Pour la culture scientifique

Le Cœur des sciences dépose un mémoire au MÉSI en partenariat avec d'autres organismes du milieu.

25 Novembre 2016 à 16H45

Une balade scientifique organisée par le Cœur des sciences permet aux participants de mieux comprendre le phénomène des îlots de chaleur. Photo: Nathalie St-Pierre

Le Cœur des sciences de l'UQAM a cosigné avec un regroupement d'organismes de culture scientifique le mémoire intitulé Pas d'innovation sans culture, qui a été déposé le 25 novembre dans le cadre de la consultation menée par le ministère de l'Économie, de la Science et de l'Innovation (MÉSI) en vue du renouvellement de la Stratégie québécoise pour la recherche et l'innovation (SQRI). Les signataires, qui incluent neuf organismes, dont l'Acfas, Science pour tous! et le magazine Québec Science, déplorent que la notion de culture scientifique soit totalement absente de la documentation mise en ligne pour encadrer cette consultation.

«On ne parle plus de culture scientifique, on parle de culture de l'innovation. Or, il ne pourra jamais y avoir d'innovation sans culture scientifique, souligne Sophie Malavoy, directrice du Cœur des sciences. Impossible d'avoir un terreau fertile pour les innovateurs sans culture scientifique, sans des gens éduqués, ni, d'ailleurs, de réceptivité pour l'innovation.»

Depuis plus de 10 ans, le Cœur des sciences de l'UQAM contribue au développement de la culture scientifique et à sa promotion comme partie intégrante de la culture en organisant diverses activités – conférences,  débats,  spectacles, projections de films, balades urbaines, excursions – pour jeunes et moins jeunes.

La culture scientifique tout au long de la vie

Les organismes de culture scientifique sont essentiels au transfert, à la valorisation et à la diffusion du savoir issu de la recherche, insiste le mémoire. Le problème, c'est que le financement de la culture scientifique est orienté presque exclusivement vers les jeunes et la relève scientifique. Il n'y a pratiquement rien pour le public adulte.

«C'est très bien de vouloir susciter des carrières scientifiques, dit Sophie Malavoy. Mais cela ne suffit pas. La culture scientifique ne vise pas uniquement à attirer des jeunes en sciences. C'est comme si on disait qu'on faisait de la diffusion culturelle seulement pour former des artistes ou qu'on parlait de l'histoire seulement pour avoir des historiens.»

Le virage vers l'innovation annoncé par le ministère fait abstraction, selon le mémoire déposé par le regroupement, du «fait qu'une culture de l'innovation est indissociable d'une culture scientifique acquise et nourrie dès le plus jeune âge et tout au long de la vie».

«On se plaint que les gens sont climatosceptiques ou qu'ils résistent aux vaccins sans voir que la culture scientifique est essentielle, insiste Sophie Malavoy. Les gens en ont besoin pour leur compréhension du monde, pour prendre des décisions, pour distinguer l'information scientifique de la désinformation. L'enjeu de la culture scientifique, ce n'est pas seulement d'avoir une relève, c'est d'avoir une population informée.»

À ce sujet, le mémoire cite le professeur du Département d'histoire Yves Gingras, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en histoire et sociologie des sciences. «La culture scientifique est aussi essentielle à la société du 21e siècle que la lecture et l'écriture l'ont été pour celle du 20e siècle, affirme-t-il. Sans elle pas de véritable démocratie dans notre monde techno-scientifique.»

Quand l'innovation s'oppose à la pérennité

Un autre enjeu important soulevé dans le mémoire déposé par le regroupement  a trait au mode de financement des projets. «La  tendance au gouvernement est à l'attribution de financement à court terme pour des projets ponctuels», lit-on dans le document. «Cela fait en sorte que nous sommes condamnés à toujours présenter de nouveaux projets, dit la directrice du Cœur des sciences. Mais cela prend du temps pour développer un réseau, pour ajuster ses contenus et quand le projet arrive à maturité, il tombe. Dans ce cas, l'innovation s'oppose à la pérennité.»

Les signataires du mémoire réclament donc que le MÉSI mette en place de nouveaux programmes pour appuyer financièrement les organismes de culture scientifique et qu'il investisse davantage et durablement dans la diffusion de la culture scientifique, en équilibrant l'appui au fonctionnement et le financement par projet.

Ils souhaitent aussi que le MÉSI assume davantage de leadership au sein de l'appareil gouvernemental en ce qui a trait à la culture scientifique. «Les projets de culture scientifique touchent tout le monde, observe Sophie Malavoy. Ils touchent la science et l'innovation, le génie et les sciences naturelles, mais aussi l'éducation, la culture, la santé. Il faudrait une structure transversale pour que ces aspects puissent être pris en compte.»

Parmi les 14 recommandations contenues dans le mémoire du regroupement, on insiste aussi sur l'importance de stimuler les efforts de diffusion des institutions de recherche vers le public et les médias et de les valoriser lors de demandes de subventions. On souhaite que soit favorisée la diffusion des travaux de la Chaire de recherche sur l'intérêt des jeunes à l'égard des sciences et de la technologie (UQAM et Université de Sherbrooke), dont le professeur du Département de didactique Patrice Potvin est cotitulaire. Enfin, on recommande de mieux finance la mission des universités en ce qui a trait à la diffusion de la culture scientifique pour un public adulte.

La directrice du Cœur des sciences doit participer lundi, avec ses homologues des autres organismes de culture scientifique, à un atelier dans le cadre de la consultation en vue du renouvellement de la SQRI. «Nous allons réitérer nos préoccupations, en espérant d'être entendus», dit-elle.

Du côté de Montréal

Avec ses collègues, Sophie Malavoy tente également d'influencer le contenu de la prochaine politique culturelle de la Ville de Montréal. «On parle de plus en plus de villes intelligentes, dit la directrice du Cœur des sciences. Mais comment peut-on imaginer une ville intelligente sans culture scientifique? Nous pourrions être des leaders si Montréal devenait la première ville à intégrer la culture scientifique dans sa politique culturelle.»

PARTAGER
COMMENTAIRES 0 COMMENTAIRE