Entre la réflexion et l'action

Le Forum social mondial 2016 a pour défi de rapprocher les mouvements sociaux traditionnels et les nouvelles générations de militants.

2 Août 2016 à 9H31, mis à jour le 8 Août 2016 à 9H15

Marche d'ouverture du Forum social mondial 2015 à Tunis, en Tunisie.

Quelque 50 000 personnes provenant de 120 pays et représentant près de 5 000 organisations sont attendues à la 12e édition du Forum social mondial (FSM), qui se tiendra du 9 au 14 août prochains à l’UQAM, à l'Université McGill et au Cégep du Vieux-Montréal. Depuis son lancement en 2001, à Porto Alegre (Brésil), c'est la première fois que ce grand rassemblement de la société civile se tient dans un pays du Nord.   

«Nous travaillons à l'organisation de cette édition depuis 2013, rappelle le diplômé Raphaël Canet (Ph.D. sociologie, 2003), professeur à l'École de développement international de l'Université d'Ottawa et membre du Conseil international du Forum. Le choix de Montréal comme ville d'accueil est d'autant plus judicieux que la distinction Nord-Sud est de moins en moins pertinente. Depuis la crise financière de 2008, l'indignation à l'égard des injustices sociales se manifeste partout. Les inégalités s'accroissent au Nord comme au Sud, sans parler des problèmes d'environnement qui ne connaissent pas de frontières.»

Raphaël Canet définit le FSM comme un espace de convergence ouvert à tous les acteurs sociaux qui veulent construire des voies alternatives à la mondialisation néolibérale. «Cette année, dit-il, le Forum a pour défi de rapprocher les mouvements sociaux traditionnels – syndicats, ONG, groupes communautaires et écologistes – et les nouvelles générations de militants qui ont participé aux vagues de mobilisation des dernières années en Europe, dans les Amériques et dans les pays arabes.» 

Le Forum poursuit plusieurs objectifs: promouvoir la justice sociale et la démocratie participative, établir un dialogue entre les mouvements sociaux et stimuler le développement d'actions communes entre les organisations participantes. Il propose plus de 1 200 ateliers autogérés, une vingtaine de grandes conférences thématiques, des performances culturelles, une grande marche à l'ouverture et à la clôture de l'événement ainsi qu'un campement de la jeunesse. Les échanges porteront, entre autres, sur  le développement de l'économie sociale et solidaire, sur la protection de l'environnement, sur la défense des droits humains, des droits des femmes et de ceux des autochtones.

Le Centre de recherches sur les innovations sociales (CRISES) de l'UQAM, dont le directeur est le professeur Juan-Luis Klein, du Département de géographie, a créé pour l'occasion le comité autogéré Innovation sociale. Celui-ci organisera des ateliers de discussion autour du thème «L'innovation sociale: le défi de la transformation sociale», les 10 et 11 août, au pavillon De Sève. Les processus créatifs et collaboratifs d'innovation sociale, le logement communautaire, la vitalité culturelle des quartiers, la souveraineté alimentaire en milieu rural, les défis de la mobilisation citoyenne et l’économie et la démocratie dans les pays en transition démocratique seront au centre des discussions.

Débats internes

Le Forum est aussi un lieu de débats concernant son orientation, ses objectifs et son mode d'organisation. «Il y a un débat permanent, notamment au Conseil international du FSM, sur les questions relatives à l'autonomie des mouvements sociaux et au principe de représentation. Qui parle et au nom de qui ? Jusqu'à maintenant, le FSM n'a jamais prétendu constituer l'instance représentative de la société civile au niveau mondial et n'a jamais cherché à orienter les actions des groupes et des individus ni à hiérarchiser les luttes sociales. Il ne représente que lui-même», souligne le professeur, qui participe au FSM depuis 2004.

Conformément à sa charte de principes, le FSM ne peut pas faire de déclaration politique finale qui proposerait une orientation précise. «Faire en sorte que le Forum débouche sur un plan d'action représente un autre défi, observe Raphaël Canet. Les participants aux ateliers portant sur des thématiques communes ou connexes pourront tenir des assemblées de convergence afin de proposer des actions concrètes à différentes échelles, locale, nationale ou internationale. Ces propositions seront enfin débattues à l'Agora des initiatives pour un autre monde, qui aura lieu le 13 août, au parc Jarry.»

La force de la jeunesse

En 2011, dans la foulée de la crise financière mondiale, de nouvelles vagues de mobilisation sont apparues: mouvement des Indignés en Espagne et en Grèce, puis Occupy Wall Street, qui a essaimé dans 1 500 villes aux États-Unis et au Canada. Des milliers de citoyens, dont de nombreux jeunes, ont occupé l'espace public pour dénoncer les dérives du capitalisme financier.

«Les FSM de 2013 et 2015, en Tunisie, ont été organisés par les jeunes qui s'étaient soulevés contre le régime autoritaire de Ben Ali, en 2011, l'année du Printemps arabe, note le professeur. Le bassin d'organisateurs de l'édition 2016 du FSM est largement composé de jeunes ayant participé à Occupy Montréal et à la grève étudiante de 2012, des expériences qui ont été marquantes, voire déterminantes, dans leur engagement. Même de jeunes Français qui étaient récemment à Nuit debout, à Paris, sont venus travailler avec nous.»

Sensibles à la croissance des inégalités, ces jeunes se battent moins pour changer le monde que pour éviter d'en être exclus, poursuit Raphaël Canet. «Aux États-Unis, par exemple, une partie de la jeunesse s'est reconnue dans le discours de Bernie Sanders, un politicien issu du mouvement syndical, parce qu'il dénonçait le pouvoir de l'argent et l'exclusion sociale. Plusieurs jeunes considèrent que les mouvements sociaux doivent s'organiser sur leurs propres bases – plus ou moins à la marge des institutions et des partis politiques traditionnels –, agir ensemble et créer des espaces de liberté, ici et maintenant.»

Conférenciers de marque

Parmi les personnalités qui  participeront au FSM à titre de conférenciers, mentionnons:

La cinéaste québécoise Manon Barbeau, réalisatrice de plusieurs documentaires et fondatrice du Wapikoni mobile en collaboration avec le Conseil de la nation Atikamekw et le Conseil des jeunes des Premières Nations;

Ahmed Ben Amor, vice-président de l'association Shams, première association ouvertement LGBT en Tunisie et dans le monde arabe;

Le philosophe et essayiste Alain Deneault, auteur de plusieurs ouvrages, dont Une escroquerie légalisée, qui porte sur les paradis fiscaux; 

La journaliste Naomi Klein, auteure, cinéaste et militante altermondialiste;

Le sociologue et philosophe français Edgar Morin, ancien chercheur au Centre national de la recherche scientifique (CNRS);

Le politologue et économiste italien Ricardo Petrella, connu pour ses prises de position contre la privatisation des ressources et pour la défense du bien commun;

Aminata Traoré, sociologue et ancienne ministre de la Culture et du Tourisme du Mali;

Le brésilien Chico Whitaker, cofondateur du Forum social mondial et récipiendaire en 2006 du Right Livelihood Award.

 

L'actualité vue par nos experts

Des experts de l'UQAM sont disponibles pour commenter diverses facettes du FSM 2016, autant sur la nature et l'évolution de l'événement que sur des dossiers de politiques publiques qui y seront débattus. Voir notre liste.

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