De «bonnes» connexions

Les connexions politiques et sociales sont bénéfiques pour l'entreprise, mais pas nécessairement pour la société.

3 Mai 2016 à 11H29

Série Acfas 2016
Un nombre record de chercheurs de l'UQAM ont organisé des colloques en vue du Congrès de l'Acfas 2016, qui se tiendra en nos murs du 9 au 13 mai. Actualités UQAM propose une sélection des événements scientifiques présentés par des Uqamiens dans divers domaines de la connaissance.

«Les entreprises qui ont un bon réseau de relations affichent une meilleure performance financière et peuvent obtenir des ressources et des prêts plus facilement», affirme Saidatou Dicko, professeure au Département des sciences comptables.Photo: iStock

La commission Charbonneau a dévoilé les scandales de corruption et de collusion dans l'industrie de la construction au Québec, mais elle a aussi mis en lumière un fait indéniable. «Les connexions sont extrêmement positives pour les entreprises, affirme la professeure du Département des sciences comptables Saidatou Dicko, coresponsable du colloque Les enjeux des connexions politiques et sociales pour les organisations (12-13 mai) avec son collègue Hassan El Ibrami. Celles qui ont un bon réseau de relations affichent une meilleure performance financière et peuvent obtenir des ressources et des prêts plus facilement.»

Mais ce qui est bénéfique pour les entreprises ne l'est pas nécessairement pour l'ensemble de la société. «Dès le milieu du 20e siècle, le sociologue français Pierre Bourdieu démontrait que les entreprises connectées formaient l'élite économique et dominaient la classe politique, dit Saidatou Dicko. Malgré les luttes sociales – on pense notamment au mouvement Occupy Wall Street –, la situation ne s'est pas améliorée depuis Bourdieu: l'écart entre les riches et les pauvres continue de s'agrandir et les élites dominent la planète.» En ce qui concerne les petites et moyennes entreprises, le portrait est différent. «Les PME ont beaucoup de contraintes administratives et gagneraient à développer des connexions politiques et sociales.», note la professeure.

Saidatou Dicko.Photo: Émilie Tournevache

Saidatou Dicko a fait sa thèse doctorale sur les connexions politiques de la multinationale Power Corporation avant de devenir professeure à l'École des sciences de la gestion, en 2010. «J'avais postulé dans une autre université québécoise, mais on m'a demandé d'abandonner mon sujet de thèse parce que la faculté était financée par Power Corporation, raconte-t-elle. À l'ESG, j'ai la liberté de faire des recherches en dehors du courant dominant.»

La professeure souhaite que le colloque suscite la discussion, notamment chez les étudiants en sciences comptables. «La société gagnerait beaucoup à ce que les futurs comptables développent leur sensibilité aux questions éthiques. À l'heure actuelle, les lois comptables favorisent les entreprises en leur évitant de payer des impôts. Mais ce qui est légal n'est pas nécessairement moral.»

Parmi les conférenciers présents au colloque, on retrouvera l'auteur et philosophe Alain Deneault, spécialiste des paradis fiscaux, ainsi que le député de Québec solidaire Amir Khadir.

PARTAGER
COMMENTAIRES 0 COMMENTAIRE