Ils font semblant de jouir

La doctorante Léa Séguin s'intéresse aux hommes qui simulent l'orgasme. 

26 Septembre 2016 à 15H55

Photo: iStock

La scène du film When Harry met Sally où Meg Ryan offre à son partenaire Billy Crystal une démonstration tapageuse de la facilité à simuler un orgasme alors que les deux sont attablés dans un resto bondé de New York a marqué les esprits. «Toutes les femmes peuvent simuler l'orgasme (et vous n'y voyez que du feu, messieurs!)», illustrait ainsi Sally. Mais qu'en est-il du scénario inverse? «La simulation de l'orgasme masculin est un sujet quasi absent de la littérature scientifique et, pourtant, cela existe», affirme la doctorante en sexologie Léa Séguin, qui a publié un article sur la question dans Sexual and Relationship Therapy en collaboration avec Robin R. Milhausen, qui l'a dirigée à la maîtrise à l'Université Guelph.

Dans le cadre de sa recherche, Léa Séguin a réuni un échantillon de 230 hommes, âgés entre 18 et 29 ans, qui avaient simulé l'orgasme au moins une fois durant leur relation amoureuse. «La première raison invoquée par les hommes pour simuler un orgasme est altruiste, révèle-t-elle. Ils disent avoir voulu montrer à leur partenaire qu'elle leur donnait du plaisir et, par la même occasion, renforcer son estime d'elle-même.»

Léa SéguinPhoto: Nathalie St-Pierre

Contrairement à ce que l'on pourrait croire,  feindre l'orgasme, dans ce cas, est lié à un haut degré de satisfaction sexuelle! En effet, les hommes qui disent feindre l'orgasme pour des raisons altruistes et pour le bien-être émotionnel de leur partenaire rapportent de hauts niveaux de désir sexuel, de satisfaction sexuelle et relationnelle.

Une autre raison invoquée, moins souvent: en finir plus vite avec une relation sexuelle insatisfaisante. «Une partenaire inadéquate ou, tout simplement, une mauvaise partie de jambes en l'air sont négativement associées à la satisfaction sexuelle et relationnelle, explique Léa Séguin. Mais on ne sait pas si l'homme est dans une mauvaise relation et simule à cause de ça, ou si c'est l'inverse: il simule et cela a un impact négatif sur sa relation. Les deux auraient du sens.»

Les hommes simulent également l'orgasme pour d'autres raisons: parce qu'ils sont intoxiqués, qu'ils ne voulaient pas de relation sexuelle ou pour ajouter du piquant et encourager certains comportements de la part de leur partenaire. «Toutes ces raisons sont liées à une plus grande satisfaction sexuelle, a constaté la chercheuse. C'est probablement parce que les motifs derrière la simulation sont altruistes et visent à préserver la relation et l'intimité sexuelle dans le couple.»

Comment s'en tirent-ils ?

Les hommes ayant déjà feint l'orgasme avec leur partenaire ont révélé qu'ils agissaient ainsi environ une fois sur quatre! «C'est très surprenant. Comment réussissent-ils à faire croire à leur partenaire qu'ils ont eu un orgasme en l'absence de traces d'éjaculation?», demande Léa Séguin. La chercheuse croit que certains hommes y parviennent justement parce que cela semble à première vue impossible à camoufler, et donc que cela n'effleure même pas l'esprit de leur partenaire. «Si l'homme a utilisé un condom, c'est facile pour lui d'en disposer, mais autrement il peut inventer des excuses pour expliquer l'absence d'éjaculat: il s'est masturbé plus tôt dans la journée, il éjacule peu habituellement, les deux partenaires ont utilisé du lubrifiant, etc.»

Je simule, tu simules…

Les données chiffrées au sujet de la simulation d'orgasme varient d'une étude à l'autre, mais Léa Séguin estime qu'environ 20 % des hommes ont déjà simulé l'orgasme une fois dans leur vie, tandis qu'au moins le double des femmes l'ont déjà fait – certaines études avancent même jusqu'à 80 % des femmes.

L'orgasme au doctorat

Léa Séguin, qui a obtenu une bourse récurrente du CRSH, poursuit ses recherches doctorales sur l'orgasme sous la direction du professeur Martin Blais. Cette fois, elle se penche aussi sur les femmes. «Plusieurs personnes voient l'orgasme comme le meilleur moment de la relation sexuelle, qui ne serait pas complète si on ne l'atteint pas, dit la chercheuse. On se sentirait aussi plus "connecté", plus intime avec le partenaire si les deux atteignent l'orgasme durant la relation sexuelle. C'est le genre de croyances et d'attentes qui m'intéressent en lien avec la qualité de la vie sexuelle.»

Participants recherchés

Léa Séguin est en processus de recrutement. Afin d'être admissibles à l'étude, les participants, hommes ou femmes, doivent avoir une bonne compréhension du français ou de l'anglais, être âgés d'au moins 18 ans, être en relation de couple hétérosexuelle depuis au moins 6 mois, être sexuellement actifs et vivre au Canada. Ils ne peuvent pas participer s'ils prennent actuellement des antidépresseurs ou s'ils n'ont jamais atteint l'orgasme (que ce soit seul ou avec un(e) partenaire).

Les personnes intéressées peuvent contacter la chercheuse à l'adresse suivante: seguin.lea@courrier.uqam.ca

Ses premières entrevues lui laissent entrevoir un syndrome «deux poids, deux mesures» assez évident. «Tous ceux et celles qui avouent avoir simulé l'orgasme jugent en rétrospective qu'il s'agissait d'une bonne décision de leur part lorsque leurs motivations étaient altruistes, note-t-elle. En revanche, ils perçoivent tous la simulation d'orgasme de la part du partenaire comme un gros mensonge pouvant mettre fin à une relation s'il est découvert.»

La chercheuse s'intéressera au malaise qu'engendre la simulation de l'orgasme. «Certaines personnes, hommes ou femmes, préfèrent simuler plutôt que de parler. Pourquoi ne pas juste dire: "Écoute, ce soir, ça ne fonctionnera pas, je n'atteindrai pas l'orgasme"?», se demande-t-elle.

À ceux qui disent n'avoir jamais simulé l'orgasme avec leur partenaire, Léa Séguin demande systématiquement: «Pourquoi?» Elle obtient jusqu'à maintenant deux types de réponses. «Soit ils n'en ont jamais ressenti le besoin (il est facile pour eux d'atteindre l'orgasme ou ils vont poursuivre la relation sexuelle jusqu'à ce qu'ils l'atteignent); soit ils ne croient pas qu'ils pourraient simuler sans que leur partenaire ne s'en aperçoive.»

La doctorante ajoute en riant qu'il y aurait sans doute plus d'hommes qui simuleraient s'ils savaient à quel point ils peuvent s'en tirer ni vu ni connu !

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