OLO, une formule gagnante

Géré par les CLSC, le programme OLO (œuf-lait-orange) contribue à faire naître des bébés en santé.

25 Août 2016 à 13H45

Photo: iStock

Il y a parfois de bonnes idées qui font du chemin… et du bien ! C'est le cas du programme OLO, offert dans les CLSC du Québec, qui s'adresse aux femmes enceintes à faible revenu. «Il s'agit d'une méthode d'intervention nutritionnelle simple pour favoriser la naissance de bébés en santé: le CLSC fournit chaque jour aux futures mamans 125 millilitres de jus d'orange, un œuf, un litre de lait et un supplément de vitamines et minéraux. Des professionnels de la santé – nutritionnistes, infirmières, travailleuses sociales, etc. – assurent également un suivi de grossesse plus attentif», explique Catherine Haeck, professeure au Département des sciences économiques de l'ESG UQAM. La jeune chercheuse s'est penchée sur les effets du programme OLO sur le poids des bébés à la naissance en collaboration avec le professeur associé Pierre Lefebvre. Leurs résultats ont été publiés récemment dans Labour Economics.

C'est la diététiste Agnès C. Higgins qui a mis au point cette méthode d'intervention nutritionnelle auprès des femmes enceintes dès les années 1940 – elle a ensuite documenté ses résultats, probants, et publié des articles à ce sujet dans les années 70 et 80. En 1982, des intervenants en périnatalité de la région de Valleyfield se sont approprié sa méthode et ont créé le programme OLO (pour œuf-lait-orange). L'initiative a inspiré d'autres CLSC de la province, qui se sont regroupés et ont créé au début des années 1990 la Fondation OLO. Celle-ci vise à assurer la pérennité du programme, aujourd'hui répandu dans presque tous les CLSC du Québec. Le système fonctionne avec des coupons, que les femmes enceintes peuvent échanger dans les épiceries de leur quartier. «Les suppléments de vitamine et de minéraux sont distribués directement au CLSC», précise Catherine Haeck.

Une méthode qui fonctionne

Afin d'évaluer les effets du programme OLO, les chercheurs ont consulté les fichiers sur les naissances au Québec entre 1986 et 2008 de l'Institut de la statistique du Québec. «Nous jugions intéressant de mesurer l'impact du programme à mesure qu'il était déployé dans les différentes régions du Québec», explique la chercheuse. Le code postal de résidence de la mère, inclus dans les fichiers sur les naissances, a permis aux chercheurs de rattacher chaque naissance à un CLSC et de vérifier si la mère était éligible au programme.

Catherine Haeck
Photo: Émilie Tournevache

Le poids des bébés dont la mère a bénéficié du programme OLO est plus élevé, en moyenne, de 70 grammes en comparaison avec les bébés d'un même territoire et d'un même contexte socioéconomique nés avant l'implantation du programme. «Cela peut paraître minime, mais quand on connaît les risques d'un faible poids à la naissance, notamment l'incidence de maladies chroniques qui mènent ensuite à des difficultés quant à la réussite éducative – et cela est bien documenté –, le programme OLO est réellement efficace», souligne Catherine Haeck.

La probabilité qu'un bébé naisse avec un poids inférieur à 2500 grammes – la limite considérée comme un faible poids à la naissance – diminue de 3,6 % grâce au programme OLO. «On parle non seulement de la santé des bébés mais aussi d'une économie substantielle en matière de coûts néonataux», souligne la professeure. À titre d'exemple, un bébé qui naissait en 2005 avec un poids se situant entre 2000 g et 2499 g engendrait des coûts moyens à l'hôpital de 4620 $. Lorsque le poids du bébé est supérieur à 2500 g, les coûts tombent à 952 $ ! «Le programme OLO permet de sauver entre 600 $ et 700 $ en moyenne par enfant quant aux coûts néonataux à l'hôpital. Si on ajoute les coûts de suivi après la sortie de l'hôpital, c'est sans doute encore davantage», précise la chercheuse.

Les effets du programme OLO se manifestent surtout à partir de la quatrième année d'implantation dans un territoire donné, ont observé les chercheurs. «Le programme se déploie lentement, les femmes apprennent son existence par bouche-à-oreille ou leur médecin leur en parle, explique Catherine Haeck. À partir de la quatrième année, la plupart des femmes éligibles savent qu'un tel programme existe et elles en profitent.» L'an dernier, par exemple, le programme OLO a été suivi par environ 12 500 femmes enceintes.

La Fondation OLO est financée en partie par des dons privés et en partie par les fonds publics. «Comme plusieurs acteurs dans le milieu, elle doit se battre pour conserver son financement public, déplore Catherine Haeck. Je crois que notre étude leur donnera de bons arguments: en 2005, le programme OLO coûtait environ 500 $ par enfant, et cela inclut les frais administratifs. En comparaison, les programmes de congés parentaux et de services de garde ponctionnent des millions de dollars aux contribuables. Il ne s'agit pas de dévaluer ces derniers, mais plutôt de mettre en lumière qu'un programme peu coûteux comme OLO a un impact positif important!» 

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