Un chercheur-entrepreneur

Avec NeuroMotrix, le doctorant en biologie Benoit Carignan veut aider les personnes souffrant de troubles neurologiques.

12 Février 2015 à 9H35

Benoit CarignanPhoto: Nathalie St-Pierre

Il s'agit d'une année chargée pour Benoit Carignan. Le doctorant en biologie travaille à la fois sur le développement d'une entreprise appelée NeuroMotrix, sur une application pour téléphone intelligent qui permet de mesurer les tremblements des patients atteints de Parkinson… et sur sa thèse.

L'automne dernier, le doctorant et ses collègues diplômés de la maîtrise en kinanthropologie Catherine Lavigne-Pelletier et Jean-François Daneault ont remporté le concours «Entrepreneuriat et innovation» du Service des partenariats et du soutien à l'innovation de l'UQAM, doté d'une bourse de 5 000 dollars. Ce montant les a aidés à poursuivre l'aventure NeuroMotrix, une entreprise en deux volets complémentaires: un logiciel visant à optimiser l'activité physique et un centre d'entraînement adapté à la condition des personnes atteintes de troubles neurologiques.

«Plusieurs études démontrent que l'exercice physique peut améliorer la qualité de vie des personnes atteintes de troubles neurologiques tels que la maladie de Parkinson, la maladie d'Alzheimer, la sclérose en plaques ou la fibromyalgie, souligne Benoit Carignan. L'activité physique peut diminuer leurs symptômes et même ralentir la progression de la maladie. Le problème, c'est que les centres d'entraînement conventionnels ne sont pas en mesure de répondre adéquatement à leurs besoins.»

Le projet des étudiants a été retenu cet hiver dans le cadre de l'événement Défi Montréal, un programme d’accélération de trois mois pour les entreprises innovantes, qui comprend cinq jours de formation, un accompagnement d’affaires, une présentation à un comité d’investisseurs, d’entrepreneurs en série et d’experts, la promotion des projets retenus et l’accès à des locaux pour le travail d’équipe. «Ce n'est pas un concours, mais plutôt une vitrine exceptionnelle pour établir un réseau de contacts et propulser notre projet, précise Benoit Carignan. Nous souhaitons en effet ouvrir un centre NeuroMotrix d'ici la fin de l'année 2015!»

Un projet de thèse prometteur

Dans le cadre de ses recherches doctorales sous la direction du professeur Christian Duval, du Département de kinanthropologie, Benoit Carignan a développé un outil pour faciliter le diagnostic des symptômes moteurs de la maladie de Parkinson. «Il s'agit d'un local équipé de 16 caméras vidéo reliées à un ordinateur qui permettent de capter les mouvements du patient et d'évaluer instantanément sa condition, explique le jeune chercheur. Nous avons conçu notre outil pour le Parkinson, mais cela pourrait s'appliquer éventuellement à tous les troubles du mouvement.»

Une application pour téléphone intelligent

Cet outil vient s'ajouter à un autre développé il y a quelques années par une équipe comptant entre autres le professeur Duval, Benoit Carignan et Jean-François Daneault. Les chercheurs avaient mis au point une application pour téléphone intelligent qui mesure l'amplitude des tremblements de personnes atteintes de Parkinson. Le fruit de leur recherche vient de faire l'objet d'un chapitre dans l'ouvrage Mobile Health Technologies (Springer, New York, 2015).

«Tous les téléphones intelligents sont aujourd'hui dotés d'un accéléromètre, explique Benoit Carignan. C'est l'outil qui détecte l'orientation de l'appareil et qui permet d'afficher les images et les pages Web dans le bon sens.» Les chercheurs ont jumelé l'accéléromètre à un algorithme de leur conception, lequel permet de calculer sur le champ l'amplitude des tremblements d'une personne qui tient le téléphone. La version bêta de l'application a été testée en clinique auprès d'une dizaine de patients. «Elle permet de prédire correctement le score clinique des tremblements observés visuellement, autant pour les personnes atteintes de Parkinson que pour celles souffrant de tremblements essentiels», précise le chercheur. Une personne atteinte de Parkinson éprouve des tremblements au repos, lesquels s'atténuent généralement lorsqu'elle effectue une tâche donnée. Dans le cas des tremblements essentiels (le trouble du mouvement le plus commun), la personne voit l'un de ses membres trembler lors d'une tâche précise, mais pas au repos.

Une étude de marché pour déterminer s'il existe un besoin pour ce genre d'application dans le milieu médical est prévue, annonce Benoit Carignan. «Notre outil ne remplacera jamais le diagnostic visuel, mais il pourrait être complémentaire en fournissant aux médecins des données enregistrées dans la vie quotidienne et non pas uniquement observées lors d'une visite annuelle.»

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