Dynamiques contestataires

Répression, judiciarisation et émotions influencent la mobilisation et la démobilisation.

3 Mai 2016 à 11H30

Série Acfas 2016
Un nombre record de chercheurs de l’UQAM ont organisé des colloques en vue du Congrès de l’Acfas 2016, qui se tiendra en nos murs du 9 au 13 mai. Actualités UQAM propose une sélection des événements scientifiques présentés par des Uqamiens dans divers domaines de la connaissance.

Ce colloque s'intéresse à la dimension infrapolitique des mouvements de contestation, un aspect rarement étudié. Photo: Nathalie St-Pierre

«Quand on voit une manifestation dans la rue, on peut se dire que 40 réunions l'ont précédée. Un des volets importants de ce colloque se penchera sur les dynamiques de la contestation qui ne sont pas visibles dans la couverture médiatique, mais qui sont importantes parce qu'elles influencent la mobilisation et la démobilisation», explique la professeure du Département de science politique Geneviève Pagé, coresponsable avec son collègue Francis Dupuis-Déri du colloque Dynamiques publiques et privées de la contestation (9 mai).

Organisé par le Collectif de recherche interdisciplinaire sur la contestation (CRIC), une nouvelle équipe de recherche interuniversitaire (UQAM, Université de Montréal, Concordia) financée depuis juin 2015 par le Fonds de recherche Société et culture Québec (FRQSC), ce colloque s'intéresse à la dimension infrapolitique des mouvements de contestation, un aspect rarement étudié. Qu'est-ce qui amène une personne à s'engager dans un mouvement de contestation? «Les émotions, les affects, la solidarité alimentent des sentiments d'appartenance qui peuvent mener à des mobilisations et à des contestations publiques», souligne la chercheuse.

On s'intéressera aussi aux relations de pouvoir, et notamment aux rapports de sexe: «Qui peut parler dans une réunion et dans quel contexte? Comment est traité le féminisme, autant officiellement que dans les modes d'organisation? Qu'est-ce qui permet aux femmes de continuer à s'impliquer ou les amène à s'auto-exclure? Ce sont aussi des questions qui nous intéressent», note Geneviève Pagé.

Un autre volet du colloque portera sur la marginalisation politique et la judiciarisation de la contestation. Les arrestations de masse des dernières années et la répression policière en général ont transformé la manière dont on légitime ou délégitime la contestation, observe la professeure. «Même s'il s'agit de structures externes, cela a des impacts sur la vie privée. Avoir un procès sur les épaules peut amener une personne à vouloir se mobiliser encore davantage, mais, dans d'autres cas, cela aura l'effet inverse. La judiciarisation représente un stress énorme pour les individus interpellés.»

Les participants discuteront également de questions telles que la normalisation du profilage politique et la criminalisation de certains groupes par les autorités policières, de la façon dont les mouvements de contestation s'adaptent en transformant leurs tactiques en fonction de cet appareil judiciaire et policier.

Une grande place sera accordée aux présentations des étudiants et étudiantes dans ce colloque, qui sera aussi l'occasion de se pencher sur le rapport des chercheurs à leur objet de recherche quand le militantisme est en jeu.

PARTAGER
COMMENTAIRES 0 COMMENTAIRE