Politique familiale: 20 ans plus tard

Quel est le bilan de la politique québécoise sur les services éducatifs à la petite enfance?  

9 Mai 2017 à 14H43

Série Acfas 2017
Plusieurs scientifiques de l'UQAM organisent des colloques dans le cadre du congrès qui a lieu à l'Université McGill du 8 au 12 mai.

Photo: Nathalie St-Pierre

La politique familiale du Québec célèbre cette année son vingtième anniversaire. En 1997, le gouvernement du Québec créait le ministère de la Famille et de l'Enfance et mettait en branle trois nouvelles dispositions: l'instauration d'une nouvelle allocation familiale, le développement de services éducatifs et de garde à la petite enfance, et la création d'un nouveau régime d'assurance parentale. «Nous souhaitons réfléchir aux enjeux de la recherche et discuter des effets de la politique familiale québécoise sur les services éducatifs destinés à la petite enfance», dit la professeure du Département de didactique Nathalie Bigras, coresponsable du colloque La politique familiale au Québec: entres politiques, programmes, recherches et marketing, les enfants sont-ils toujours au cœur de nos choix? (12 mai).

Ce colloque de la section «Enjeux de la recherche» est co-organisé par Nathalie Bigras, Andréanne Gagné et Lise Lemay de l'UQAM, avec leurs collègues Johanne April (UQO), Isabelle Laurin (Direction de santé publique de Montréal) et Stéphanie Duval (Université Laval), membres de l'équipe de recherche Qualité des contextes éducatifs de la petite enfance.

La conférence d'ouverture, donnée par le professeur de science politique Alain Noël, de l'Université de Montréal, abordera la façon dont la politique familiale a redéfini le modèle québécois de redistribution. «En 1997, il y avait 80 000 places disponibles dans les services de garde; on en compte aujourd'hui environ 250 000, illustre Nathalie Bigras. La mise en œuvre de la politique familiale a permis à un très grand nombre de mères monoparentales de retourner sur le marché du travail et de sortir de la pauvreté, car elles avaient désormais accès à des services éducatifs en centre de la petite enfance (CPE).» Sa collègue Lise Lemay rappellera ensuite les principaux jalons de l'évolution des contextes éducatifs de la petite enfance au cours des 20 dernières années.

La deuxième séance sera consacrée à la formation initiale offerte au cégep et à l'université aux acteurs des réseaux de services de garde et des maternelles ainsi qu'aux programmes éducatifs qui y sont proposés. «Les participants se réuniront en ateliers afin d'examiner les conditions de mise en œuvre de ces programmes ainsi que les défis et les écueils liés à leur mise en application, précise Nathalie Bigras. Ils devront identifier les principaux enjeux et proposer des recommandations pour une meilleure adéquation entre les programmes de formation, les programmes éducatifs des CPE et des maternelles, et les besoins des enfants.» La séance se conclura par une plénière.

Un concours d'affiches des étudiants de cycles supérieurs de l'équipe de recherche Qualité des contextes éducatifs de la petite enfance se déroulera durant l'heure du dîner. Les gagnants seront dévoilés en fin de journée.

En après-midi, les participants au colloque traiteront du rôle de la recherche en ce qui a trait aux services éducatifs destinés à la petite enfance. «Ils s'interrogeront sur les moyens mis en œuvre par les chercheurs pour communiquer leurs résultats de recherche», explique la professeure. Il sera question des limites de certaines recherches et des dérives auxquelles certaines méthodologies peuvent donner lieu. La méta-analyse et l’usage des données probantes pour influencer les pratiques seront explicités, de même que les dangers potentiels de l'instrumentalisation de la recherche. «Il y a beaucoup de marketing lié à la promotion de programmes et de politiques éducatives destinés à la petite enfance, explique Nathalie Bigras. Les éditeurs mettent sur le marché des "mallettes" renfermant des programmes pour stimuler, par exemple, la littératie, la numératie, la motricité fine ou les comportements sociaux. Ils les affublent de la mention "approuvée par la recherche" pour leur donner une crédibilité, un peu à la manière du label "éprouvé en clinique" de l'industrie pharmaceutique. Or, contrairement à la recherche en pharmacologie, on n'analyse jamais les "effets secondaires" de l'utilisation de ces programmes sur les autres aspects du développement de l'enfant. Bref, ces programmes vont généralement à l'encontre de l'approche développementale prônée par le ministère. Nous souhaitons que les CPE, parfois dépourvus devant ces manoeuvres, puissent développer une approche critique.» Après une série de présentations, les participants discuteront de tous ces enjeux au cours d'une table ronde.

La dernière séance se déroulera sous forme d'ateliers, au cours desquels les participants réfléchiront aux meilleures manières de travailler tous ensemble. «Nous tenterons de cerner les conditions idéales pour que les partenariats intersectoriels soient fructueux, car c'est un véritable enjeu en petite enfance, note Nathalie Bigras. Malheureusement, plusieurs travaillent encore en silo plutôt qu'en mode collaboratif. Il y a toujours place à l'amélioration!»

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