François Croteau, Ph.D. 

Le maire de l'arrondissement Rosemont–La Petite-Patrie soutient avec succès sa thèse de doctorat en études urbaines.

3 Octobre 2017 à 14H10

François Croteau brigue un troisième mandat consécutif à titre de maire de l'arrondissement Rosemont-La Petite-Patrie.Photo: Nathalie St-Pierre

La campagne électorale municipale était sans doute le dernier souci de François Croteau (M.B.A., 07) au cours des dernières semaines. Le maire de l'arrondissement Rosemont–La Petite-Patrie, qui brigue un troisième mandat consécutif, était à l'UQAM le 29 septembre dernier afin d'y soutenir sa thèse de doctorat. Intitulée «La gestion des parties prenantes dans le cadre de la gouvernance urbaine», celle-ci a été rédigée sous la direction de Pierre Delorme, professeur associé au Département d'études urbaines et touristiques de l'ESG UQAM.

Le chemin vers cette soutenance a été plutôt mouvementé, a tenu à préciser François Croteau au début de son exposé. Le doctorant a rappelé qu'il avait entamé ses études doctorales immédiatement après avoir obtenu son M.B.A., en 2007, avant d'être élu une première fois. Son sujet de thèse sur la gestion municipale avait été accepté. Il souhaitait analyser les échanges entre les parties prenantes, c'est-à-dire tous les acteurs impliqués dans un projet, dans un contexte de gouvernance urbaine.

La particularité de la gouvernance urbaine, explique-t-il, tient à sa direction bicéphale: d'un côté, les élus et, de l'autre, la fonction publique. «Ces deux entités n'ont pas les mêmes intérêts, et donc pas la même analyse de l'importance des parties prenantes dans chaque dossier.» Sa thèse initiale devait comporter des entrevues avec les différents acteurs impliqués dans des projets urbains spécifiques.

Mais voilà qu'en 2009, François Croteau accepte de se présenter à la mairie de l'arrondissement de Rosemont pour Vision Montréal, le parti dirigé à l'époque par Louise Harel, et il l'emporte ! Il met son doctorat sur la touche pour se consacrer à son boulot de politicien.  

Lorsqu'il décide de reprendre ses études doctorales, il se retrouve dans une situation délicate. «Je ne pouvais pas mener des entrevues à titre de chercheur avec des gens que j'allais être appelé à croiser dans mes fonctions de maire», souligne-t-il. Il devra donc modifier son approche et livrer une thèse plus théorique, exempte d'entrevues avec les gens sur le terrain.

Une thèse par articles

La thèse déposée par François Croteau comporte trois articles, dont il a souligné la pertinence auprès des membres du jury. Le premier consiste à bonifier un modèle théorique existant afin de pouvoir analyser efficacement la gestion des parties prenantes dans la gouvernance urbaine. Les deux autres articles sont des études de cas et de mise à l'épreuve du modèle, l'une portant sur l'offre de services en matière de culture, de sport et de loisirs dans l'arrondissement Rosemont–La Petite-Patrie, et l'autre sur le projet de service rapide par bus (SRB) sur le boulevard Pie-IX.

Au beau milieu de son exposé, le doctorant a jeté un coup d'œil à son téléphone et il est apparu inquiet pendant une fraction de seconde. «Désolé, ce sont les pompiers qui m'avisent qu'il y a un incendie dans l'arrondissement», s'est-il excusé auprès des membres du jury avant de reprendre le fil de sa présentation. Un maire d'arrondissement n'a jamais de répit!

François Croteau a conclu sa présentation en soulignant l'apport scientifique de sa thèse. «J'ai pu établir une nouvelle passerelle entre les sciences de la gestion et les études urbaines en proposant un modèle d'analyse issu des premières et applicable à la gouvernance urbaine, explique-t-il. Les modèles en gestion servent surtout à l'analyse des pratiques des entreprises privées. Celui que je propose permet d'analyser les administrations publiques et il pourra être utile autant aux élus qu'aux gestionnaires.»

Commentaires du jury

Outre le professeur Delorme, le jury d'évaluation était composé de Boualem Kadri, professeur au Département d'études urbaines et touristiques, qui agissait à titre de président, de Juan-Luis Klein, professeur au Département de géographie, et de Gérard Divay, professeur à l'École nationale d'administration publique.

À tour de rôle, chaque évaluateur a fait part au candidat de ses commentaires et a posé des questions afin de lui faire préciser certains passages ou certaines notions développées dans sa thèse. Le candidat a répondu patiemment à toutes les questions, un exercice d'humilité qui force l'admiration. «J'ai de la pratique car je suis à l'écoute des citoyens de mon arrondissement et certaines de leurs critiques sont pas mal plus féroces», dira-t-il plus tard avec humour, pendant les délibérations des évaluateurs.

Il faut dire que les membres du jury ont eu de bons mots pour le doctorant. «Nous avons à évaluer si vous avez l'étoffe pour devenir un collègue. Je crois que c'est le cas», a souligné Gérard Divay. Juan-Luis Klein a tenu à souligner la persévérance de l'étudiant. «Vous n'aviez pas besoin d'un doctorat pour mener votre carrière politique, mais vous avez souhaité réfléchir sur les processus en cause dans votre travail. Ce faisant, vous valorisez la recherche universitaire et je vous en remercie.» Le directeur de thèse du candidat, Pierre Delorme, a renchéri quant à la ténacité de son protégé. «Tu as fait preuve d'une détermination sans faille malgré les embûches, les contraintes, ton élection comme maire d'arrondissement et ton récent statut de nouveau papa. Félicitations!»

Le doctorant a indiqué aux membres du jury qu'il aimerait bien poursuivre ses travaux afin d'élargir le champ de recherche qui s'ouvre à lui en matière de gouvernance urbaine. «Je ne ferai pas toute ma carrière en politique, a-t-il précisé sans détour. J'aimerais réellement enseigner et faire de la recherche.» 

Le grade de docteur

Les membres du jury ont délibéré pendant une vingtaine de minutes avant de rendre leur verdict. Le président du jury, Boualem Kadri, a annoncé que les membres du jury recommandaient à l'université d'accepter la thèse de François Croteau comme exigence au doctorat en études urbaines et qu'elle lui accorde le grade de docteur. «Je vous en remercie et j'en suis très touché, car il s'agit de l'accomplissement de plusieurs années de travail», a déclaré le nouveau docteur, visiblement ému. Reste à voir si sa carrière de chercheur se poursuivra bientôt ou sera mise en veilleuse pour quatre autres années…

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