Enquête sur six campus

Un questionnaire en ligne est lancé pour documenter les manifestations de harcèlement et de violence sexuels en milieu universitaire.

18 Janvier 2016 à 14H23

La violence à caractère sexuel ne se limite pas aux agressions proprement dites. Elle prend toutes sortes de formes: harcèlement, exhibitionnisme, voyeurisme, cyberharcèlement, attouchements sexuels non désirés, menaces de viol.  Photo: Istock

Les campus universitaires ne sont pas exempts de violence à caractère sexuel, comme le rappelle l'affaire entourant une plainte de harcèlement sexuel qui a fait du bruit ces jours derniers à l'UQAM. Pour prendre toute la mesure de ce phénomène, une équipe interdisciplinaire de chercheuses provenant de six universités québécoises ainsi que des collaboratrices et collaborateurs de ces mêmes établissements, de l'Université d'Ottawa et du Regroupement québécois des Centres d 'aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel (CALACS) ont entrepris une vaste enquête sur la question. Première initiative du genre au Québec, un questionnaire en ligne portant sur le harcèlement et la violence à caractère sexuel en milieu universitaire a été lancé le 18 janvier. Cette enquête intitulée «Sexualité, sécurité, interactions en milieu universitaire – Ce qu'en disent étudiants.es, enseignant.es et employé.es» (ESSIMU) s'adresse à toutes les personnes étudiant ou travaillant dans les six universités suivantes: l'UQAM, l'Université du Québec à Chicoutimi, l'Université du Québec en Outaouais, l'Université Laval, l'Université de Sherbrooke et l'Université de Montréal.

L'enquête, qui s'inscrit dans le cadre d'une recherche sur les violences sexuelles en contexte universitaire, est dirigée par la professeure du Département de sexologie Manon Bergeron. Elle a reçu l'appui financier du Réseau québécois en études féministes (RéQEF), du Service aux collectivités de l'UQAM et de Condition féminine Canada. Martine Hébert, professeure au Département de sexologie, Sandrine Ricci, chargée de cours et doctorante en sociologie, Marie-France Goyer, doctorante en sociologie et coordonnatrice du projet, et Lyne Kurtzman, agente de développement au Service aux collectivités, comptent parmi les membres et les colalboratrices de l'équipe de recherche. Celle-ci vise à établir un portrait des différentes manifestations de violence à caractère sexuel en milieu universitaire. Une violence qui, loin de se limiter aux agressions proprement dites, prend toutes sortes de formes: harcèlement, exhibitionnisme, voyeurisme, cyberharcèlement, attouchements sexuels non désirés, menaces de viol, etc.

Au moyen du questionnaire en ligne, l'enquête invite les étudiants, professeurs, chargés de cours et employés à répondre à une série de questions portant principalement sur leur perception ou leur(s) expérience(s) de harcèlement et des violences sexuelles en milieu universitaire. «L’aspect novateur de notre étude tient au fait qu’elle cherche à obtenir l'opinion de toutes et tous, notamment sur les ressources à offrir et les mesures à déployer, souligne Sandrine Ricci, coordonnatrice du RéQEF. Il n’est donc pas nécessaire d’avoir vécu personnellement des situations de harcèlement ou de violences sexuelles, ou d’en avoir été témoin pour répondre au questionnaire.»

Le projet  est approuvé par le comité d’éthique de la recherche de l'UQAM et des autres universités impliquées. Les participants à l'enquête n'auront pas à fournir d'information personnelle qui permettrait de les identifier. Les données du questionnaire seront conservées dans un serveur sécurisé et privé (Qualtrics).

Selon Sandrine Ricci, les résultats permettront de nourrir la réflexion pour la mise en place de politiques institutionnelles et de stratégies de prévention dans les universités québécoises. 

Les origines de la recherche

Dans une entrevue accordée à Actualités UQAM, en mars 2015, la professeure Manon Bergeron expliquait que la recherche avait été mise en chantier à l'été 2014, grâce au soutien du  RéQuef, soit avant la vague de dénonciations d'agressions sexuelles dans les médias et dans les réseaux sociaux et avant les dénonciations anonymes à l'UQAM de l'automne 2014.

La recherche ne vise pas à comparer les universités entre elles ni à cibler des individus ou des groupes en particulier, précisait la professeure. «Notre but est de soulever le voile afin de mieux comprendre le phénomène. Nous voulons documenter les manifestations concrètes de violence, leur contexte et leurs conséquences. Nous chercherons aussi à savoir si les victimes de violence ont reçu un soutien adéquat.»

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