale. L'étude se poursuit maintenant que les enfants ont atteint l'adolescence.

Dans les années 1990, plusieurs études ont démontré que les petits bébés – on parle de bébés de moins de 2500 g ou 5,5 livres – avaient un risque plus élevé de développer du diabète, de l'obésité et de l'hypertension (comme les très gros bébés, par ailleurs). «Or, le Projet Verglas a démontré que le stress maternel prénatal prédispose à accoucher de bébés plus petits», souligne Kelsey Dancause, qui a travaillé avec la professeure King lors de ses études postdoctorales.

L'Iowa Flood Study

Kelsey Dancause Photo: Robin Drolet

Menée par la professeure King et le Dr. Michael O'Hara, de l'Université de l'Iowa, l'étude sur les inondations de 2008 en Iowa poursuit les travaux amorcés par le Projet Verglas avec un plus grand échantillon, soit 270 femmes enceintes. «Nous avons complété les analyses des données recueillies alors que les enfants avaient deux ans et demi et quatre ans, souligne la chercheuse. On a évalué leur développement physique, moteur et cognitif. Les résultats auprès d'un échantillon de 106 enfants confirment ceux obtenus au cours du Projet Verglas, à savoir que les risques d'obésité durant l'enfance sont légèrement plus élevés chez les enfants exposés in utero au stress maternel.»

Plusieurs raisons expliqueraient cette corrélation. «Chez les animaux, des études ont démontré que les cellules bêta du pancréas hypersécrètent de l'insuline et sont moins sensibles au glucose après une exposition au stress prénatal, explique la chercheuse. Il est donc raisonnable de croire que le métabolisme cellulaire des petits bébés est affecté par les hormones du stress transmises par la mère. On remarque aussi que les petits bébés ont tendance à préférer la nourriture plus grasse durant l'enfance et à éprouver des problèmes à réguler leur appétit.»

Kelsey Dancause poursuit son étude auprès de cette cohorte américaine. «L'obésité est un problème de santé publique, dit-elle. Nous espérons que les résultats de nos recherches permettront d'améliorer l'environnement des femmes enceintes et, de fil en aiguille, la santé de leurs enfants à naître. Bien sûr, on ne contrôle pas les désastres naturels, mais on peut effectuer un meilleur suivi des enfants qui ont été exposés à un stress maternel prénatal élevé.»

Stress au quotidien

La professeure, qui s'intéresse également au stress quotidien vécu par les femmes défavorisées de la région de Montréal, se rend ces jours-ci au Vanuatu, un archipel dans le Pacifique Sud, afin de poursuivre des recherches auprès de populations défavorisées amorcées lors de ses études doctorales. «Je veux analyser le stress maternel prénatal dans un pays en développement, où les femmes enceintes ont à composer avec les risques de maladies et l'insécurité alimentaire, dit-elle. Je pensais réaliser une étude portant uniquement sur le stress au quotidien, mais le pays a été frappé par un cyclone majeur en mars dernier. J'amorcerai donc la première étude sur le SMP après une catastrophe dans un pays en développement.» À suivre!

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