J'aime les nuits de Montréal

Entre 1920 et 1950, les cabarets ont été une formidable école pour toute une génération d'artistes d'ici.

4 Octobre 2016 à 10H56

La musique était au coeur de la formule des cabarets, qui offraient également des numéros de variétés.Photo: Yvon Bellemare et Marcel Houle, Archives de la Ville de Montréal.

Incontournables dans l'histoire artistique du Québec, les cabarets de Montréal seront à l'honneur dans le cadre d'une journée d'études intitulée J'aime les nuits de Montréal, qui aura lieu à la salle des Boiseries le 6 octobre prochain. L'événement, ouvert à tous, est organisé par le Département de musique de l'UQAM et le Centre de recherche interuniversitaire sur la littérature et la culture québécoises (CRILCQ).

«Montréal  était un lieu d'attraction pour les Américains et les Canadiens anglais grâce à ses cabarets qui ont vu le jour dès la fin des années 1920, raconte Danick Trottier, professeur au Département de musique et organisateur de l'événement avec ses collègues Stéphane Aubin (musique), Chantal Savoie (études littéraires) et la chargée de cours Sandria P. Bouliane (musique). On se rappelle toutefois davantage de la période suivant la Deuxième Guerre avec des lieux devenus mythiques comme la Casa Loma, le Faisan Doré, le Café Saint-Jacques et le Café Saint-Germain-des-Prés, où officiaient les maîtres de cérémonie, les fameux MC, qu'ont été Jacques Normand, Fernand Robidoux et Clairette Oddera.»

Danick TrottierPhoto: Émilie Tournevache

La musique était au cœur de la formule des cabarets, qui offraient également des numéros de variétés. «À l'époque, les trois vecteurs de diffusion de la chanson étaient la radio, les disques et les cabarets, poursuit Danick Trottier. Plusieurs artistes français ont participé à cette effervescence, parmi lesquels le duo Charles Aznavour/Pierre Roche, Jean Rafa, Les Frères Jacques et Les Compagnons de la chanson. De nombreux artistes québécois ont amorcé leur carrière au contact de ces artistes venus de France, comme Monique Leyrac, Raymond Lévesque, Félix Leclerc, Jacques Blanchet et Dominique Michel. Le titre de notre journée d'études est d'ailleurs celui d'une chanson, fruit d'une collaboration franco-québécoise entre le compositeur Émile Prud'homme, le parolier Jean Rafa et l'interprète Jacques Normand.»

La journée d'études s'intéressera au répertoire musical joué dans ces lieux tout autant qu'aux artistes qui les ont fait vibrer. Et il n'y avait pas que des chanteurs québécois et français, puisque des chanteurs, danseuses et orchestres noirs, américains et canadiens, se sont également produits au centre-ville de Montréal, notamment le Famous Chicago Novelty Orchestra et l'orchestre de Duke Ellington. «Notre objectif est d'appréhender les spécificités de la musique de cabaret et les fonctions qu'occupaient cette musique et ces lieux dans le développement et la trajectoire des musiciens de l'époque», précise Danick Trottier. Claire Lafrenière (musicienne), Vanessa Blais-Tremblay (Université McGill), Nancy Marrelli (Université Concordia), Danick Trottier (UQAM), Sandria P. Bouliane, Chantal Savoie (CRILCQ, UQAM) et Stéphane Aubin (UQAM) interviendront durant la journée d'études.

Des lieux bouillonnants

La belle époque des cabarets de Montréal, où plaisirs et grivoiseries se mêlaient à l'alcool qui coulait à flot, s'inscrit dans un Québec dirigé par Maurice Duplessis, main dans la main avec un clergé omniprésent. «Les récits qu'en ont fait les acteurs de l'époque ne manquent pas de souligner que ces endroits étaient tenus ou fréquentés par des gens liés au crime organisé, rappelle Danick Trottier. C'était des soirées hautes en couleurs qui réunissaient une faune particulière et se terminaient souvent aux petites heures du matin. C'était en quelque sorte la face cachée de la société catholique de l'époque.»

«Dans l'histoire de la musique populaire québécoise, les cabarets apparaissent comme des lieux d'émancipation de la chanson, qui ont pavé la voie à l'avènement des boîtes à chanson et des boîtes à gogo.»

Danick Trottier

Professeur au Département de musique

Les cabarets furent une formidable école pour toute une génération d'artistes d'ici. «Dans l'histoire de la musique populaire québécoise, les cabarets apparaissent comme des lieux d'émancipation de la chanson, qui ont pavé la voie à l'avènement des boîtes à chanson et des boîtes à gogo», souligne Danick Trottier.

Plusieurs cabarets ont été fermés dans les années 1954-55 par les autorités montréalaises, sous la direction du maire Camillien Houde. «On a décidé de fermer ces lieux en raison des liens étroits des cabarets avec le crime organisé et du phénomène de prostitution qui commençait à donner une mauvaise image à la ville, raconte Danick Trottier. Mais un autre facteur majeur a contribué à leur déclin: l'arrivée de la télévision en septembre 1952. Beaucoup d'artistes de cabarets ont migré vers la télévision, comme ce fut le cas pour Jacques Normand (Café des artistes) ou Robert L'Herbier (Rolande et Robert).»

Concert de clôture

La journée d'études se clôturera par un concert de l'ensemble Quartango intitulé Les Belles années. «L'idée de cette journée d'études vient de l'ensemble, dont l'un des membres est le professeur et pianiste Stéphane Aubin. Quartango a repris des classiques de l'époque des cabarets et les a réarrangés à la sauce tango. C'est très réussi et l'ensemble prépare un album», explique Danick Trottier.

Le professeur invite tous les amoureux de la chanson, les amoureux de l'histoire de Montréal et les universitaires à assister à l'événement. «Tout le monde y trouvera son compte, dit-il. Il ne s'agit pas d'un colloque scientifique, mais d'un événement grand public et "amical", pour reprendre un mot qui était populaire à l'époque.»

PARTAGER
COMMENTAIRES 0 COMMENTAIRE