La sociologie en mutation

Quelque 1 500 sociologues de langue française se penchent sur l'avenir de leur discipline.

28 Juin 2016 à 10H34

Le congrès de l'Association internationale des sociologues de langue française, qui aura pour thème «Sociétés en mouvement et sociologie en changement» propose une réflexion sur le devenir de la sociologie. Photo: istockphoto.com

Organisée pour la première fois à Montréal par les départements de sociologie de l'UQAM et de l'Université de Montréal, la 20e édition du congrès de l'Association internationale des sociologues de langue française (AISLF) aura lieu dans les deux universités du 4 au 8 juillet prochains. Quelque 1500 congressistes provenant d'une quarantaine de pays, parmi lesquels des chercheurs universitaires et plusieurs doctorants, y sont attendus et plus de 1000 communications et une dizaine de grandes conférences y seront présentées. «C'est un record pour l'Association!», s'exclame le professeur Jean-Marc Larouche, du Département de sociologie, vice-président du comité exécutif du congrès. «La direction de l'UQAM ainsi que tous les services et unités impliqués nous ont offert leur soutien dans l'organisation de ce congrès international», tient à souligner le professeur.

Le congrès, qui aura pour thème «Sociétés en mouvement et sociologie en changement» propose une réflexion sur le devenir de la sociologie. «La discipline est confrontée à plusieurs enjeux internes en raison de l'apparition de nouveaux objets et de nouveaux mondes, comme le monde virtuel, explique Jean-Marc Larouche. Cela l'oblige à se transformer et à développer de nouveaux processus d'analyse et d'interprétation.»

Des événements grand public

Destinées au grand public, des conférences en formule 5 à 7 seront proposées le mardi 5 et mercredi 6 juillet au Bistro Sanguinet. Les conférences, animées par la journaliste Josée Boileau, réuniront plusieurs spécialistes autour des thèmes de l'austérité, des inégalités sociales et de l'écologie. Le mardi 5 juillet, le professeur Éric Pineault, du Département de sociologie, prendra part à la conférence «Austérité: entre soumission et colère». Le mercredi 6 juillet, l'événement «L'écologie: est-on dans une vraie transition?» réunira, entre autres, la professeure Corinne Gendron, du Département de stratégie, responsabilité sociale et environnementale. La soirée Ça jazze en socio, «un événement de réflexion et d’échange en musique sur le thème du jazz montréalais», se déroulera le 7 juillet à l'Agora Hydro-Québec du Cœur des sciences. Au programme: band jazz, projections d'œuvres expérimentales et conférence sur les liens entre expérimentation musicale dans le jazz et bouleversements politiques, sociaux et culturels des années 1960 et 1970 au Québec.

Six émissions, comprenant des entrevues avec des conférenciers invités et des extraits des conférences présentées dans le cadre du congrès, seront diffusées au Canal Savoir en janvier 2017. Les émissions seront animées par Guillaume Lamy (B.A. sociologie, 09; M. A. sociologie, 14). Les actes du congrès (les grandes conférences) seront publiés prochainement aux Presses de l'Université Laval, dans la collection Sociologie.

Bien que la sociologie soit née en Occident, le contexte actuel d'internationalisation et de mobilité intellectuelle amènerait la discipline à décentrer son regard, avance le professeur. «Certains sociologues des pays du Sud (Afrique, Amérique du Sud, etc.) veulent développer leurs propres outils. Ils pensent la sociologie autrement. Il y a tout un travail d'acculturation de la sociologie qui est en train de se développer.» D'un autre côté, des sociologues affirment que la science est universelle, qu'elle est la même pour tous et qu'elle doit avoir les mêmes codes, poursuit Jean-Marc Larouche. «Il existe une tension entre la permanence de la sociologie et les enjeux du temps présent qui l'obligent à se remettre en question.»

Jean-Marc LarouchePhoto: Émilie Tournevache

Le décloisonnement des frontières disciplinaires est un autre enjeu auquel les sociologues sont confrontés. «La sociologie est désormais appelée à répercuter les leçons et les acquis des autres disciplines, comme la psychologie et les sciences cognitives», précise Jean-Marc Larouche. La formation actuelle et la pratique future de la sociologie devront éventuellement être revues. «Les débats menés dans le cadre du congrès risquent d'alimenter les réflexions sur les curriculums et les programmes de formation de la sociologie, croit le professeur. Ceux-ci gagneraient probablement à s'enrichir de l'apport de différentes disciplines, telle que la psychologie.»

La sociologie se porte très bien, même si elle est en pleine mutation. «Il n'y a jamais eu autant de sociologues, fait remarquer Jean-Marc Larouche. Grâce aux médias, entre autres, le savoir sociologique est beaucoup plus diffusé et vulgarisé. La sociologie est plus pertinente que jamais pour comprendre et analyser les enjeux du monde actuel.»

Des invités prestigieux

Les sociologues Eva Ellouz, experte des émotions, des rapports intimes et du féminisme, et Antonio Cassili, un spécialiste du monde numérique, comptent parmi les conférenciers invités. Durant la cérémonie d'ouverture, un prix reconnaissance sera décerné à Guy Rocher, pionnier de la sociologie au Québec et professeur retraité de l'Université de Montréal. C'est la première fois qu'un prix est décerné par l'Association, laquelle existe depuis 1958. Les organisateurs du congrès se sont aussi dotés d'une politique verte, en réduisant notamment l'utilisation du papier. «La programmation sera disponible en ligne ainsi que sur applications pour téléphone mobile et tablette.»

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