Soirée dramatique

Le public rassemblé à la soirée électorale de la Chaire Raoul-Dandurand est passé de l'enthousiasme à l'incrédulité.

9 Novembre 2016 à 12H53

Le public rassemblé à la soirée électorale de la Chaire Raoul-Dandurand est passé de l'enthousiasme à l'incrédulité.
Photo :Maude Béland

Une foule nombreuse s'était rassemblée hier soir dans les locaux de la Société des arts technologiques (SAT), sur le boulevard Saint-Laurent, pour vivre en direct l'élection présidentielle américaine. Organisée par la Chaire Raoul-Dandurand en études stratégiques et diplomatiques et animée par la journaliste de Radio-Canada Marie-Louise Arsenault, cette soirée était, de l'avis de plusieurs commentateurs sur les réseaux sociaux, l'endroit le plus branché à Montréal pour suivre le fil des événements. Mais si l'événement a débuté dans la bonne humeur, plusieurs participants semblant confiants de voir Hillary Clinton l'emporter, plus les résultats défilaient et plus l'inquiétude grandissait, le public passant graduellement de l'enthousiasme à l'incrédulité.

De nombreuses personnalités assistaient à l'événement, dont Nina Maria Fite, consule générale des États-Unis à Montréal, l'ex-première ministre du Québec Pauline Marois, le professeur du Département de science politique Frédérik Gagnon, titulaire de la Chaire, et son prédécesseur Charles-Philippe David, président de l'Observatoire sur les États-Unis, le président du Conseil de direction de la Chaire, Érik Ryan, le recteur de l'UQAM Robert Proulx, ainsi que plusieurs journalistes, chercheurs, étudiants et diplômés passionnés par la politique américaine.

De 18 h 30 à 20 h, RDI a diffusé en direct une émission spéciale animée par Anne-Marie Dussault. Grâce à deux écrans géants, les gens pouvaient également suivre le dépouillement des résultats du vote à CNN et à RDI. Des tables avaient été réservées pour le clavardage et des panels d'experts ont commenté l'évolution des résultats. Le journaliste du quotidien Le Devoir, qui couvrait la soirée en direct de la SAT sur les médias sociaux, a recueilli sur le vif les commentaires des experts de la Chaire Raoul-Dandurand, qu'on peut lire dans son article «Une leçon électorale pour les experts».

Sous le choc

Vers 22 h 15, l'animatrice Marie-Louise Arsenault a invité Frédérick Gagnon, Charles-Philippe David et deux autres chercheurs de la Chaire, Andréanne Bissonnette et Maxime Minne, à venir s'adresser au public pour faire le point. Un lourd silence régnait dans la salle.

Tout le monde pouvait constater que Donald Trump était en train de faire le plein de votes dans plusieurs États clés – Floride, Caroline du Nord, Ohio –, talonnant ou même devançant Hillary Clinton dans les États démocrates du Nord, comme le Wisconsin et le Michigan. L'inimaginable allait-il se produire ?

«Ça regarde mal. Personne n'avait vu ça venir, a alors déclaré Charles-Philippe David, la mine déconfite. Cela démontre que les sondages ne disent pas toujours la vérité, que la candidate démocrate n'a pas réussi, vraisemblablement, à faire sortir le vote dans les États clés.»

«Donald Trump est en voie de prouver que l'on peut gagner l'élection présidentielle en étant pratiquement seul, même après avoir tenu des propos répréhensibles sur les femmes et les minorités», a souligné Frédérick Gagnon. «Hillary Clinton paie le prix du ras-le-bol des Américains à l'égard de Washington et de l'establishment politique», a enchaîné Charles-Philippe David. «Attention, a interrompu, Frédérick Gagnon, le New York Times vient d'annoncer sur son site que Trump a 94 % de chances de l'emporter.»

«Êtes-vous êtes en train de nous dire que Donald Trump sera le prochain président des États-Unis?», a demandé Marie-Louise Arsenault. Les experts ont répondu d'abord par un silence embarrassé. «Ce serait un recul terrible, a lancé Charles-Philippe David. La question qui tue est: qui seront les conseillers de Donald Trump ? Va-t-il même les écouter ?»

Chose certaine, Donald Trump a déjoué les pronostics et les analystes de la politique américaine auront du pain sur la planche au cours des prochains mois pour tenter de comprendre les résultats du vote, a conclu Frédérick Gagnon.

À 22 h 45, les gens quittaient peu à peu les lieux, sonnés par le spectacle auquel ils venaient d'assister, celui d'une Amérique profondément déchirée.

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