Du dessin au film d'animation

Le travail de création de Michèle Lemieux fait l'objet d'une exposition au Centre de design.

23 Septembre 2016 à 15H07

Le travail de création de Michèle Lemieux fait l'objet d'une exposition au Centre de design.
Photo :Nathalie St-Pierre

Après avoir remporté un vif succès au Centre culturel canadien à Paris plus tôt cette année, l’exposition Le tout et la partie. Michèle Lemieux, du dessin au film d’animation est maintenant présentée au Centre de design de l’UQAM jusqu'au 6 novembre prochain. Consacrée au travail de l'illustratrice, cinéaste et professeure à l’École de design, cette exposition permet au public de découvrir ses nombreux carnets de croquis en lien avec les films d’animation qu’elle a réalisés à l’Office national du film (ONF), entre 2003 et 2012, notamment à l'aide d'un  instrument singulier, l’écran d’épingles. Grâce à un prêt du Centre national du cinéma et de l'image animée (France), les visiteurs peuvent examiner de près un écran d’épingles créé en 1937, à Paris, par ses inventeurs, le couple de cinéastes Alexander Alexeïeff et Claire Parker.

Ce projet découle d'une collaboration continue entre Michèle Lemieux et la commissaire de l'exposition, Angela Grauerholz, également professeure à l'École de design. «Entre Angela et moi, il y a une longue histoire d'amitié et d'échanges, surtout sur le processus de création et sur la recherche qui lui est associée, dit la professeure. Nous nous intéressons à la façon dont les idées prennent forme dans la création. Pour procéder à une relecture de mon travail, Angela a eu accès à tous mes carnets d'esquisses, lesquels contiennent des ébauches, des notes de recherche, des observations et des réflexions.» 

Les dessins des carnets sont au fondement du travail de Michèle Lemieux en film d'animation, souligne Angela Grauerholz. «Une fois sur papier, les dessins deviennent une matière première pour ses projets. Ce sont des idées rendues visibles. On voit que Michèle est fascinée, notamment, par la thématique de l'étrangeté, par les croisements entre humain et animal, par les comportements des gens, par les portraits.»

L’exposition s'accompagne d’une publication, Pour ne pas interrompre le geste, à la fois catalogue et livre d’artiste.

Entre illustration et animation

Avant d’aborder le monde du cinéma d’animation, Michèle Lemieux était surtout connue pour son travail d'illustratrice en littérature jeunesse. «C'est le cinéma d'animation qui est venu vers moi, dit-elle. À la fin des années 90, Pierre Hébert, directeur de production du studio d'animation de l'ONF, avait remarqué un livre que j'avais écrit et illustré, Nuit d'orage. On m'a demandé si je voulais faite un court métrage à partir de mon récit et j'ai dit oui. C'est vrai que ce livre avait les caractéristiques d'un film d'animation puisqu'il se lisait un peu comme un story board

Ce premier film a donné la piqûre à l'illustratrice. «Voir ses dessins se mettre en mouvement est toujours une expérience fascinante. Et le studio d'animation de l'ONF accorde une très grande place à la recherche-création. Dans l'animation, je suis le maître d'œuvre du scénario, des images et de la réalisation.»

À ne pas manquer

Le court métrage Le grand ailleurs et le petit ici fera l'objet d'une présentation spéciale au Centre de design le 19 octobre, à 18h, et sera commenté par Michèle Lemieux. Une version adaptée du film, réalisée par le diplômé en design Charles Desmarais, sera projetée sur la façade du Centre de design jusqu'au 6 novembre, de 18h à 23 h.

On peut voir ici la vidéo Le grand ailleurs et le petit ici - Michèle Lemieux et les secrets de l'écran d'épingles.

240 000 épingles

«Le public aura le privilège de voir non seulement le travail préparatoire d'une œuvre en circulation, soit le court métrage d'animation Le grand ailleurs et le petit ici, mais aussi celui relatif à un projet en cours de réalisation, Le tableau (titre de travail)», souligne Angela Grauerholz. Réalisé à partir de l'écran épingles,  Le grand ailleurs et le petit ici a remporté plusieurs prix à travers le monde. Il raconte l'histoire d'un homme qui cherche à saisir le sens de l'univers. Dans son petit ici ceinturé d’un mur, il tente de trouver la clé donnant accès aux mystères du grand ailleurs.

L’écran avec lequel travaille Michèle Lemieux est perforé de milliers de trous créés par des tubes, chacun traversé par une aiguille rétractable. Il en compte 240 000. Éclairées latéralement, celles-ci projettent des ombres. Cette trame d'épingles et d'ombres crée ainsi une gamme de dégradés allant du noir au blanc, donnant à l'image animée l'aspect d'une gravure ou d'un dessin au fusain. Une caméra fixe capte chaque dessin et le transmet à l’écran d’ordinateur.

«Cet écran est unique en Amérique du Nord, note Michèle Lemieux. Le grand cinéaste d'animation canadien Norman Mclaren en était fou. Il avait réussi à convaincre ses inventeurs d'en vendre un exemplaire à l'ONF, qui l'a acquis en 1973. Le cinéaste d'animation Jacques Drouin a été le premier à l'utiliser à cette époque. Il a réalisé tous ses films à l'aide de l'écran d'épingles. Après sa retraire,  j'ai eu la chance de prendre la relève.»

Comme un stradivarius

L'écran d'épingles est un outil à la fois exigeant et ludique. Il faut pouvoir dessiner de la main gauche aussi bien que de la main droite, une main devant et l'autre derrière. Chaque erreur est potentiellement fatale et nécessite soit de tout refaire, soit de transformer l'erreur en autre chose. «La beauté de l'instrument réside dans ces contraintes, souligne la professeure. À une époque où nous sommes sécurisés de toutes parts, on oublie que la création est souvent liée au hasard ou à des accidents. Enfin, l'écran d'épingles a une autre caractéristique: seulement une personne à la fois peut l'utiliser. C'est comme jouer avec un stradivarius.»

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