Une histoire de pirates

Des étudiants en enseignement du théâtre animent des ateliers destinés à des élèves en classe d'accueil.

6 Décembre 2016 à 15H06

Première scène de la pièce créée par les élèves de la classe d'accueil de l'école secondaire Jeanne-Mance.
Photo :Nathalie St-Pierre

Angela, Adriana, Bruna, Dinh Thien, Yun-Der, Yuan, Rabab, Lucio… La vingtaine d'élèves de la classe d'accueil de l'école secondaire Jeanne-Mance pénètrent dans la salle de l'auditorium en coup de vent. C'est l'heure de l'atelier de théâtre. Sourires aux lèvres, les adolescents, âgés de 12 ans à 18 ans, s'installent sur la scène, forment un cercle et commencent leur échauffement sous la supervision des étudiants Gabriel Côté et Haumana Ituragi, du baccalauréat en art dramatique. L'activité ressemble à un jeu de tague. «Power ball!», lance d'une voix forte un écolier en touchant son coéquipier. «Cette série d'échauffements permet de libérer l'expressivité et la parole tout en dénouant le corps. C'est un jeu pour devenir plus attentif à l'autre et pour apprendre à travailler en équipe», explique le professeur Ney Wendell, de l'École supérieure de théâtre.

Depuis septembre, quelque 150 élèves en classes d’accueil participent pour la deuxième année consécutive à des ateliers de théâtre afin de favoriser les apprentissages en français et la communication. Les ateliers sont donnés par les étudiants du cours Production théâtrale en milieu scolaire du profil enseignement de l'art dramatique. La coordination du projet est assurée par Ney Wendell, en collaboration avec les conseillères pédagogiques de la Commission scolaire de Montréal Sonia Fréchette et Sylvie Berardino. «L'objectif est de favoriser les apprentissages au moyen d'outils utilisés en théâtre comme les marionnettes ou le théâtre d'ombres», précise Ney Wendell, un spécialiste du théâtre social.

En répétition

En ce jeudi après-midi du mois de novembre, les écoliers joueront deux scènes. Cela fait déjà plusieurs semaines qu'ils répètent et ils connaissent déjà les enchaînements. «On espère que d'ici le jour du spectacle, tous les élèves apprendront à bien se placer sur scène et comprendront leur rôle dans la pièce», disent les animateurs Gabriel Côté et Haumana Ituragi.

L'histoire de la pièce est simple: deux clans familiaux, les Nunez et les Huevos, doivent s'affronter dans un duel épique afin de déterminer lequel pourra remporter le trésor.

-«Navire à tribord!», lance un pirate du clan des Nunez.

-«Navire à bâbord», crie son adversaire.

-«Chargez les canons!»

-«Feu!»

Gabriel Côté interrompt la scène: «Il faut trouver un moyen pour traverser la mer et se rendre à l'autre bateau. Quelqu'un a une idée?»

«On pourrait y aller à la nage», suggère Marçal.

«Bonne idée! Tout le monde a compris? Chacun doit traverser à la nage!», précise Gabriel Côté.

«Au départ, nous voulions créer un spectacle autour des thèmes de la langue française et du processus d'apprentissage d'une langue, mais nous étions trop dans la métaphore: le niveau de connaissance de la langue des élèves allophones ne le permet pas, explique Haumana Ituragi. On a plutôt transformé cela en histoire de pirates à la recherche d'un trésor!»

«Comme nous étions limités dans le temps, nous avons choisi de leur imposer un thème, renchérit Gabriel Côté. Nous avons toutefois laissé aux élèves la liberté de choisir la fin de l'histoire.»

Moins menacés

L'enseignant en classe d'accueil Pierre Chagnon est responsable du groupe durant l'atelier et intervient s'il y a un problème de discipline, par exemple. «Il me semble qu'ils se sentent moins menacés ici qu'en classe», dit-il en observant ses élèves, qui viennent entre autres de Taiwan, de la Colombie, de la Chine, du Brésil, de la République dominicaine, de la Russie et de la Syrie. «C'est un beau groupe: ils s'encouragent les uns les autres, leur enthousiasme est contagieux.» L'enseignant se dit très étonné de voir les progrès accomplis par l'un de ses élèves depuis le début des ateliers. «En classe, il a tendance à bloquer quand on lui pose une question, mais ici, c'est une tout autre personne…»

Les objets du décor (écran en tissu, ventilateurs, canons en carton, etc.) ont été fabriqués par les élèves et les animateurs ou trouvés sur les lieux mêmes des ateliers. «Ils avaient pour mandat de trouver des solutions dans l'école au moyen de matériaux trouvés sur place. Il faut apprendre à se débrouiller avec ce qu'on a sous la main.» Les animateurs ont aussi choisi d'explorer le théâtre d'ombres, qui consiste à projeter sur un écran des ombres produites par des silhouettes que l'on place dans un faisceau lumineux.

Les animateurs n'ont pas le mandat d'apprendre aux élèves les rudiments du français. «Nous sommes d'abord ici pour monter un spectacle, précise Gabriel Côté. Nous priorisons bien sûr la communication en français, mais parfois il nous arrive de devoir expliquer certains détails en anglais pour être certains d'être compris.» Côté discipline, c'est le calme plat. «C'est un groupe facile. Ils ont beaucoup de plaisir à jouer ensemble et à apprendre», font remarquer les deux animateurs.

Les élèves semblent adorer leur expérience. «J'aime l'interaction avec les autres», lance Adriana Carillo, originaire du Salvador. «Moi j'aime le fait que l'on puisse aussi parler de nos idées sur la pièce», dit son ami Yuan Tao, originaire de la Chine. «J'aime les pirates et les ombres chinoises», commente pour sa part Marçal Ballestero, Catalan d'origine.

À la fin du projet en décembre, les élèves participants présenteront leur spectacle devant parents et amis.

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