Les arts médiatiques dans tous leurs états

L'UQAM accueille le colloque international Re-Create 2015 sur la recherche-création en arts médiatiques.

2 Novembre 2015 à 15H53

Biomateria, oeuvre de l'artiste WhiteFeather Hunter.
Photo :Hexagram

Plus de 80 chercheurs représentant une vingtaine de pays se réuniront au Cœur des sciences et à l'Université Concordia, du 5 au 8 novembre, dans le cadre du colloque international Re-Create 2015: théories, méthodes et pratiques de recherche-création dans l'histoire des arts, des sciences et des technologies médiatiques. L'événement est organisé par les deux centres Hexagram de l'UQAM et de l’Université Concordia, antennes clés du plus important réseau international de recherche-création en arts, design et technologies médiatiques. Les participants au colloque proviennent de divers horizons disciplinaires: art numérique, design, sociologie, histoire de l'art, anthropologie, communication, philosophie.

La professeure de l'École des arts visuels et médiatiques Gisèle Trudel, codirectrice d'Hexagram avec Christopher Salter, de l'université Concordia, est aussi coresponsable du colloque. Elle se réjouit d'accueillir cet événement prestigieux. «L'organisme autrichien Media Art Histories (MAH) chapeaute l'International Conference on the Histories of Media Art, Science and Technology, un colloque biennal dont l'organisation fait l'objet d'un concours international, explique-t-elle. Cette année, MAH a accepté le projet Re-Create d'Hexagram, axé sur la recherche-création en arts médiatiques et numériques. Le colloque biennal est ainsi de retour au Canada pour la première fois depuis l’édition inaugurale présentée à Banff, en 2005.»

Selon la chercheuse, Hexagram a contribué à faire en sorte que le Québec et le Canada soient à la fine pointe des arts médiatiques et technologiques dans le monde. «Au tournant des années 2000, rappelle-t-elle, Hexagram a été parmi les premiers centres de recherche au pays à recevoir des subventions de la Fondation canadienne pour l'innovation (FCI), laquelle finance des infrastructures et des équipements de recherche.»

Aujourd'hui, les disciplines artistiques faisant appel à des méthodes, à des instruments et à des concepts technoculturels reçoivent un appui croissant d’organismes subventionnaires à l’échelle internationale. «La pratique créatrice numérique peut contribuer à une réflexion critique sur les transformations provoquées par la présence accrue des technologies dans notre quotidien», souligne Gisèle Trudel.

Spécificité de la recherche-création

L'intégration dans les universités des disciplines artistiques a favorisé l'émergence de la recherche-création. Ce type particulier de recherche, objet central du colloque, traverse l'ensemble des disciplines artistiques, mais revêt des formes particulières qui varient selon chacune d'elles.

«Qu'elle porte sur des matériaux, des objets, des techniques ou des concepts, la recherche-création propose un modèle qui intègre la théorie et la pratique ainsi que l’expérimentation, observe la professeure. L'expérimentation relie des disciplines interprétatives, relevant des sciences humaines, et créatives, relevant des arts et du design. On peut être un théoricien et s'adonner à la pratique créatrice ou un créateur qui s'intéresse à la théorie.»

Ce qui fait la spécificité de la recherche-création dans les domaines des arts médiatiques et technologiques, c'est son caractère interdisciplinaire, poursuit Gisèle Trudel. «Dès la fin des années 90, les artistes présents dans les universités se sont consacrés à des recherches interdisciplinaires. Les chercheurs et artistes d'Hexagram, par exemple, n'ont jamais travaillé en solitaires dans leurs ateliers.»  

Les participants au colloque aborderont plusieurs questions thématiques associées au processus de recherche-création. Ils se demanderont, entre autres, quels sont les cadres théoriques qui, depuis l’art conceptuel et la cybernétique des années 1960, ont alimenté la recherche-création en arts médiatiques. Ils interrogeront également les fruits des collaborations entre artistes, scientifiques et ingénieurs et examineront de quelle façon les milieux de recherche et de pratique en arts médiatiques ont évolué en dehors des sphères dominantes de l’Europe et de l’Amérique du Nord.

Symposium étudiant

Le colloque accueillera un symposium des chercheurs émergents, le 4 novembre, à l’UQAM. Il s'agit d'une rencontre organisée par et pour des étudiants de cycles supérieurs des universités montréalaises.

«Les préoccupations des étudiants, note la professeure, concernent leur rôle au sein et à l'extérieur des institutions universitaires ainsi que les préjugés à l'égard de la recherche-création, laquelle est parfois considérée comme une activité de recherche moins noble que celles menées en sciences et en sciences sociales. Pourtant, la recherche-création, y compris en arts médiatiques, contribue elle aussi à l'avancement des connaissances.»

Conférencières d'honneur

Re-Create 2015 présentera des conférences de trois femmes artistes et théoriciennes de renommée internationale: la pionnière de l’art vidéo Joan Jonas, la conservatrice des nouveaux médias Christine Van Assche et l’artiste médiatique Skawennati.

L'artiste américaine Joan Jonas, également professeure d’art émérite au Massachusetts Institute of Technology, est une figure majeure de l’art multimédia. Ses expérimentations et productions de la fin des années 1960 et du début des années 1970 influencent encore les développements contemporains de la vidéo, de la performance et du théâtre. Autre figure marquante du milieu des arts médiatiques, Christine Van Assche est actuellement  conservatrice honoraire au Centre Georges-Pompidou de Paris. Née à Kahnawake, au Québec, Skawennati vit à Montréal. Ses projets ont été diffusés en Amérique du Nord, notamment au Musée d’art contemporain. Membre fondatrice du collectif d’artistes des Premières Nations Nation to Nation, elle est codirectrice du réseau de recherche Aboriginal Territories in Cyberspace (AbTeC).

Activités satellites

Les participants au colloque seront invités à découvrir le dynamisme de la communauté des arts médiatiques à Montréal grâce à plusieurs activités connexes organisées par des organismes culturels. Ainsi, la Galerie de l'UQAM présente Connexion, une exposition consacrée à l'artiste canadien Hank Bull, un pionnier des arts médiatiques. La FOFA Gallery de l'Université Concordia propose, pour sa part, deux expositions. La première porte sur les installations de WhiteFeather Hunter et Tristan Matheson, alors que la seconde présente Tourmente, une installation vidéo interactive du professeur Jean Dubois, de l'École des arts visuels et médiatiques, qui met en scène l’expérience corporelle et multisensorielle du spectateur. La façade du pavillon Président-Kennedy de l’UQAM sera le site d'une projection architecturale générée à partir de la force du vent et des fréquences électromagnétiques. Ce projet, intitulé Irradier, a été conçu par Gisèle Trudel.

Enfin, le plus récent projet d’art robotique de Bill Vorn, membre fondateur d’Hexagram et professeur à l’Université Concordia, sera réalisé en direct au cours du colloque. Celui-ci propose une manière insolite d’évoquer un spectacle burlesque par la mise en scène de machines produisant de la musique et des robots dansants.

PARTAGER
COMMENTAIRES 0 COMMENTAIRE