Les femmes-étoiles pleurent

Francine Alepin met en scène une pièce de théâtre sur la violence envers les femmes.

29 Novembre 2016 à 15H43

Marie-Anne Alepin dans Toute femme est une étoile qui pleure.Photo: Victor Diaz Lamich

«J'atterris dans ce monde viril gratifiée d'une fente entre mes jambes de poupée en chair». La première phrase extraite du poème monologue Toute femme est une étoile qui pleure donne le ton. Présentée au théâtre Lachapelle du 29 novembre au 10 décembre, la pièce du poète, romancier et dramaturge algérien d'origine kabyle Karim Akouche dénonce l'oppression et la maltraitance des femmes dans le monde.

«L'auteur a écrit ce poème en hommage à sa mère et à toutes les femmes du Moyen-Orient, précise la professeure de l'École supérieure de théâtre Francine Alepin, metteuse en scène de la pièce. Le texte fait entendre plusieurs voix de femmes vivant des situations difficiles: certaines ont été mariées de force, d'autres sont mutilées. Le texte pose plus de questions qu'il n'apporte de réponses sur les conditions vécues par les femmes aux quatre coins du monde.»

Marie-Anne Alepin, actrice principale de la pièce et petite-cousine de la professeure, l'a convaincue de participer au projet. «Comme nos grands-parents sont originaires d'Alep, en Syrie, ce texte prend pour nous une consonance particulière, relève Francine Alepin. L'histoire se répète: des familles fuient encore aujourd'hui la ville d'Alep comme l'ont fait mes proches par le passé.»

La mise en scène de la pièce est le fruit d'une collaboration entre Karim Akouche, Québécois d'adoption et auteur censuré dans son pays d'origine, la metteuse en scène et l'actrice. La version jouée au théâtre Lachapelle sera ainsi différente de celle proposée en 2013 par l'auteur au Studio-théâtre de la Place des Arts. «Nous avons fait un énorme travail d'exploration autour du texte et du mouvement, dit Francine Alepin. Il a fallu trouver la bonne manière de bouger pour donner vie au texte. Au final, la pièce se transforme en transe, on dirait un poème soufi!»

Marie-Anne Alepin interprète, seule sur scène, une femme artiste jetée en prison. «Nous avons voulu ancrer la pièce dans le réel en imaginant l'histoire d'une poétesse enfermée pour avoir osé prendre la parole en public et prendre position en tant qu'artiste, raconte Francine Alepin. C'est elle qui parle au nom de toutes les femmes qui souffrent.»

Une situation, rappelle la professeure, évoquant celle de nombreux artistes et intellectuels du Moyen-Orient emprisonnés pour leurs idées ou leurs opinions: Homa Hoodfar, professeure et anthropologue de l'Université Concordia, accusée de propagande et récemment libérée de la prison d'Evin, en Iran; Asli Erdogan, romancière turque enfermée pour ses écrits prokurdes, et Raïf Badawi, journaliste et blogueur saoudien, toujours détenu pour avoir critiqué le régime en place et tenu des propos anti-islam. 

Certains passages plus lumineux du texte font oublier la dureté du propos. «C'est une ode à l'amour que portent les hommes envers les femmes et les femmes envers les hommes. Nous ne sommes pas du tout dans l'amertume», affirme Francine Alepin.

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