Stars sportives

Boursier du CRSH, Bachir Sirois-Moumni s'intéresse au rôle du joueur vedette dans le processus de construction identitaire.

11 Octobre 2016 à 10H28

Avant de se joindre à l'Impact de Montréal, Didier Drogba a connu une carrière remarquable en Europe. On l'aperçoit ici lors de la victoire de Chelsea contre le Bayern Munich dans le cadre de la finale de la Ligue des champions en 2012.Photo: Rayand

Peu après la conquête de la Coupe Stanley par les Blackhawks de Chicago, en 2015, Barack Obama a taquiné Justin Trudeau sur la prétendue suprématie canadienne au hockey. Le premier ministre a répliqué au président que le leader de l'équipe gagnante était né… au Canada ! Cette anecdote reflète la place importante qu'occupe le sport sur les plans économique, social, culturel et même politique dans la société occidentale contemporaine. «Les franchises sportives sont des acteurs incontournables de la promotion symbolique des villes où elles sont implantées», souligne le doctorant en communication Bachir Sirois-Moumni.

L'industrie du sport spectacle génère l'apparition des stars sportives, lesquelles constituent des véhicules de promotion, mais aussi des pôles d'identification collective, enchaîne le doctorant, qui s'intéresse au rôle de la star sportive dans la recomposition des identités.

Dans le cadre de sa maîtrise, sous la direction de la professeure Anouk Bélanger, du Département de communication sociale et publique, Bachir Sirois-Moumni s'est penché sur l'émergence du soccer comme phénomène culturel et comme sport-spectacle en Amérique du Nord, et plus spécifiquement sur l'apport des Ultras – ces partisans qui soutiennent de manière fanatique leur équipe. «Ce sont les fans qui donnent un sens à une équipe en développant des identités affectives», explique-t-il. Un article sur le sujet paraîtra sous peu dans la revue Communiquer.

Boursier du CRSH au doctorat conjoint en communication, toujours sous la direction d'Anouk Bélanger, il s'intéresse cette fois à la «fabrication» des stars sportives. «Si les stars de hockey sur glace ont servi les processus identitaires nationaux, civiques et ethnoculturels tout au long du XXe siècle, la passion récente pour le soccer et ses stars nous offre un contexte pour saisir les processus de construction identitaire du XXIe siècle», souligne Bachir Sirois-Moumni.

Le star making

Bachir Sirois-Moumni

Les athlètes ne deviennent pas des vedettes uniquement grâce à leur talent, explique-t-il. «Tout comme les équipes et les supporteurs, les médias jouent un rôle crucial dans le processus du star making. Ces derniers produisent, construisent, génèrent et font circuler des récits et des images qui ont le potentiel de transformer des athlètes en stars sportives, en héros capables de traverser les espaces locaux et nationaux pour devenir des célébrités mondiales.» Ces sportifs deviennent alors des mythes collectifs qui participent à la construction identitaire d'une ville, d'une région ou d'une nation.

Le doctorant n'a pas encore déterminé les cas particuliers qu'il souhaite analyser. Pour l'instant, Didier Drogba (soccer), Christine Sainclair (soccer), P.K. Subban (hockey) et Michael Sam (football) figurent dans sa liste préliminaire. «À différents degrés, chacune de ces vedettes constitue ce qu'on nomme un "modèle performatif quotidien" qu'il est possible d'analyser sous l'angle de l'ethnicité, du genre, de la philanthropie, des affaires ou du style de vie, pour ensuite mesurer son impact sur la recomposition des identités dans une société comme la nôtre.»

Le modèle québécois

Au Québec, ce modèle est courant dans le domaine du hockey en raison de l'omniprésence médiatique des Canadiens de Montréal – pensons, entre autres, à Maurice Richard, à Jean Béliveau, à Guy Lafleur ou à Patrick Roy, autrefois, ou à Carey Price de nos jours –, mais il est peu répandu dans d'autres sports. Voilà pourquoi le cas Drogba intéresse particulièrement Bachir Sirois-Moumni. «Voilà un joueur qui interpelle des gens de plusieurs manières, tant ici qu'en France, en Angleterre et en Côte d'Ivoire, en sa qualité d'ancienne star internationale et de philanthrope. Il a été un facteur déterminant de l'ascension du soccer dans l'univers du sport spectacle au Québec au cours des deux dernières années.»

Le regard que pose Bachir Sirois-Moumni se situe à la croisée de la sociologie du sport, de l'économie politique et des cultural studies. «Bien qu'il soit l'un des produits économiques et médiatiques les plus importants de la planète, le sport spectacle demeure relativement peu étudié par les universitaires», note le chercheur. Peut-être parce que la ligne est mince entre l'amateur de sport et le chercheur universitaire qui s'intéresse au sport comme objet d'études. Il faut choisir le bon appareillage théorique et ne pas se laisser piéger par la facilité de ne produire que du reportage anecdotique, observe le doctorant. «Certains amis mordus de sports me disent: "Je vais t'expliquer comment ça fonctionne!", mais des recherches comme celles d'Anouk Bélanger et les miennes demandent plus de rigueur que de jouer aux gérants d'estrade», conclut-il en riant. 

En collaboration avec Anouk Bélanger et Fannie Valois-Nadeau (B.A. sociologie, 06; M.A. sociologie, 09), Bachir Sirois-Moumni  compte organiser un colloque consacré au sport, à la communication et à la culture lors du prochain congrès de l'Acfas, qui aura lieu à l'Université McGill au printemps 2017.

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