Géologue engagé

Expert en décontamination des sols, Christophe Gamsonré veut changer les choses en Afrique. 

14 Novembre 2016 à 15H17

Série Tête-à-tête
Rencontre avec des diplômés inspirants, des leaders dans leur domaine, des innovateurs, des passionnés qui veulent rendre le monde meilleur.​

Christophe GamsonréPhoto: Nathalie St-Pierre

Quand est venu le temps pour Christophe Gamsonré (B.Sc. géologie, 05; M.Sc. sciences de la Terre, 08; Ph.D. sciences de la Terre et de l'atmosphère, 14) de choisir une profession, son père, ingénieur dans les mines du Burkina Faso, lui a dit: «Surtout pas la géologie, fiston!» Un baccalauréat, une maîtrise et un doctorat en géologie et sciences de la Terre plus tard, fiston a écouté à moitié le conseil de son père: chargé de projets en recherche et développement chez Enutech, une firme fondée par un autre diplômé, Philippe Giasson (M.Sc. sciences de l'environnement, 98; Ph.D. ressources minérales, 06, avec UQAC), il utilise son savoir scientifique non pas dans l’exploitation des mines, mais dans la décontamination des sols. À 33 ans, ce jeune Nord-Américain d’origine africaine – ou Africain nord-américanisé, c’est selon – est résolument vert, et veut changer les choses en Afrique.

C'est en janvier 2002, à l’âge de 18 ans, que Christophe Gamsonré débarque dans un Montréal glacial pour y poursuivre ses études. Un ami de son père, ancien étudiant de l’UQAM, lui a recommandé le système universitaire nord-américain, reconnu pour son pragmatisme. À son arrivée, affaibli et frigorifié, il se tape… une crise de paludisme! Puis, c’est le choc: le jeune homme est le seul membre d'une minorité visible dans sa classe! Autre choc, académique celui-là: «Le prof nous annonce ce qu’il y aura dans l’examen et les pages qu’on doit étudier. Venant du système français, je croyais qu’il nous tendait un piège. J’ai donc tout étudié, sauf ce que le prof avait dit! »Il a eu 45%... «C’est quoi ce système??»

Quelques sessions plus tard, une excellente note en chimie – 99 % dans un examen difficile – sera déterminante pour la suite de sa carrière. Elle attire l’attention du professeur Alfred Jaouich. «D’où viens-tu?», lui demande ce dernier. «En apprenant que je venais du Sahel, raconte le diplômé, il m’a parlé de la désertification et il m’a ouvert les yeux sur les possibilités des sciences de l’environnement. Ce fut une illumination!»

À la fin de son baccalauréat, Christophe Gamsonré revoit Alfred Jaouich, qui l’incite à s’inscrire à un DESS en exploration et protection des ressources naturelles non renouvelables, en collaboration avec l’Université d’Orléans. Le jeune homme connaît bien la France, patrie de sa mère. Mais de ces quelques mois où il goûte à nouveau au système français – «et aux cours théoriques de huit heures!» –, il conclut qu’il est résolument devenu nord-américain, un constat qu'il refera lors de son stage dans une mine d’or de son pays natal gérée par des Canadiens. Quand il se plaint de déversements polluants dans les lacs auprès d’un supérieur, celui-ci lui dit: «Christophe, tu n’es plus un Africain. Tu as passé trop de temps en Amérique du Nord.»

Il revient au Canada, termine sa maîtrise, et l’idée du doctorat germe dans son esprit. «En Afrique, tu es respecté si tu as un doctorat. Par ailleurs, si je voulais y retourner, il fallait que je prenne une autre voie. L’industrie minière ne correspondait plus à mes valeurs.» Alfred Jaouich a justement un projet doctoral pour lequel il cherche un doctorant: la gestion terrestre des sédiments de dragage et les processus biophysicochimiques impliqués.

«Je veux créer des plateformes de transfert de technologie verte vers l'Afrique.»

Christophe Gamsonré

«Beaucoup de sédiments contaminés sont dragués par les bateaux au moment où ils accostent, explique Christophe Gamsonré, et on ne sait pas quoi en faire.» D’où l’idée d’un projet pilote à l’embouchure du Richelieu et du Saint-Laurent. Des bassins expérimentaux sont creusés. On y met des membranes textiles, qui empêchent le contact entre les sédiments (des métaux lourds et des hydrocarbures) et les sols. L’originalité de la thèse tient notamment aux conditions dans lesquelles les travaux sont menés: les sédiments sont exposés aux intempéries et on les réutilise dans les sablières en fin de vie, en les rendant inoffensifs grâce à la bioremédiation – qui consiste à décontaminer des milieux pollués au moyen de techniques chimiques – et à la bioaugmentation – qui stimule la flore bactérienne. «Ça a donné des résultats très positifs.»

Christophe Gamsonré a poursuivi ses recherches dans le cadre d'un postdoctorat financé notamment par Mitacs. «C’est un organisme subventionnaire qui rapproche l’entreprise du milieu académique. Il finance des technologies innovantes qui ont un potentiel commercial.» L'été dernier, le diplômé a présenté ses résultats de recherche lors de la cinquième conférence internationale sur la gestion des sédiments de dragage. «Il s'agit d'un problème mondial, dit-il. Des gens de partout s’y intéressent, dont ceux du ministère du Développement durable à Québec.»

Et l’Afrique? Avec la Banque Mondiale et la Banque interafricaine de développement, il souhaite mettre sur pied des projets adaptés au continent. «Je veux créer des plateformes de transfert de technologie verte vers l'Afrique», précise-t-il.

Au bout de trois semaines à Ouagadougou, Christophe se sent complètement «réadapté», dit-il, «comme si je n’étais jamais parti». Mais, pour l’instant, il s’agira d’allers-retours. Le jeune homme a désormais une petite famille à Montréal. Sa conjointe, «à moitié Québécoise et à moitié Chinoise» et lui ont une petite fille d’un an. «Une citoyenne du monde!»

Source:
INTER, magazine de l'Université du Québec à Montréal, Vol. 14, no 2, automne 2016.

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