Accompagner les étudiants

Yves Lavoie est agent de stage à la Faculté des arts depuis plus de 35 ans.

24 Octobre 2016 à 15H54

Série Dans les coulisses de l'UQAM
Des employés de l'UQAM, ceux qui, dans les coulisses, assurent le bon fonctionnement de l'Université, parlent de leur rôle au sein de notre institution.

Yves LavoiePhoto: Nathalie St-Pierre

Chaque année, la Faculté des arts place entre 500 et 550 étudiants en stage dans des écoles primaires et secondaires de la grande région de Montréal. «Mon rôle est de veiller à ce que l'adéquation entre le milieu de stage et l'étudiant soit la meilleure possible», explique Yves Lavoie, agent de stage à la Faculté des arts depuis 35 ans.

Pour ces étudiants qui veulent enseigner l'art dramatique, les arts visuels et médiatiques, la musique ou la danse, les stages constituent un moment charnière. «Pour certains, ce sera la confirmation qu'ils sont à la bonne place, alors que d'autres vivront de l'indécision et remettront leur choix de carrière en question», souligne Yves Lavoie.

L'agent de stage sait de quoi il parle, car il a été enseignant au début de sa carrière. Originaire des Cantons de l'Est, il avait amorcé un baccalauréat en psychoéducation à l'Université de Sherbrooke, avant de plier bagage pour suivre son épouse sur la rive sud de Montréal. «J'ai été accepté en 1970 au baccalauréat spécialisé d'enseignement en enfance inadaptée, que l'on appelle aujourd'hui l'adaptation scolaire. Le directeur du programme à l'époque, Jean-Marie Bouchard, m'avait permis de me joindre à la première cohorte, qui en était à sa deuxième année, tout comme l'UQAM d'ailleurs!»

Il a travaillé pendant quelques années auprès d'adolescents dans des écoles de la Rive-Sud. «Ginette Lépine, qui était professeure à l'UQAM, m'a contacté en 1975 pour m'offrir un contrat à titre d'animateur pédagogique. Il s'agissait de superviser les stages des étudiants au baccalauréat en enfance inadaptée», se rappelle-t-il.

Après ce contrat de trois ans, le retour dans une école secondaire a été difficile. «J'ai donné ma démission et j'ai pris le temps de réfléchir à ce que je voulais faire, raconte Yves Lavoie. C'est une fois de plus Ginette Lépine qui m'a appelé pour me proposer d'être agent de stage, un contrat de six mois à titre de surnuméraire.»

Le monde universitaire lui plaisait de plus en plus. «J'avais trouvé ma place!», dit-il à propos du poste d'agent de stage obtenu à l'UQAM en 1981. À l'époque, tous les agents de stage étaient regroupés au sein du Service de la formation externe et des stages. Ce service a été aboli dans le cadre d'une décentralisation au début des années 1990. «Comme j'avais un droit d'ancienneté, j'ai choisi d'aller en arts et je ne l'ai jamais regretté. J'aime l'atmosphère et la diversité des programmes», souligne Yves Lavoie.

Trouver des enseignants

Le rôle d'Yves Lavoie est de trouver des enseignants du primaire et du secondaire qui veulent donner une chance aux étudiants en enseignement… et cela bénévolement. «Je dois leur faire valoir les retombées positives qu'il y a à former la relève», explique-t-il. Pour certains enseignants, c'est non seulement une belle occasion de donner au suivant, mais aussi d'échanger sur les pratiques pédagogiques en lien avec leur discipline. «Plusieurs étudiants que j'ai placés en stage accueillent à leur tour des étudiants dans leur classe», dit-il fièrement. Sa tâche n'en est pas moins ardue: il y a un roulement d'environ 40 à 45 % de nouveaux enseignants accueillant des stagiaires chaque année. «Tous les enseignants ne s'engagent pas à accueillir un stagiaire chaque année», souligne-t-il.

Yves Lavoie est en contact avec les commissions scolaires et les écoles primaires et secondaires de Montréal, bien sûr, mais aussi de Laval, des Laurentides, de Lanaudière et de la Montérégie. «Dans la mesure du possible, je propose aux étudiants des lieux de stage à proximité de leur lieu de résidence», dit-il.

Accompagner les étudiants

Jusqu'en 1998, les futurs enseignants en arts devaient travailler pendant deux ans avant d'obtenir leur brevet d'enseignement. La donne a changé lorsque le ministère de l'Éducation a décidé de faire passer le nombre de jours de stage de 40 à 100, ajoutant deux stages et allongeant ainsi le baccalauréat de 3 à 4 ans. Les étudiants qui désirent enseigner l'art dramatique, les arts visuels et médiatiques, la musique ou la danse effectuent donc quatre stages durant leur cheminement, à raison de un par année: un stage d'exploration de 8 jours, deux stages d'enseignement de 21 jours, l'un au primaire et l'autre au secondaire, et un stage final de 50 jours.

«La formation pratique à l'intérieur du cursus a pris une importance de plus en plus grande et c'est tant mieux, estime Yves Lavoie. Les stages constituent une étape nécessaire qui confronte les étudiants à la difficile réalité de l'enseignement, laquelle contraste bien souvent avec la vision idéalisée qu'ils en avaient.» On sent qu'Yves Lavoie adore accompagner les étudiants dans ce cheminement qui les conduit aux portes du marché du travail. «Je les vois gagner en maturité et en expérience, certains partagent leurs doutes et leurs craintes, mais aussi leurs réussites. C'est formidable!»

Quels sont les secrets pour être un bon enseignant, selon lui ? «Cela peut paraître trivial, mais il faut être en forme physiquement, parce qu'enseigner toute la journée est exigeant, dit-il. Il faut aussi être bien préparé, être capable de se concentrer tout en étant à l'écoute des élèves et, bien sûr, il faut être passionné pour sa matière.»

Se sentir utile

Père de trois filles, dont deux sont diplômées de l'UQAM – Marie-Hélène Lavoie (B. Ed. éducation préscolaire et enseignement primaire/perfectionnement, 04) et Arkadi Lavoie-Lachapelle (B.A. arts visuels et médiatiques, 13) –, Yves Lavoie n'est pas encore prêt pour la retraite. «J'adore mes enfants et mes petits-enfants, je jardine avec passion depuis une trentaine d'années et je fais beaucoup de vélo, mais je ne suis pas encore prêt à quitter l'UQAM, note-t-il avec philosophie. J'ai besoin de rendre service, de me sentir utile dans la vie et mon travail répond encore à ces aspirations.»

Une bourse Yves-Lavoie

Yves Lavoie a créé cette année un fonds capitalisé de 25 000 dollars à la Fondation de l'UQAM. Particulièrement sensible aux difficultés vécues par les parents-étudiants et ceux dont la langue maternelle n’est pas le français, il estime que «c’est un groupe d'étudiants dont il faut reconnaître les efforts.»  Ainsi, grâce aux revenus générés par le Fonds Yves-Lavoie, des bourses seront remises à ces étudiants, futurs enseignants issus de la Faculté des arts, dont le donateur admire la ténacité. 

PARTAGER
COMMENTAIRES 0 COMMENTAIRE