Rendez-vous féministe

Quelque 900 congressistes provenant de divers milieux de la recherche féministe dans la francophonie sont attendus à l'UQAM.

19 Août 2015 à 17H47

Une génération de jeunes femmes se réapproprie les questions féministes et prend acte que l'égalité réelle n'est pas encore acquise. Photo: Istock

L'Institut de recherches et d'études féministes (IREF), le Réseau québécois en études féministes (RéQEF) et le Service aux collectivités de l'UQAM accueilleront, du 24 au 28 août prochains, le 7Congrès international des recherches féministes dans la francophonie (CIRFF 2015). Quelque 900 congressistes, femmes et hommes, provenant de 40 pays se réuniront autour du thème Penser, Créer, Agir.

Plus de 130 séances de discussion (colloques, ateliers), portant sur un large éventail de thèmes, se dérouleront sous trois grands axes: la contribution des recherches féministes de langue française à l’avancement des connaissances; le changement social, l’égalité, la justice et la solidarité dans les contextes du néolibéralisme, du néocolonialisme et de la globalisation, avec un accent particulier mis sur la situation des femmes autochtones; les pratiques féministes, le militantisme et le mouvement des femmes.

Le congrès rassemblera tout ce que le monde francophone compte en termes de chercheuses francophones et francophiles, ainsi que des représentantes de la Fédération des femmes du Québec, du Conseil du statut de la femme et des milieux communautaire et militant.

«Le fait de tenir un congrès sur les études et les recherches féministes dans l'espace francophone mondial est une façon de défendre et de soutenir la possibilité de faire de la recherche en français dans un univers où l'anglais demeure la langue dominante sur le plan des communications et des publications scientifiques», explique Rachel Chagnon (Ph.D. histoire, 2009), professeure au Département des sciences juridiques et directrice de l''IREF.

Dans le monde francophone, les recherches féministes sont particulièrement éclatées. «Certaines chercheuses s'intéressent à la question du patriarcat, d'autres aux droits des LGBT et au rapport entre choix individuels et projet collectif, d'autres encore au rôle des structures sociales dans la reproduction des genres», précise la professeure.

«Le thème général du congrès, Penser, Créer et Agir, a été conçu de manière à «refléter la diversité des courants de pensée et des engagements féministes», souligne la professeure du Département de sociologie Francine Descarries, directrice scientifique du RéQEF et responsable du comité scientifique du congrès. Il sera notamment question de la création des femmes et des recherches féministes en littérature, théâtre, danse, cinéma et autres disciplines artistiques. «Le volet Projette ton féminisme mettra en valeur des contributions de cinéastes et metteures en scène du Québec et de l'étranger. Nous aurons même une foire du livre où seront présentées des lectures en direct», note la professeure

De nouvelles sensibilités

Une place de choix sera accordée aux idées, tendances et débats féministes émergents. «Les thèmes de l'intersexualité et de la transsexualité représentent des enjeux importants, mais délicats, qui questionnent les notions mêmes de féminin et de masculin, observe Rachel Chagnon. Une réflexion se développe, par ailleurs, sur le rapport des féministes à l'autre, sur les liens et les rapports de pouvoir entre les féministes blanches et les femmes des minorités culturelles.»

De nouvelles sensibilités féministes apparaissent aussi en lien avec des thèmes traditionnels. «La maternité, par exemple, est abordée aussi bien sous l'angle des nouvelles technologies de reproduction que de la violence subie par des femmes au moment de l'accouchement», observe Francine Descarries.

Les questions qui divisent le mouvement féministe, comme celle de la décriminalisation de la prostitution, seront abordées dans le respect des différentes tendances.

Un regain d'intérêt

Le congrès suscite beaucoup de curiosité chez les jeunes et les étudiantes, notamment les cégépiennes. «Une génération de jeunes femmes se réapproprie les questions féministes et prend acte que l'égalité réelle n'est pas encore acquise, affirme Rachel Chagnon. D'ailleurs, nous constatons, à l'IREF, une hausse notable du nombre d'inscriptions dans notre programme de certificat en études féministes.»

Francine Descarries se réjouit de l'existence d'une relève dans le monde de la recherche féministe. «Nous formons plus que jamais des chercheuses capables de produire une connaissance scientifique de haut niveau, tout en étant engagées dans divers milieux de pratique. Des chercheuses de plus en plus spécialisées aussi. Un phénomène qui n'existait pas il y a 30 ou 40 ans.»

Le mythe de «l'égalité-déjà-là»

Selon les deux professeures, le mouvement féministe est actuellement confronté à des défis importants. «Il faut se battre contre les politiques d'austérité qui frappent les femmes de plein fouet et contre le mythe de l'égalité-déjà-là, dit Rachel Chagnon. À ce chapitre, l'actualité ne cesse de nous donner raison, depuis Donald Trump, candidat à  l'investiture républicaine pour la Maison Blanche, qui a tenu récemment des propos sexistes à l'endroit d'une journaliste, jusqu'au controversé blogueur américain Roosh V, qui affirme que le viol devrait être légal dans les espaces privés.» Le troisième défi, ajoute Francine Descarrie, «consiste à intégrer dans des cadres de pensée théorique les multiples besoins et conditions des femmes.»

Solidaires des femmes autochtones

Afin de souligner le 40e anniversaire de Femmes autochtones du Québec (FAQ), le 30e anniversaire de l’amendement C-31 de la Loi sur les Indiens et par devoir de mémoire à l’égard des centaines de femmes autochtones assassinées ou portées disparues au cours des dernières décennies au Canada, le CIRFF 2015 se penchera sur la situation, le rôle et le leadership des femmes autochtones au moyen de diverses activités:

La jeune poète et slameuse Innue Natasha Kanapé Fontaine, militante pour les droits autochtones et récipiendaire du Prix de la Société des écrivains francophones d’Amérique en 2013, fera une prestation le lundi 24 août, à 16 h;

La professeure Francine Descarries animera une plénière, le mardi 25 août, à 19 h 30, sur la recherche avec, pour et par les femmes autochtones. Seront présentes Viviane Michel, présidente de Femmes autochtones du Québec (FAQ), Joanne Ottereyes, coordonnatrice du dossier international à la FAQ, Suzy Basile, doctorante en sciences de l'environnement à l'Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue, et Carole Lévesque, anthropologue à l’Institut national de recherche scientifique (INRS).

Le mercredi 26 août, à 9 h, un colloque intitulé Violences envers les femmes autochtones, abordera les spécificités des violences envers les femmes autochtones au Canada, au Mexique et ailleurs. Le même jour, à 16 h, un atelier dit «expérientiel», Le cercle et la boîte, abordera la question du traumatisme historique et de ses conséquences intergénérationnelles sur les familles au sein des communautés autochtones du Canada. Cet exercice est enseigné et utilisé dans la tradition orale et est devenu un outil international dans divers domaines, dont ceux du travail social, de la psychologie, du développement communautaire et de l’éducation.

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COMMENTAIRES 1 COMMENTAIRE

Commentaires

Super pour la conférence. Pour l'image de l'article, puis-je suggéré, au nombre de groupes féministes qu'il y à l'UQAM ainsi qu'une publication féministe, de prendre une photo montrant un peu plus de diversité que cette photo prise sur iStock et bien blanchie?